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Flambée des prix des engrais et « emballement limité » pour les céréales

Le blocage du détroit d'Ormuz a conduit à une flambée des prix des fertilisants. (Photo d'illustration)

Moins de trois semaines après le début des frappes américano-israéliennes en Iran, la hausse des prix mondiaux des céréales restait « mesurée » dans un marché agricole surtout attentif au secteur des engrais, dont les cours ont flambé avec l’arrêt du trafic dans le détroit d'Ormuz.

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« On a un emballement somme toute limité des prix des grains », dont la progression est soutenue par la hausse des cours du pétrole, mais « à bonne distance », relève Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France. Cette latence s’explique par l’abondante offre mondiale de blé, de maïs et de soja.

« Des mouvements financiers sur les marchés à terme »

La volatilité des prix observée est surtout due à « des mouvements financiers sur les marchés à terme » : « il y a des prises de profit des fonds d’investissement, qui revendent quand le pétrole baisse », indique l’analyste. Le mouvement est amplifié par l’accentuation des ventes des producteurs dans les grands bassins céréaliers mondiaux, encouragés par les hausses des cours après des mois de stagnation.

Pour Rich Nelson, de la maison de courtage Allendale, « il y a encore une légère prime [de risque] due à la situation en Iran », qui apporte un peu de soutien aux céréales sur le marché européen comme à la Bourse de Chicago. En trois semaines, entre le 25 février et le 17 mars 2026, « les cours du pétrole ont augmenté de 43 % » quand celui du blé meunier grimpait « de 4,5 % » sur le marché européen, relève Sébastien Poncelet.

À moyen terme, les analystes évoquent surtout un facteur d’inquiétude plus profond concernant les engrais, du fait du blocage du détroit d'Ormuz par lequel transite un cinquième du commerce mondial de gaz naturel et près d’un tiers des engrais. Ce blocage a déjà conduit à une flambée des prix des fertilisants.

En trois semaines, selon les données d’Argus Media, le prix de l’urée égyptienne à destination de l’Europe est passé de 487,5 dollars la tonne à 715 dollars, soit une hausse de 47 %. Cette flambée pèsera lourd si la situation perdure et conduit à de réels manques d’engrais pour les cultures, que ce soit pour des questions d’approvisionnement ou de prix.

La situation des marchés agricoles est toutefois totalement différente de celle d’il y a quatre ans, au moment de l’invasion russe de l’Ukraine. L’arrêt du trafic sur la mer Noire avait entraîné le blocage des exportations russes et ukrainiennes, qui représentait plus de 30 % du commerce mondial du blé et 80 % du commerce mondial de l’huile de tournesol.

Ce choc avait propulsé le cours du blé meunier au-dessus des 400 euros la tonne sur le marché européen. Il est actuellement à environ 207 euros la tonne sur l’échéance de mars. Pour le moment, il n’y a pas de risque d’approvisionnement en céréales pour les pays importateurs.

Concernant les engrais, le risque est bien là, mais à moyen terme, soulignent les experts. Pour l’heure, les besoins des cultivateurs de blé sont couverts dans l’hémisphère nord, où la céréale est en pleine croissance à l’entrée dans le printemps. Mais la donne est différente pour le maïs, qui sera semé au mois d’avril.

Arbitrages en vue

« Il peut y avoir des arbitrages de surfaces dans l’hémisphère nord entre le maïs et des cultures moins consommatrices d’engrais », relève Sébastien Poncelet. Par exemple au profit du soja aux États-Unis ou du tournesol en mer Noire ou en Europe. Pour Rich Nelson, il est encore trop tôt pour savoir s’il y aura « une modification des superficies cultivées » aux États-Unis, où l’inquiétude porte essentiellement sur les cours du soja.

Le prix de la graine de soja a d’ailleurs dévissé lundi, perdant près de 5 % en une séance, après l’annonce du report de « cinq à six semaines » d’une rencontre très attendue entre Donald Trump et Xi Jinping en Chine. Les opérateurs américains tablent désormais « sur une baisse des exportations américaines vers la Chine et, par conséquent, sur une augmentation des stocks de soja aux États-Unis », indique Michael Zuzolo, de Global Commodities analytics and consulting.

À ce stade, « nous avons manqué le moment idéal pour conquérir des parts de marché en Amérique du Sud », estime l’analyste américain, et notamment au Brésil où la récolte de soja avance et arrivera bientôt sur le marché à des prix très concurrentiels.

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