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Face aux néoruraux, à chacun sa stratégie

Selon les maires d'Arzenc-de-Randon et de Saint-Mathurin, le dialogue est la clé pour une bonne entente avec les néo-ruraux.

À Saint‑Mathurin, en Vendée, le village s’est agrandi en une petite ville « rurbaine » en quelques décennies. À Arzenc-de-Randon, en Lozère, le maire se bat pour conserver un village vivant « sans le transformer ». Albert Bouard, ancien agriculteur, et Francis Gibert, agriculteur, adaptent leurs projets aux néoruraux.

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À Saint‑Mathurin, Albert Bouard affirme fièrement qu’« être agriculteur est une chance », car c’est un métier qui apprend à observer, attendre et agir au bon moment. Élu maire en 2008, cet ancien agriculteur multi‑filière a vu le village passer d’environ 800 habitants dans les années 1970 à 2 550 aujourd’hui. Là où d’autres redouteraient cette extension, il y voit l’opportunité de réinventer sa commune. « Saint‑Mathurin n’est plus une commune rurale mais rurbaine », explique‑t‑il. Ce terme représente selon lui le mélange parfait entre monde rural et monde urbain.

À plus de 600 km de là, à Arzenc‑de‑Randon, Francis Gibert mène un tout autre combat. Éleveur de bovins, il est devenu maire en 2014 de cette petite commune de 200 habitants. Son enjeu est de maintenir la vie dans tous les hameaux et si possible toute l’année. La commune compte aujourd’hui surtout des résidences secondaires familiales ce qui représente un avantage, car les maisons sont rénovées, mais signifie aussi des volets fermés pendant plusieurs mois. Deux communes et deux maires, mais un même enjeu : faire vivre leur territoire.

A la rencontre des maires de Saint-Mathurin (Vendée) et d'Arzenc-de-Randon (Lozère) (© GoogleMyMaps)

Développer sa commune grâce aux néoruraux

À Saint-Mathurin, la population a grandement augmenté grâce à l’attractivité de la région et sa proximité à l’océan. « L’enjeu n’a pas été de les faire venir, ils sont venus tout seuls », précise Albert Bouard. Sa devise, « simplicité, convivialité, détermination », traduit ses ambitions. Lors de ses mandats, le maire a renforcé l’attractivité de la commune en développant commerces, artisans et services médicaux. « Pas de commerces, pas de vie », souligne‑t‑il, en observant la croissance de sa commune. L’arrivée des néoruraux est une opportunité qu’il souhaite continuer à développer de manière « modérée ».

Albert Bouard, maire de Saint-Mathurin. (© Mairie de Saint-Mathurin)

Face à la loi zéro artificialisation, Albert Bouard se montre direct. « Si on veut s’agrandir, on s’agrandit », affirme‑t‑il, convaincu qu’un élu doit avoir « 10 à 15 ans d’avance » pour que le développement de sa commune soit harmonieux.

Cependant, loin de lui l’idée de délaisser ses agriculteurs. Bien qu’ils soient aujourd’hui moins nombreux, le maire affirme qu’ils gagnent tous mieux leur vie.

Maintenir sa commune grâce aux néoruraux

En Lozère, à Arzenc‑de‑Randon, Francis Gibert voit les néoruraux comme l’occasion de maintenir la vie dans son village. « On veut qu’Arzenc garde son identité, affirme‑t‑il, mais c’est important pour le dynamisme de la commune d’avoir des personnes à l’année. La vie de la commune, c’est en été mais aussi en hiver ». Le village compte 200 habitants à l’année, un chiffre que le maire aimerait voir augmenter. « L’hiver, on est très peu nombreux », confirme‑t‑il.

Francis Gibert est maire d'Arzenc-de-Randon. (© Francis Gibert)

Loin de vouloir développer des commerces, laissant ce rôle à la ville voisine, la mairie préfère redonner vie au village tout au long de l’année en rénovant les logements qu’elle récupère pour les proposer en location longue durée. « Il y a de la demande », explique Francis Gibert mais le foncier manque. Le village, qui voudrait accueillir davantage de jeunes couples, se heurte à la loi zéro artificialisation qui pousse à rénover plutôt qu’à construire. Or il n’y a quasiment plus de logements à vendre, les maisons secondaires se transmettant de génération en génération. « Une maison qui se construit, c’est énorme pour un petit village », insiste le maire qui défend l’idée de quelques constructions à raison d’une ou deux maisons par hameau par exemple.

Pour rendre son village attractif auprès des résidences secondaires, le maire mise aussi sur la fibre pour développer le télétravail, ainsi que sur des services adaptés : entretien de la voirie, déneigement, aide administrative, projet de transport à la demande via une association de covoiturage solidaire. « Il ne faut pas qu’ils se sentent seuls », précise‑t‑il, expliquant que son numéro est toujours affiché sur la porte de la mairie. De plus, selon lui, « il est très important de soutenir les associations communales qui apportent de la vie et de l’animation tout au long de l’année ».

La communication la clé de toute tension

À Saint‑Mathurin, Albert Bouard mise sur la communication pour désamorcer toutes potentielles tensions avec les nouveaux habitants. Fidèle à ses valeurs associatives, il privilégie la discussion et la pédagogie convaincu qu’en se parlant les habitants trouvent toujours un terrain d’entente. À Arzenc‑de‑Randon, Francis Gibert adopte la même démarche. Chaque nouvel arrivant est informé des réalités du monde rural (cloches, bétail, odeurs, engins matinaux) pour éviter les malentendus. Et quand un différend apparaît, le dialogue reste la règle. « C’est comme ça qu’on les garde au village », insiste‑t‑il.

Entre Saint‑Mathurin et Arzenc‑de‑Randon, deux stratégies se dessinent : l’une assume une commune « rurbaine » qui capitalise sur l’arrivée des néoruraux, l’autre se bat pour garder des habitants à l’année sans perdre son identité. Mais les deux maires partagent la même conviction que l’avenir de leurs campagnes se joue autant dans l’accueil de nouveaux habitants que dans le maintien d’une agriculture vivante.

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