Le conflit au Moyen-Orient est « assurément porteur d’un nouveau choc économique pour les exploitations agricoles en France », juge Thierry Pouch, responsable du service économique et de prospective de Chambre d’agriculture France, dans une note diffusée le 11 mars 2026.

Depuis son déclenchement le 28 février 2026, nombre d’experts pointent les conséquences sur le prix du gaz (+65 % en vingt jours), source d’énergie largement utilisée pour la fabrication des engrais. 20 % du gaz naturel liquéfié circule en effet par le détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran.

L’Égypte, un des principaux fournisseurs d’engrais de la France, produit de l’urée avec du gaz qui provient des gazoducs situés dans la zone de conflit, souligne Thierry Pouch. Le contexte est d’autant plus difficile que le détroit d'Ormuz concentre aussi environ 30 % des flux mondiaux d’urée et 20 % de ceux d’ammoniac.

Un suivi « de près » par la Commission européenne

Autrement dit, le marché européen des engrais, déjà tendu par les taxes sur les engrais d’origines russes et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF ou « taxe carbone »), se complexifie encore plus. Les prix de l’azote, quelle que soit sa forme, mais aussi des autres nutriments, enregistrent déjà de nettes hausses.

Le Copa-Cogeca, représentant des organisations agricoles et des coopératives à l’échelle européenne, appelle la Commission européenne à agir « pour faire face à la crise des engrais ». Les syndicats souhaitent voir taxes et MACF être suspendues, mais réclament aussi des ajustements de la directive nitrates.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a assuré que plusieurs actions sont en cours pour atténuer les conséquences de la guerre pour l’Union européenne, notamment le suivi « de près » des impacts sur les engrais. Il s’agit selon elle d’une « préoccupation majeure pour les agriculteurs et pour la sécurité alimentaire mondiale ».

La qualité des céréales en jeu dès 2026 ?

Mais dans l’immédiat en France, la crainte est forte. Le contexte est « absolument étouffant », appuie Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé « grandes cultures » de FranceAgriMer et vice-président de l’AGPB (association générale des producteurs de blé). Il partage son inquiétude sur la hausse des charges qui « va continuer à s’accentuer » pour les agriculteurs.

Pour les céréaliers, cela fait déjà trois ans que les comptes sont dans le rouge. Et dans ce contexte, selon Thierry Pouch, c’est « la question douloureuse de l’avenir des filières COP [céréales, oléagineux et protéagineux, N.D.L.R.] qui apparaît clairement posée ». L’impact devrait surtout se faire sentir pour la moisson de 2027, les achats d’engrais ayant majoritairement déjà été réalisés pour la campagne en cours.

Néanmoins, Benoît Piètrement craint déjà des diminutions de doses sur les troisièmes et quatrièmes apports d’azote pour les céréales qui seront récoltées en 2026. Ce qui pourrait être préjudiciable à la qualité des grains, notamment pour la teneur en protéines. « Ce serait vraiment dommage car derrière, c’est l’ensemble de nos marchés, intérieur et à l’export, qui en pâtirait », redoute-t-il.