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Décarbonation : une ONG déplore « trop peu d’engagements sur l’alimentation »

Réseau Action Climat déplore "qu'aucun objectif chiffré" ne figure dans la stratégie pour consommer moins de viande.

Publié en décembre, le projet du gouvernement pour sa troisième stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) propose plusieurs pistes et objectifs de réduction des gaz à effets de serre dans le secteur agricole. L’ONG Réseau Action Climat passe au crible les mesures et regrette le manque d’engagement de l’État sur l’alimentation.

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« Il est très regrettable que la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) n’ait pas été publiée avant la SNBC 3 », déplore l’association Réseau Action Climat, le 29 janvier 2025. Dans un décryptage de la proposition gouvernementale de réduction des gaz à effets de serre en France pour les années à venir, l’ONG déplore le « trop peu d’engagements sur l’alimentation » au sein de la SNBC 3. Elle rappelle le loupé des pouvoirs publics fin novembre 2025, lorsque la Snanc tant attendue n’était finalement pas parue, et note que cette stratégie alimentaire est l’un des principaux piliers de réduction des émissions dans l’agriculture.

Pas d’objectif chiffré sur la baisse de la consommation de viande

Membre du Conseil national de la Transition écologique qui doit donner son avis sur le projet gouvernemental avant son adoption, Réseau Action Climat cible plus précisément la réduction de la consommation de produits animaux par les Français. L’association déplore « qu’aucun objectif chiffré » ne figure dans la stratégie pour manger moins de viande, alors que « le Haut Conseil pour le Climat indique dans son dernier rapport la nécessité d’une réduction de 30 % de la consommation de produits d’origine animale d’ici 2030 ».

La consommation de volaille, volontairement écartée de tout objectif de réduction dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS), fait l’objet d’une critique encore plus acerbe. Pour l’ONG, si cette réduction est absolument nécessaire pour faire baisser les émissions françaises, elle est aussi fondamentale pour préserver la souveraineté alimentaire, « puisque 50 % de la volaille consommée en France est importée et que la consommation de poulet a doublé entre 2000 et 2020 ».

L’association relève par ailleurs que la consommation de “viande locale et durable” que recommande le gouvernement « n’est pas définie ». Elle appelle ici à mentionner « de façon plus explicite » la viande issue d’élevages biologiques. Enfin, s’il est un point positif sur le volet alimentation de la SNBC 3, c’est la « multiplication par 2 de la consommation de légumineuses à horizon 2030 et par 4 à horizon 2050, par rapport à 2020, alors qu’il n’y avait pas d’objectif chiffré dans la précédente version », pointe Réseau Action Climat.

Élevage : de bons objectifs mais des leviers d’action trop faibles

Qu’il s’agisse du développement des systèmes bovins laitiers en pâturage dominant, ou de la part de poulets label rouge et en agriculture biologique, l’association estime les objectifs fixés « positifs » dans le domaine de l’élevage. Cependant, les leviers de politiques publiques mentionnés « semblent bien insuffisants » pour les atteindre à ce stade, constate-t-elle.

Aussi, l’ONG observe que « si la baisse du cheptel est présente dans les hypothèses de calcul de la stratégie, la trajectoire retenue n’est pas formulée ». Une réduction non accompagnée du cheptel risquerait de « fragiliser les éleveurs et ne cible pas particulièrement les modèles d’élevage les plus intensifs ».

Le soutien au bio « largement insuffisant »

De même, l’ambition portée par le gouvernement sur le développement de pratiques agroécologiques « va dans le bon sens », mais là encore l’association regrette « des leviers de politiques publiques largement insuffisants », notamment pour soutenir l’agriculture biologique. Ce soutient serait même « remis en cause avec les propositions récurrentes de suppression de l’Agence bio » et le « rabotage récent des crédits de la planification écologique agricole », pointe Réseau Action Climat.

Malgré un objectif rehaussé de réduction de la consommation d’engrais minéraux azotés d’ici 2030, l’ONG relève enfin que le plan gouvernemental en la matière est toujours « au point mort ». Les agriculteurs ont pourtant « besoin d’aide pour s’affranchir de leur dépendance aux engrais azotés », souligne-t-elle.

Avant une adoption espérée au printemps 2026 par le gouvernement, le projet de SNBC 3 doit encore passer plusieurs étapes. Plusieurs avis du Conseil national de la transition écologique, du Haut Conseil pour le Climat, du Conseil national d’évaluation des normes, des Collectivités d’outre-mer et Corse, et enfin de l’Autorité environnementale sont nécessaires. Le processus s’achèvera par une consultation finale du public par voie dématérialisée.

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