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Pas de bovins au Salon de l’agriculture, « une situation inédite »

En raison de l'épidémie de DNC qui sévit en France, aucun bovin ne sera présent au Salon international de l'agriculture de 2026.

Il n’y aura pas de bovins au prochain Salon international de l’agriculture (Sia), du 21 février au 1er mars 2026. À cause de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), plusieurs organismes de sélection (OS) et des éleveurs de bovins ont fait part de leur réticence. Les organisateurs ont tranché.

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Il s’agit d’un « coup dur », a indiqué Jérôme Despey, président du Salon international de l’agriculture, à l’occasion d’une conférence de presse ce mardi 13 janvier 2026. « En tant qu’organisateurs, nous sommes profondément attristés. » En plus de soixante ans d’existence, c’est « inédit ». C’est la première fois que les bovins ne s’aligneront pas sur les rings du Concours général agricole (CGA). Le Salon de l’agriculture devra se passer de vaches, les éleveurs ne souhaitant pas amener leurs animaux par « crainte » et par « solidarité » avec ceux touchés par la dermatose nodulaire.

« On peut comprendre la peur des éleveurs »

« L’édition de 2026 s’inscrit dans un contexte sanitaire et humain particulièrement difficile pour l’agriculture et l’élevage français », poursuit Jérôme Despey. Chaque année, entre 500 et 600 bovins sont réunis porte de Versailles. Les vaches constituent l’une des principales attractions pour les visiteurs. Olivier Alleman, commissaire général du CGA a précisé que « 85 % des bovins sélectionnés au concours provenaient de zones indemnes de DNC ».

« Nous avons travaillé sans relâche pour tenter d’obtenir la présence limitée mais symbolique de quelques bovins au salon, affirme Jérôme Despey. Malgré l’aval des autorités sanitaires, en prenant cette décision, nous avons préféré respecter le choix des organismes de sélection des races. »

« Quand on élève pendant plusieurs années des bêtes de concours, on peut comprendre la peur des éleveurs », ajoute Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca, organisateur de l’évènement.

Le fait qu’il n’y ait pas de vaches au Salon, c’est aussi une première en 132 éditions du Concours général agricole (CGA), qui en dehors des bovins récompense d’autres productions animales ainsi que des centaines de produits du terroir. Selon une étude réalisée par OpinionWay, datée de 2023, remporter une médaille au CGA assure une augmentation de chiffre d’affaires comprise entre 18 et 40 %.

« Le Sia ce n’est pas que des animaux »

En cette année 2026, pas de vache égérie, non plus. Biguine, de race brahman, venue de Martinique, ne trônera pas au centre du hall 1 du parc des expositions de la porte de Versailles. S’il n’y a pas de bovins, les autres animaux (cochons, ovins, chiens, chats, chevaux et ânes) seront bien présents ainsi que les milliers d’exposants de produits de différentes régions.

« Le Sia ce n’est pas que des animaux », insiste Valérie Le Roy, sa directrice. « Cultures et filières végétales », « produits et Saveurs de France, d’Outre-Mer et du Monde », « services et métiers de l’agriculture », voici les trois autres univers qui composent le salon. Par ailleurs, afin de s’adresser directement aux professionnels de l’agriculture, dans le hall 5.2, du 23 au 25 février, se tiendra le Sia’Pro.

« Il n’y aura pas de vaches mais il y aura tout le reste et même un peu plus, il nous reste un mois et demi pour être à la hauteur », ajoute Arnaud Lemoine. Lors de la conférence de presse ce mardi 13 janvier, il a refusé de donner le nombre de visiteurs nécessaire pour maintenir la rentabilité du Salon. Au début de février, un nouveau point avec la presse aura lieu pour annoncer le programme remodelé de l’événement.

« On ne peut pas mettre la pression sur le salon chaque année »

Par ailleurs, en raison des nombreuses mobilisations agricoles ces derniers temps, les organisateurs du Salon appellent à une édition « sans tensions ». « Des débats, pas des combats », revendique Arnaud Lemoine. En effet, la gestion par l’État de l’épizootie de dermatose nodulaire a ravivé la colère agricole, nourrie par l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur mais aussi par le ras-le-bol général de la profession.

Le jeudi 8 janvier 2026, les manifestations ont pris une nouvelle dimension avec des convois de tracteurs de la Coordination rurale dans Paris. Ce mardi 13 janvier, la FNSEA à la manœuvre en manifestant devant l’Assemblée nationale.

La période avant le Salon de l’agriculture est traditionnellement celle où les agriculteurs font pression sur les politiques, qui viennent ensuite défiler parmi les stands pour montrer leur proximité avec le monde rural. Cette année, la plupart d’entre eux seront en campagne en raison des élections municipales. Pour cette édition de 2026, les organisateurs du Sia craignent que l’évènement soit de nouveau perturbé comme en 2024.

« On ne peut pas mettre la pression sur le salon chaque année pour des raisons différentes aussi importantes soient-elles, argumente Arnaud Lemoine. Si on met trop de pression sur l’évènement, l’ambiance conviviale du Salon pourra être perdue. » Ainsi, le directeur du Ceneca appelle au respect « des visiteurs ». Chaque année, ils sont près de 600 000 à fouler les allées du Salon.

Lundi 12 janvier 2026, le président de la chambre d’agriculture des Ardennes a annoncé que son instance ne participerait pas au Salon de l’agriculture. « Pourquoi boycotter ? », s’interroge Jérôme Despey. « Il est fait pour dire aux concitoyens qu’ils ont besoin de l’agriculture, s’est justifié le président du Sia. Le Salon est fait par les agriculteurs et pour les agriculteurs. »

Mardi 13 janvier 2026, les organisateurs du Sia de 2026 ont tenu une conférence de presse. (©  Lucas Santerre/GFA)

Pour cette édition particulière, les organisateurs souhaitent un salon de la « solidarité ». Jérôme Despey a d’ailleurs évoqué le nouveau slogan de l’événement : « venir, c’est soutenir l’agriculture française ». Pour l’heure, d’ici à la fin de semaine, les organisateurs du Sia présenteront une nouvelle affiche. Si l’égérie sera sûrement enlevée des supports de communication, Valérie Le Roy, la directrice du salon, confie que « d’une manière ou d’une autre des bovins trouveront leur place sur le nouveau visuel ».

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