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« Mon groupe Dephy teste des solutions contre la drosophile Suzukii »

Aux Vergers de l’Aveyron, les sols sont couverts et le bois de coupe broyé sur place. Mais les actions pour diminuer les intrants sont bien plus nombreuses… et devraient encore évoluer.

Avec les autres membres du seul groupe Dephy affecté aux cerises, les Vergers de l’Aveyron multiplient les expériences pour réduire les dégâts de ce ravageur. D’autres thématiques sont aussi travaillées.

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Les producteurs de cerises le savent : la drosophile Suzukii est leur principal ennemi. Il est donc logique que le groupe Dephy de la vallée du Tarn, dans l’Aveyron, où la production de cerises est importante, se soit penché sur le sujet depuis son lancement en 2020. Rassemblant 11 structures bio ou conventionnelles, il a réalisé de nombreux tests. Les huiles essentielles à base de gaulthérie, géranium et autres citronnelles, utilisées comme répulsif, « n’ont pas donné de résultats suffisants », estime Nathalie Raitière, ingénieure du réseau Dephy. Le bilan de la pulvérisation d’argile sur les arbres a été plus probant.

Moins d’insecticides

« Cela réduit d’environ un quart les insecticides, avec un résultat globalement équivalent, confirme Dorian Lauzun, arboriculteur avec trois associés aux Vergers de l’Aveyron, à Rivière-sur-Tarn. Mais il y a un gros point noir : il reste une pellicule blanche sur les cerises. Pour ceux qui font du circuit long, c’est rédhibitoire. Nous, on est uniquement en circuit court. Mais, malgré les explications, nos ventes baissent de 30 % environ pour les fruits traités de cette façon. » Des tests de lavage vont de nouveau avoir lieu cette année.

Ces essais autour de l’argile ont été réalisés en partenariat avec le CTIFL. Avec un autre partenaire, l’Inrae de Montpellier, « un travail est prévu sur la prophylaxie, souligne Nathalie Raitière. On va aussi essayer de lâcher, au printemps, la guêpe ganaspis, qui pond ses œufs dans les larves de drosophiles. »

Comme d’autres membres du groupe, les Vergers de l’Aveyron vont aussi investir dans un nouveau verger, plus dense, protégé par des filets. « C’est efficace à 100 % contre la drosophile. Mais l’investissement est très important : environ 90 000 euros par hectare », détaille Nathalie Raitière. « À ce prix-là, il faut que ça fonctionne ! », s’exclame Dorian Lauzun. Syndicat de l’eau et Agence de l’eau ont donc accepté de donner un accès à l’irrigation mais en échange d’un travail sur la rétention d’eau des sols.

Augmenter la matière organique des sols

Aux Vergers de l’Aveyron, l’enherbement (à base de ray-grass, fétuque et trèfle blanc) est déjà permanent. Le tout est tondu trois fois par an et laissé sur place. De même, le bois de coupe est broyé et disposé dans l’interrang. « Avec le groupe Dephy, on va maintenant essayer le couvert de sainfoin », indique Dorian Lauzun.

Louis Garrigue, conseiller en agronomie-élevage à l’Apaba-Les Bios de l’Aveyron, qui accompagne ce groupe, ajoute : « Avec certains membres de ce groupe, on va mettre du sainfoin en interrang, pour avoir une couverture, et y sursemer du seigle et de la féverole, qui feront une forte biomasse et une restitution avec un C/N élevé au printemps suivant. » Cela permettra d’augmenter le taux de matière organique dans des sols qui n’en ont pas suffisamment « et donc de stocker assez de nutriments et d’eau pour couvrir les besoins de l’arbre et du couvert », résume le technicien.

La question de la couverture des sols n’est pas neuve chez ces arboriculteurs. Avant même la création de ce groupe, un GIEE avait permis de baisser de 70 % les traitements de glyphosate entre 2019 et 2021. « Il y avait beaucoup de sols nus, avant. Les arboriculteurs ont accepté l’enherbement de l’interrang, voire la mise en place de couverts », explique Louis Garrigue.

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