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Face aux aléas sanitaires, les recherches autour de l’assurance verte patinent

Le projet de recherche Arrup-Vico a tenté d'étudier l'assurabilité des risques liés à la réduction des usages phytosanitaires sur la vigne et le colza.

Un temps en vogue dans le secteur de la vigne, les recherches autour de l’assurance verte concernent aussi les grandes cultures, comme le colza. Mais les freins réglementaires et financiers sont nombreux, laissant pour l’instant ces dispositifs assurantiels innovants au placard.

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Le système de l’assurance récolte tente de pallier les risques économiques liés aux aléas climatiques. Mais rien n’existe à ce jour s’agissant des aléas épidémiques issus d’une réduction de l’usage des phytos. La société est-elle prête à protéger ses agriculteurs pour avancer sur les objectifs sanitaires qu’elle s’est fixée ?

Plusieurs chercheurs et spécialistes ont réfléchi à la question et engagé des études autour d’une assurance verte, subventionnée par l’État au même titre que l’assurance récolte, afin d’encourager les agriculteurs dans la voie du zéro pesticide. Si la majorité des projets ont d’abord concerné la vigne, secteur qui concentre un usage très élevé de produits phyto comparé aux surfaces concernées en France, Luc Boucher a voulu se pencher sur les grandes cultures en testant le concept sur un colza ZI (zéro insecticide).

Étude sur un colza robuste

L’ingénieur agronome, spécialiste de l’assurance et des modélisations dans le secteur agricole, a travaillé sur le projet Arrup-Vico, entrepris en 2023 dans le cadre du plan Ecophyto, sous la supervision de Marc Raynal, ingénieur à l’Institut français de la vigne et du vin. « En théorie, toutes les cultures pourraient bien se prêter à l’assurance verte, affirme-t-il. Mais nous avons choisi d’étudier un colza robuste qui se développe suffisamment bien pour compenser les dommages que lui infligent les ravageurs. Avec ce type de pratique, nous postulons qu’il serait possible de faire l’impasse sur les traitements insecticides d’automne. »

Seulement, les ambitions de l’équipe de recherche sont vite freinées par le risque économique qu’un tel dispositif ferait peser sur les partenaires au projet. Trouver une parcelle d’expérimentation s’avère déjà compliqué. « En pleine crise agricole de janvier 2024, le sujet de la réduction des pesticides n’était pas en vogue, souffle Luc Boucher. À défaut, nous avons utilisé une simulation ad hoc sur un panel d’exploitations représentatives mais fictives. »

Des compagnies d’assurance réticentes

Un autre obstacle de poids ne tarde pas à émerger : impossible de dénicher une compagnie d’assurance partante pour s’affilier au projet. « Les assureurs sont réticents à se lancer dans ce type d’expérimentation pour deux raisons. Au départ, le risque technique est extrêmement important, et on le double d’une prise de risque volontaire en incitant les agriculteurs à se passer des phytos, détaille Luc Boucher. La prise de risque n’est plus aléatoire, et on demande aux assureurs de couvrir un risque certain. Cela ne rentre pas dans leur logiciel. »

Pour l’ingénieur, l’une des solutions serait donc de chercher du côté des pouvoirs publics pour subventionner le dispositif, « qui pourrait s’intégrer sans difficulté logistique au système existant de l’assurance récolte ». L’État en finance déjà 70 %, quand l’agriculteur s’acquitte des 30 % restants. Mais l’équipe en charge du projet se heurte à « un retour négatif du bureau de gestion des risques du ministère de l’Agriculture », note Luc Boucher.

La faible adhésion des agriculteurs au format actuel de l’assurance récolte n’y est certainement pas étrangère. Réformé en 2023, le dispositif d’assurance multirisque climatique (MRC) peine à convaincre. Un rapport parlementaire présenté au début de l’année 2026 relève même le recul de 3 % du taux de couverture des parcelles assurées en 2025 par rapport à 2024 sur le territoire français.

Un projet avorté, mais qui « doit rebondir »

En l’absence de cadre réglementaire et de soutien de l’État, le projet de recherche de Luc Boucher autour de l’assurance verte pour la vigne et le colza a pris fin en septembre 2025, à l’image des autres initiatives similaires lancées par le passé. Mais le chercheur ne désespère pas. « Le sujet peut et doit rebondir. Les nouveaux protocoles techniques liés à des pratiques agroécologiques et les modèles que l’on propose comportent des imperfections. Et ce n’est pas à l’agriculteur de supporter cela tout seul. Il serait normal que la société assume la couverture des risques climatiques et sanitaires de la transition », plaide-t-il.

Le principe même de l’assurance verte pourrait ressurgir « dans le cadre de la politique française de gestion de risque, dans le cas où une vraie stratégie d’innovation serait portée », imagine Luc Boucher. Le rapport conclusif de son projet recommande d’ailleurs « d’ouvrir la possibilité réglementaire d’expérimenter de nouvelles garanties pouvant couvrir les risques liés à l’adoption de nouvelles pratiques agroécologiques ». Mais les réflexions autour de la future Pac pourraient aussi remettre le sujet sur la table.

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