L’Union européenne et les pays du Mercosur s’apprêtent à signer l’accord
Les pays latino-américains du Mercosur et l’Union européenne s’apprêtent à signer samedi 17 janvier 2026 au Paraguay un accord commercial créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
L’Union européenne et le Mercosur s’apprêtent à signer samedi 17 janvier 2026 un accord commercial, dans les tuyaux depuis plus de 25 ans. Certaines filières, les producteurs de bovins, de volailles, vont se retrouver pénalisés. Pour d’autres, comme la viticulture, ce traité leur sera favorable.
La Commission européenne négocie cet accord depuis 1999 avec les membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay). Vendredi à Bruxelles, une majorité d’Etats européens a soutenu le traité, malgré l’opposition de plusieurs pays dont la France. Ensemble, les deux blocs représentent 30 % du PIB mondial et comptent plus de 700 millions de consommateurs.
Un « jour historique pour le multilatéralisme »
La signature aura lieu dans la capitale du Paraguay, pays qui a la présidence tournante du bloc sud-américain. Avant Asuncion, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendra d’abord à Rio de Janeiro vendredi 16 janvier 2026 avec Antonio Costa, le président du Conseil européen.
Luiz Inacio Lula da Silva, qui a joué un rôle crucial dans l’avancée du traité mais n’a pas réussi à le faire signer en décembre au Brésil, n’a pas confirmé sa présence au Paraguay. Le président brésilien a toutefois salué vendredi dernier un « jour historique pour le multilatéralisme ». Le président du Paraguay, Santiago Peña, et son homologue uruguayen Yamandu Orsi assisteront à la signature. Le président argentin Javier Milei pourrait également être présent.
L’Union européenne et le Mercosur s’apprêtent à signer un accord commercial, dans les tuyaux depuis plus de 25 ans. Certaines filières, les producteurs de bovins, de volailles, vont se retrouver pénalisés. Pour d’autres, comme la viticulture, ce traité leur sera favorable.
« Pour l’Union européenne, c’est une manière de renforcer son autonomie »
Pour le Brésil, première économie d’Amérique latine, ce traité « est essentiel afin de montrer qu’il existe une troisième voie » en plus des États-Unis et la Chine, souligne Luciana Ghiotto, docteure en sciences sociales de l’Université de Buenos Aires, interrogée par l’AFP. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord.
Ce traité « est celui qui a pris le plus de temps de négociation au niveau mondial et la précipitation pour le conclure est liée au gouvernement de Donald Trump et à l’application massive de droits de douane » sur les produits importés par les États-Unis, relève l’experte.
Les Vingt-Sept aussi y trouvent leur compte. « Pour l’Union européenne, c’est une manière de renforcer son autonomie et sa place en tant qu’acteur important à l’échelle internationale », estime Alejandro Frenkel, politologue à l’Université nationale de San Martin en Argentine. Selon lui, ce traité permet en outre au Mercosur de signaler « une avancée dans un contexte de crise et de fragmentation interne du bloc sud-américain ».
Un traité qui suscite des désaccords
En supprimant une large part des droits de douane, l’accord favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages. Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de bœuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées. Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’Union européenne, faute de contrôles suffisants.
Pour ses partisans, il permettra au contraire de relancer une économie européenne à la peine et de soigner les relations diplomatiques avec l’Amérique latine. Des milliers d’agriculteurs ont manifesté ces derniers jours en France, en Pologne, en Irlande ou encore en Belgique. Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.
Le gouvernement français, qui s’est opposé à l’accord, a surmonté mercredi 14 janvier 2026 deux motions de censure déposées à l’Assemblée nationale par les partis de gauche radicale LFI et d’extrême droite RN. Après la signature, le traité commercial devra encore être ratifié par le Parlement européen. Le scrutin pourrait être serré, même si une majorité semble favorable à l’accord.
Dès mercredi 21 janvier 2026, les eurodéputés se prononceront sur une éventuelle saisine de la justice contre cet accord, laquelle permettrait de décaler de plusieurs mois sa ratification mais n’empêcherait pas une éventuelle application provisoire.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :