Pommes de terre bio : développer une filière de variétés robustes
De nouveaux essais voient le jour pour faire adopter les variétés robustes auprès de l’aval de la filière, tout en essayant de répondre à leurs besoins.
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Dans les Hauts-de-France, les variétés robustes de pommes de terre bio sont testées, d’un point de vue agronomique, depuis plusieurs années par la chambre d’agriculture de la Somme et ses partenaires (1). Plus récemment, grâce au coup de pouce du projet « Super patate » (lire l'encadré), des tests d’un nouveau genre complètent les classiques expérimentations au champ.
« Viser la performance agronomique pour les agriculteurs, c'est bien, mais si on ne vend pas la pomme de terre, si elle n'a pas de goût, si elle n’intéresse pas l’aval de la filière, on fait chou blanc », estime Alain Lecat, conseiller en grandes cultures bio à la chambre d’agriculture.
Une fois les essais notés et récoltés, le technicien prend une casquette de cuisinier pour tester les performances culinaires et organoleptiques des variétés. Parmi elles, la « fritabilité » et la « chipsabilité » : deux critères majeurs pour les industriels. « Ces tests sont réalisés plusieurs fois dans l’année pour voir le comportement des variétés dans le temps et après un stockage au froid », précise Alain Lecat.
S’armer de patience
À ce jour, quelques variétés ressortent du lot pour la filière bio, c’est-à-dire qu’elles remplissent à la fois les critères agronomiques des agriculteurs et les critères technologiques de l’aval de la filière. Il s’agit par exemple d’Allians, Alix ou Aubaine en chair ferme, d’Otolia, Maïwen ou Cephora en variété de consommation, et d’Alanis, Beyoncé ou Esperanto pour la filière industrielle.
Cette liste établie, l’enjeu est ensuite de faire adopter ces variétés aux différents maillons de la chaine. Mais pour les voir dans les rayons, il faut du temps, parfois plusieurs années. Les raisons sont diverses : frein au changement, pluralité d’intermédiaires, essais complémentaires chez les négociants… Les problèmes peuvent aussi se trouver à l’amont avec des difficultés à trouver des plants : c’est le cas de Germi 300 qui fait pourtant office de « pomme de terre idéale ».
Une liste mouvante
Il y a aussi du turn-over. Le conseiller donne l’exemple de Naturea : « Elle nous semblait intéressante sur la chipsabilité mais comme elle a ce défaut d’une dormance un peu courte, elle ne se conserve pas longtemps. Or, le plus gros de la demande pour les transformateurs, c’est au printemps et en été. » À l’inverse, des variétés non robustes aujourd’hui pourraient demain le devenir : selon Alain Lecat, Lady Jane et Cayman mériteraient leur place, raison pour laquelle elles intègrent chaque année ses essais. Toutefois, la décision finale revient à l’obtenteur.
Enfin, le changement climatique pourrait rebattre les cartes. Si d’une manière générale, les variétés robustes tolèrent la sécheresse, certaines d’entre elles supportent mal les coups de chaud. « On peut avoir des comportements différents pour une même variété en fonction du type de stress abiotique, confirme Alain Lecat. Cela veut dire que des variétés considérées comme le fer de lance aujourd’hui pourront être décotées dans quelques années du fait de la multiplication de ces évènements extrêmes ».
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(1) Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais et Fredon Hauts-de-France, sous la coordination de Bio Hauts-de-France.
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