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Savoir dire stop

Patrice Brachet, ancien éleveur laitier de Dordogne, le répète à qui veut bien l'entendre : « Il ne faut pas avoir peur de dire stop ! »

Éleveur laitier à la retraite, Patrice Brachet consacre son temps à aider les autres. En tant que sentinelle pour la mutualité sociale agricole (MSA), il veut faire passer un message : « Il vaut mieux arrêter, plutôt que de faire des conneries. »

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Ne pas avoir peur du jugement des autres, être entouré, se préserver. Patrice Brachet est formel : « Quand tout se casse la gueule, il faut savoir dire stop. »

À 67 ans, Patrice Brachet a passé quarante-huit années en Dordogne à s’occuper de ses bêtes du matin au soir, comme son père avant lui. Il avait 160 prim’holsteins. Mais en 2012, tout a basculé. Des problèmes financiers ont noirci son quotidien. Il a tenté de mettre fin à ses jours. Onze ans plus tard, en 2023, il a cessé son activité « pour le bienfait de mon épouse et de mon fils. Il valait mieux arrêter plutôt que de continuer à s’entêter ». Il a renoncé à son statut de chef d’exploitation, sans pour autant quitter l’agriculture. Début 2025, il a demandé la liquidation judiciaire de sa ferme.

Aider les « collègues » qui vont mal

Il a fait de son parcours une force. Désormais à la retraite, l’ancien éleveur laitier se dévoue entièrement aux autres. À « ses collègues » comme il le dit. « Les aider est mon carburant. » Depuis 2017, il est sentinelle à la Mutualité sociale agricole (MSA). Il repère et épaule celles et ceux qui sont en situation de mal-être.

Et parce qu’il est bien placé pour savoir « combien l’agriculture peut être une machine à broyer, combien la profession est en souffrance », Patrice Brachet sait trouver les mots. Ses mots. Directs, sans langue de bois. « Mourir, c’est se libérer de la charge mentale qu’on a, mais c’est mettre ses proches dans la merde. Alors je le dis et le redis : il ne faut pas avoir peur de dire stop. »

Un après est possible

Face à la pudeur de certains pour se livrer, pour avouer qu’ils vont mal, il leur répond : « Ne me raconte pas le film, j’ai vu la cassette. » Car l’ancien éleveur laitier sait ce qu’ils traversent et il sait qu’un après est possible. Il ne nie pas l’importance que peut avoir la pression mentale « lorsqu’on arrête son activité après des années auprès de ses bêtes et dans ses champs », ni l’appréhension du regard des autres ou le manque du quotidien.

« Mais il faut savoir le faire pour soi et pour les personnes qu’on aime. » Il en est convaincu et compte bien persuader celles et ceux qui souffrent. « J’ai tout arrêté et aujourd’hui je vais bien. Bien mieux qu’il y a cinq ou dix ans. Ce soir on va au cinéma avec ma femme. Avant, ça n’arrivait jamais, c’est une autre vie. Et elle est bien plus douce et plus sereine. »

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