Quand une entreprise tchèque capte à elle seule 16 millions d'euros d'aides Pac
Greenpeace a étudié le versement des aides Pac dans six pays européens. Certaines entreprises agroalimentaires perçoivent la majorité des aides, au détriment des agriculteurs, déplore l’ONG.
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C’est un chiffre qui revient régulièrement dans le débat public quand on s’intéresse à la répartition des aides de la politique agricole commune (Pac). 80 % de ces dernières seraient versées à seulement 20 % des agriculteurs. Un chiffre que l’ONG Greenpeace a confirmé dans une analyse de la Pac publiée le 19 janvier 2026, nommée « Qui accapare l’argent » ? (1).
L’ONG a étudié la distribution des aides de la Pac de l’année 2024 dans six pays de l’Union européenne : la République tchèque, le Danemark, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et l'Espagne.
Ils ont analysé le premier pourcentage de bénéficiaires (le 1 % qui perçoivent le plus d’aide), le premier décile (10 %) et le premier cinquième (20 %). Conclusion ? En général, les premiers 10 % bénéficiaires de la Pac captent environ deux tiers des aides. Plus encore, en Espagne et en Italie, le premier pourcent perçoit un tiers des aides de la Pac, et aux Pays-Bas ce chiffre grimpe à 40 %.
10 % des bénéficiaires captent deux tiers des aides
L’étude « inclut des cas où de riches propriétaires ont reçu entre 195 000 € et 16,6 millions d’euros par an », observe Greenpeace. Quand cet argent pourrait bénéficier à « entre 112 et 415 fermes » (pour les 195 000 €) et jusqu’entre 1 300 et 7 000 fermes (pour le versement de 16 millions).
La médaille revient à un groupe agroalimentaire de République tchèque, Agrofert (2), qui a perçu à elle seule, la somme de 16,56 millions d’euros de la Pac en 2024. Ce groupe est propriétaire d’un total de 158 000 hectares et de 92 compagnies agricoles réparties principalement en République tchèque, mais aussi en Slovaquie, en Hongrie, en Pologne et en Allemagne.
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Ce groupe a été cofondé par Andrej Babis, qui n’est autre que le Premier ministre actuel de la République tchèque. Greenpeace déplore à son sujet des « controverses réglementaires et éthiques » comme des conflits d’intérêts, et une amende pour fusion d’entreprises causant un monopole.
Signe de l’inquiétude européenne, les députés de Strasbourg ont adopté par trois fois des résolutions exprimant leurs préoccupations quant à l’utilisation abusive des fonds agricoles de l’UE en République tchèque.
Hausse du prix des terres
Autre entreprise pointée du doigt en Italie cette fois-ci. Genagricola, « plus grande entreprise agricole italienne » d’après Greenpeace, a récolté en 2024, 2,6 millions d’euros d’aides Pac pour 12 000 hectares en Italie et en Roumanie.
« Selon une étude du Parlement européen réalisée en 2015, [l’acquisition des terres agricoles, environ 5 000 hectares] en Roumanie n’ont généré que 62 emplois en 2013, tandis que les prix des terres agricoles sont passés de 100 à 3 000, voire 5 000 euros par hectare, évinçant les agriculteurs locaux », juge l’ONG.
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« Notre analyse montre que les citoyens [qui financent la Pac] paient pour un système où une infime partie des bénéficiaires se partagent la part du lion des subventions publiques, et que les fonds supportent majoritairement les personnes et entreprises les plus riches en Europe, certains ayant été condamnés pour non-respect des normes sociales ou environnementales », allant à rebours des recommandations de l’ONG de conditionner les aides Pac au respect de la réglementation.
« Fixer des limites maximales »
Pour Greenpeace, cette répartition inégalitaire est une « conséquence » de la façon dont les aides de la Pac sont structurées, avec la majorité des subventions distribuées sous la forme d’aides à l’hectare. « Plus tu contrôles de terres, plus tu reçois d’aides », résume Greenpeace.
« Si la Pac a contribué à renforcer les revenus des agriculteurs, elle a surtout profité aux grands exploitants et aux propriétaires fonciers, favorisant le développement d’un modèle agricole industriel au détriment de la nature, du climat et des petits et moyens producteurs alimentaires », déplore l’ONG qui appelle à « mettre en place un système de paiements dégressifs […] et fixer des limites maximales aux subventions de la Pac qu’un seul entrepreneur ou une seule entreprise peut obtenir ».
Si la France peut sembler épargnée en partie par ces acquisitions territoriales massives, « la propriété des terres agricoles françaises est, sinon un tabou, au moins un non-dit : la dernière étude du ministère de l’Agriculture date de 30 ans et le registre des propriétaires est confidentiel », dénonçait l’association Terre de liens en 2023.
(1) En anglais, « who CAPture the cash », un jeu de mots avec la Pac — Cap en anglais.
(2) Agrofert « est le plus grand groupe du secteur agricole et agroalimentaire tchèque et slovaque, le deuxième groupe chimique national, un important producteur d’engrais azotés et le troisième exportateur national », d’après leur site officiel.
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