Des syndicats attentistes et déçus après leurs échanges avec Sébastien Lecornu
Le Premier ministre a enchaîné les rencontres avec les représentants de plusieurs syndicats agricoles au Salon international de l’agriculture le 26 février. Si la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont obtenu des garanties sur un calendrier législatif accéléré, la Coordination Rurale reste dans l’attente, tandis que la Confédération Paysanne dénonce une absence de réponses sur « le revenu des paysans » et les prix planchers.
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Si l’application provisoire du Mercosur décidé par la Commission européenne a ravivé la colère des syndicats agricoles ce 27 février, ces derniers ont eu la veille, l’occasion d’exprimer leurs attentes au Premier ministre. Ils ont chacun rencontré Sébastien Lecornu au cours d’échange d’une trentaine de minutes.
FNSEA : l’exigence d’une « loi d’urgence »
La nouvelle loi promise par le Premier ministre a animé les discussions. Les agriculteurs ne se contenteront pas d’une « énième loi de simplification ». C’est le message que la FNSEA a porté lors de son rendez-vous avec Sébastien Lecornu au Salon international de l’agriculture.
Le syndicat a affirmé avoir pris « acte de l’engagement » du Premier ministre pour la mise en œuvre d’une véritable « loi d’urgence ». Ce qu’il avait promis le 13 janvier alors que le monde agricole continuait à se mobiliser sur le terrain. Une loi qui devrait comprendre trois volets sur l’eau, la prédation et les moyens de production. Alors que le Salon ferme ses portes dimanche soir, peu de détails ont été donnés sur son contenu précis.
En revanche, le calendrier semble désormais acté : le texte devrait passer en Conseil des ministres fin mars ou début avril, pour un examen à l’Assemblée nationale en mai et au Sénat en juin. Là aussi, le gouvernement est revenu en arrière après avoir indiqué le 17 février que les débats parlementaires commenceraient au Sénat en juin avant de revenir à l’Assemblée nationale. La FNSEA, qui a transmis au gouvernement ses mesures jugées « nécessaires » pour répondre à « l’urgence » prévient qu’elle restera mobilisée pour que « cette loi soit à la hauteur ».
Jeunes agriculteurs : enrayer la baisse des installations
De leur côté, les Jeunes Agriculteurs ont profité de l’échange pour pousser leurs « plans et contrats d’avenir ». Une idée que le Premier ministre avait repris lors d’un déplacement sur exploitation agricole le 30 janvier en Eure-et-Loir. « Ces contrats signés avec les pouvoirs publics prévoient un accompagnement financier et technique pour les agriculteurs qui se lancent dans une nouvelle culture adaptée au marché et au changement climatique » avait expliqué Matignon.
Face à une baisse inquiétante des installations – le syndicat évoque 12 000 à 13 000 installations en 2024 -, Quentin Le Guillous, secrétaire général, a insisté de nouveau auprès du Premier ministre sur la nécessité de « reconstruire les filières et de redynamiser les territoires, particulièrement dans le sud de la France qui font le plus face au changement climatique ».
JA a réclamé des mesures en faveur de la production en revenant sur les conférences de la souveraineté alimentaire dont un point d’étape a été présenté au Salon le 24 février. Face à la volonté de construire 6 000 bâtiments d’élevage sur dix ans, le syndicat réclame que la loi d’urgence s’attelle à la « simplification » des parcours administratifs rencontrés par ces projets pour y arriver.
La Coordination rurale en « position d’attente »
La Coordination Rurale s’est montrée prudente à la sortie de son entretien avec le Premier ministre, se disant en « position d’attente » avant le début du travail concret sur la loi d’urgence. « Un sujet qui va nous occuper pendant le mois de mars » a indiqué François Walraet, secrétaire général de la CR qui regrette qu’il n’y ait pas eu davantage de précision sur le contenu de la loi durant le Salon.
Le syndicat a pointé du doigt au cours du rendez-vous le « ridicule » de la situation concernant le MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières). Si la Commission européenne s’est refusé de suspendre le mécanisme applicable depuis le début de l’année et préfère défendre un « paquet européen » de compensation. « On prélève aux agriculteurs finalement pour leur rendre après » a ironisé François Walraet.
La CR a également porté des revendications sur la gouvernance de l’eau, estimant que les agriculteurs sont trop peu représentés dans les organismes de gestion alors qu’ils en sont les principaux utilisateurs. Sur la Pac, tout comme Jeunes agriculteurs lors de son échange avec Sébastien Lecornu, la CR a défendu un budget « stable et au mieux relevé ».
Confédération Paysanne : Une déception franche face à l'« agenda productiviste »
À la sortie de son rendez-vous avec le Premier ministre, le ton est radicalement différent pour la Confédération Paysanne. Si les autres syndicats ont évoqué la « compréhension » de Sébastien Lecornu aux revendications portées, Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne a affiché sa « déception ». Pour le syndicat, l’urgence ne réside pas seulement dans les moyens de production qui est l’un des volets de la loi d’urgence, mais dans « le revenu paysan et la mise en place de prix planchers ». Des sujets sur lesquels Stéphane Galais indique n’avoir reçu aucune réponse concrète tout en rappelant qu’Emmanuel Macron avait formulé des promesses sur ce sujet lors du Salon de l’agriculture de 2024.
Le syndicat s’alarme particulièrement des déclarations récentes de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, présente aux côtés de Sébastien Lecornu lors du rendez-vous. Intérrogée par les députés le 25 février, la ministre avait rappelé que la France avait « des exploitations de taille intermédiaire qui évoluent dans un marché européen ouvert […] où les structures, les charges, les normes aussi ne sont pas toujours comparables ». Avant d’ajouter : « Et dans certains pays, les exploitations sont plus vastes avec des coûts de production différents. Fermer les yeux sur ces écarts ne rendrait pas service à nos agriculteurs ». Ces fermes françaises « globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial », « peuvent-elles toujours tenir la cadence face à des exploitations romaines, polonaises ou même allemandes ? » s’est-elle interrogée le 23 février lors de l’inauguration du stand du ministère de l’Agriculture au Salon. Il s’agit, selon elle, de « poser la question » et « donner les moyens de rester compétitif ». Deux jours plus tard, elle précisera devant les députés qu’elle n’a « jamais opposé les petites fermes aux grandes », ni remettre en cause le modèle familial.
Une séquence qui fait bondir la Confédération Paysanne. Le syndicat y voit la volonté de l’exécutif de prôner l’agrandissement des exploitations au nom de la compétitivité. Cela s’apparente à un véritable « plan social » revenant à acter la disparition des petites structures selon Stéphane Galais : « Si on agrandit les fermes, on fait disparaître des paysans. C’est mathématique », estime-t-il tout en accusant le gouvernement de suivre, « l’agenda productiviste » de la FNSEA.
Seul point positif relevé par le syndicat à la suite de son échange avec Sébastien Lecornu. La promesse du Premier ministre de ne pas déroger à la qualité de l’eau dans le volet eau de la loi d’urgence.
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