Les rencontres de l’UFS (Union française des semenciers) organisées en visioconférence le 7 mai 2021 se sont focalisées sur les nouvelles techniques d’amélioration des plantes (NBT), une semaine après la publication de l’étude de la Commission européenne qui a conclu à l’inadaptation de la réglementation actuelle sur les OGM pour ces NBT.

Futures évolutions législatives

« La suite à donner à l’étude devrait être l’occasion d’explorer les moyens d’action utilisables pour rendre la législation plus résiliente et intemporelle, et pour uniformiser son application », a expliqué Alexandre Huchelmann, de l’unité des biotechnologies à la DG santé de la Commission européenne. Et de préciser : « L’objectif de ce travail était bien de poser les bases pour soutenir, si nécessaire, de futures évolutions législatives. »

« Toute future action devrait viser à tirer parti de l’innovation tout en répondant aux préoccupations et en contribuant aux objectifs du pacte vert pour l’Europe », a-t-il également détaillé. Il explique que « sur la base des informations disponibles et des conclusions de l’étude, la Commission a conclu qu’il y a suffisamment d’éléments ainsi que de connaissances scientifiques pour entamer une mesure politique sur les plantes produites par mutagenèse ciblée et par cisgenèse. »

Une analyse d’impact incluant une consultation du public sera effectuée par la Commission européenne pour améliorer la réglementation dans le but d’étudier les différentes options politiques. « Cette analyse d’impact étudiera les préoccupations que nous avons reçues et les moyens d’y répondre », précise-t-il.

Sujet de la présidence française de l’Union européenne

Plusieurs intervenants à ces Rencontres ont insisté sur la nécessité d’aller vite sur ce dossier. À commencer par Jean-Baptiste Moreau, député (LREM) de la Creuse qui estime qu’il « va falloir absolument à la fois que le ministre de l’Agriculture et le président de la République — on a commencé à travailler sur ces sujets-là avec eux — se saisissent de ces dossiers parce qu’il est essentiel qu’on avance très vite ». Selon lui, la présidence française de l’Union européenne au premier semestre de 2022 est une occasion de le faire.

« On demande beaucoup de choses aux agriculteurs, s’adapter au changement climatique, utiliser moins de phytos, on ne peut pas juste leur dire : débrouillez-vous, il faut leur donner des solutions. La science peut apporter un certain nombre de solutions dont les NBT font partie […] et on ne peut pas pour des raisons idéologiques s’interdire la recherche dans ce domaine, ce serait irresponsable. »

Transparence avec le grand public

Pour Jean-Baptiste Moreau, il y a un travail de « pédagogie immense à faire vis-à-vis de ces nouvelles biotechnologies souvent méconnues, incomprises ». Et de souligner l’importance d’être « totalement transparent pour que le grand public comprenne bien » les NBT, que « ce n’est pas dangereux pour la santé, mais qu’au contraire c’est une voie incontournable » pour l’agriculture demain.

Lors d’une intervention vidéo, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, s’est à nouveau dit favorable à une évolution de la réglementation des OGM dans l’Union européenne. « Car ces nouvelles techniques, et notamment les NBT, apportent des solutions notamment face au défi de stress hydrique ou face à des maladies sanitaires auxquels sont confrontées aujourd’hui nos cultures. » Selon lui, elles sont un « élément essentiel dans la reconquête de la souveraineté alimentaire de notre pays. »

Vision binaire

« Le sujet des NBT est âprement discuté avec souvent une vision binaire dans les médias », a regretté Claude Tabel, le président de l’UFS. « Il est devenu politiquement incontournable. »

Claude Tabel regrette que ce dossier soit souvent « regardé par les semences et plants uniquement car il concerne l’ensemble des filières agricoles et agroalimentaires ». Il appelle de ses vœux à un débat constructif, dépassionné, car essentiel pour la souveraineté.

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Attentes des filières

Claude Table s’est également félicité des attentes importantes mises en avant par les filières au cours de ces rencontres. Ainsi David Gouache, directeur adjoint de Terres Inovia, a souligné que ces nouvelles techniques de sélection sont porteuses de réponses pertinentes aux demandes du consommateur.

Et de citer comme exemple, celui de la qualité des huiles. « Face au déficit de la consommation d’oméga 3, on peut, grâce à ces technologies, modifier les équilibres en acides gras pour produire des huiles plus intéressantes d’un point de vue santé », a-t-il expliqué.

De même, des modifications dans le génome du colza sur certaines voies de son métabolisme, pourraient permettre de réduire les phytates et donc de réduire, jusqu’à 50 %, les rejets de phosphores des élevages.

Même chose pour réduire l’utilisation des phytos, en sélectionnant des variétés résistantes, au sclérotinia par exemple. La sélection classique est très longue, les premières variétés résistantes au sclérotinia arrivent tout juste sur le marché. Mais pour que les résistances soient durables, il faut une multiplicité de variétés avec des mécanismes différents.

« L’intérêt des NBT est de compléter ces variétés qu’on a mis trente ans à obtenir par des techniques traditionnelles, autrement dit d’alimenter cette capacité à faire des plantes résistantes plus rapidement », estime David Gouache.

Protéines locales

« Le consommateur a envie de manger des produits animaux qui ont été nourris avec des protéines le plus locales possibles. Nous avons donc besoin de protéines locales, a insisté de son côté Stéphane Deleau, directeur général de Valorex. Or 20 % des protéines végétales ne sont pas françaises. Et plus on monte dans le taux de protéines, moins on sait faire. »

Selon lui, le monde de la semence doit donc accélérer car « plus on va être dépendant de l’extérieur, plus on va être dépendant des fluctuations de prix ». Le secteur de l’alimentation animale a donc « tout intérêt à ce que la partie de sélection en amont soit la mieux aidée possible afin de pouvoir bénéficier de toute cette technologie, pour transformer le végétal vers l’animal et amener au consommateur un produit qui en adéquation avec ses attentes. »

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Isabelle Escoffier