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Des systèmes sans phytos rivalisent avec des cultures conventionnelles

Ravageurs et maladies n’ont pas augmenté significativement au fil du temps. En revanche, la gestion des mauvaises herbes sans phyto reste « un défi majeur », selon les chercheurs.

Une étude coordonnée pendant dix ans montre dans des systèmes expérimentaux de culture sans phyto « qu’il est possible d’obtenir des rendements comparables à ceux des systèmes conventionnels ».

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Les résultats de cette étude pilotée par l’Institut national de la recherche pour l’agronomie, l’alimentation et l’environnement (Inrae), ont été publiés le 18 février 2026 dans la revue scientifique internationale Plant Disease.

Les chercheurs se sont appuyés sur un réseau créé en 2012 de neuf sites expérimentaux. Répartis dans toute la France, ils représentent une diversité de conditions pédoclimatiques et de contextes économiques. Pendant dix ans, les systèmes de cultures ont été conduits sans produit phytosanitaire, y compris les traitements de semences (1). L’expérimentation montre dans ces systèmes de culture sans phyto « qu’il est possible d’obtenir des rendements comparables à ceux des systèmes conventionnels et supérieurs à ceux des systèmes biologiques ».

« Les objectifs de rendement atteints dans de nombreux sites »

« Les dommages causés par les ravageurs et les pathogènes aux cultures n’ont pas augmenté de manière significative au fil du temps », soulignent notamment les auteurs. Autre résultat inattendu : « Les objectifs de rendement ont été atteints dans de nombreux sites, même pour des cultures dont la performance en termes de rendement est considérée comme fortement dépendante des pesticides, telles que le colza, la betterave sucrière et la pomme de terre. »

Cinq des sites étudiés étaient des systèmes de grandes cultures. Quatre d’entre eux représentaient des systèmes de polyculture-élevage incluant des prairies dans la rotation et des effluents d’élevage à valoriser.

Rés0pest était constitué de neuf sites expérimentaux répartis dans toute la France, dans des systèmes de grandes cultures ou de polyculture-élevage. (©  Inrae)

Afin de limiter le développement des ravageurs, des maladies et des plantes adventices dans ces systèmes expérimentaux, les acteurs ont combiné sur le terrain plusieurs techniques de protection des cultures fondée sur l’agroécologie : en jouant notamment sur les dates et densités de semis, en utilisant des mélanges de variétés incluant des variétés résistantes, en pratiquant le faux-semis et des désherbages mécaniques. De plus, « les rotations culturales étaient plus diversifiées que les rotations françaises classiques pour les grandes cultures », soulignent les chercheurs. Les rotations, qui étaient de cinq ans à neuf ans, intégraient par exemple des cultures peu sensibles aux maladies et aux ravageurs comme le soja et le chanvre industriel. Une liste de pratiques culturales était prévue en amont pour chaque site expérimental. Ces techniques étaient mises en œuvre dès que les conditions agronomiques ou environnementales le nécessitaient.

À noter que dans le cadre de cette expérimentation, les apports d’engrais de synthèse pouvaient être maintenus. De ce fait, les pratiques au sein de Rés0pest se démarquent de celles autorisées en agriculture biologique. Sur blé, comme s’y attendaient les chercheurs, les rendements obtenus dans le réseau, donc sans phyto mais avec engrais de synthèse, sont supérieurs à ceux des cultures biologiques.

Des résultats inattendus sur betterave

La betterave sucrière cultivée sans pesticides a en particulier donné de bien meilleurs résultats que ce à quoi s’attendaient les chercheurs « étant donné la dépendance de la betterave aux insecticides tels que les néonicotinoïdes », notent-ils. Sur trois campagnes (2014, 2015 et 2017), le rendement de la betterave sucrière sans pesticides « s’est avéré équivalent à celui de la betterave sucrière cultivée de manière conventionnelle dans la région durant ces mêmes campagnes », soulignent les auteurs. Rappelons que des néonicotinoïdes interdits d’utilisation en France font depuis plusieurs mois l’objet d’intenses débats au sujet de leur réintroduction. Quasiment aucune alternative n’a été trouvée à ce jour à ces molécules phyto, notamment pour faire face aux dégâts causés par la jaunisse sur betterave. De fait, les chercheurs estiment que « les principes agroécologiques mis en œuvre pour produire de la betterave sucrière sans pesticides » au sein du réseau expérimental Rés0Pest « pourraient apporter des enseignements précieux aux producteurs ».

« La gestion des mauvaises herbes reste un défi majeur »

Si ravageurs et maladies n’ont pas augmenté au fil du temps, la gestion des mauvaises herbes reste en revanche « un défi majeur », soulignent les chercheurs.

« La principale difficulté de ce système de culture est le contrôle de certaines mauvaises herbes, notamment le rumex, et le développement des graminées autour des parcelles, malgré la mise en œuvre de divers leviers », témoignent deux expérimentateurs situés au Rheu (Ille-et-Vilaine) et cités dans l’étude. Pour Alain Berthier, expérimentateur à Bretenière (Côte-d’Or), l’une des principales difficultés était également la gestion des mauvaises herbes : « La conversion des parcelles consacrées à ce projet à un système sans pesticides aurait pu sembler un défi, surtout en raison de la forte présence de mauvaises herbes classiques. Cependant, les différents leviers mis en place, y compris la gestion contrôlée des engrais azotés et l’implantation de couverts, ont permis de garder les parcelles propres après la cinquième récolte. »

Des plans de gestion des mauvaises herbes inefficaces et la sécheresse ont été identifiés par les chercheurs comme « les principaux facteurs menaçant la constance des rendements des cultures sans pesticides à travers les sites et les saisons, soulignant des pistes d’amélioration urgentes pour ces systèmes ».

Changement de paradigme

« La mise en œuvre d’un système de culture sans pesticides a constitué une expérience inédite pour les expérimentateurs », constatent les chercheurs. D’abord inquiets quant à la faisabilité de l’approche, les expérimentateurs ont « progressivement gagné en confiance » grâce aux résultats des premières récoltes. L’expertise acquise aujourd’hui par ces personnes constitue même « l’une des retombées les plus précieuses du réseau », selon les auteurs de l’étude.

Les pratiques culturales mises en place peuvent maintenant être partagées avec les agriculteurs prêts à réduire l’utilisation de pesticides.

Et les travaux scientifiques ne vont pas en rester là. Un nouveau projet intitulé 0Phyto a été lancé en 2025 jusqu’en 2030 (3). Il étend les ambitions de Rés0Pest à l’agriculture biologique, avec des réseaux expérimentaux menés sur le long terme et dans divers contextes pédoclimatiques. L’objectif est là encore, selon les auteurs, de « soutenir la transition vers une agriculture sans pesticides ».

(1) Seuls pouvaient être utilisés les produits répertoriés en tant que moyens biologiques ou stimulateurs des défenses naturelles, dans l’Index phytosanitaire de l’Acta.
(2) Pour cette expérimentation conduite dans le cadre du programme national Ecophyto Déphy expé, l’Inrae a collaboré avec l’Ecole d’agriculture de Purpan et avec le Cirad, le centre de recherche agronomique pour le développement.
(3) Le projet 0phyto est financé grâce à la Stratégie Ecophyto 2030.

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