Mercosur : Les syndicats dénoncent un « déni de démocratie »
À l’unanimité, les syndicats agricoles français fustigent, ce vendredi 27 février 2026, un « déni de démocratie » dans la décision d’Ursula von der Leyen d’appliquer provisoirement l’accord commercial avec le Mercosur.
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« C’est un déni de démocratie. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’assoit sur le Parlement de manière très claire, et d’ailleurs aussi sur la Cour de Justice de l’Union européenne », a réagi au Salon de l’agriculture Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. Le syndicat majoritaire « appelle le président de la République à réagir fortement à cette décision qui vient d’être prise ». Selon le patron de la FNSEA, avec cette action la « légitimité » de la présidente de la Commission européenne serait « remise en cause ».
En prenant cette décision, la Commission européenne laisserait la porte ouverte à des produits qui sont fabriqués avec des molécules interdites depuis plus de 25 ans en Europe. « Cela veut dire que le Brésil peut désormais envoyer dès la semaine prochaine des volailles qui ont été produites avec de la flavomycine qui est un accélérateur de croissance interdit en Europe, fustige Arnaud Rousseau. Les contrôles ne sont pas prêts. Les clauses de sauvegarde sont inopérantes à l’heure où on se parle. »
En décidant d’appliquer provisoirement le #MERCOSUR, la Présidente de la Commission, @vonderleyen, s’assoit volontairement sur le vote et la décision du Parlement européen.
— La FNSEA (@FNSEA) February 27, 2026
Réaction d’@rousseautrocy, Président de la FNSEA et de @QGuillous, Secrétaire général des @JeunesAgri. ⤵️ pic.twitter.com/ydkGJLZ8oF
La colère des agriculteurs ravivée
De son côté, le principal syndicat agricole européen, le Copa-Cogeca, se réunira prochainement pour décider quelle réponse apporter, mais « qu’Ursula von der Leyen se rassure, on continuera à être mobilisés parce que ni hier, ni aujourd’hui, ni demain, ce qui se passe en Europe n’est acceptable pour nous ».
🚨🚨Mercosur Agreement provisional application: a further blow to Europe’s agriculture
— COPA-COGECA (@COPACOGECA) February 27, 2026
The announcement this Friday of the @EU_Commission’s intention to proceed with the provisional application of the EU-Mercosur Agreement could only be perceived by the farming sector, gathered… https://t.co/Oo6jd6cYi2 pic.twitter.com/6c1Hv8kV75
En France, Pierrick Horel, président de Jeunes agriculteurs, a aussi exprimé sa « stupeur », en indiquant souhaiter « une réaction vigoureuse certainement du monde agricole européen ». « C’est une décision que nous devons encore avaler. Elle ravive la colère », renchérit Quentin Le Guillous, secrétaire général du syndicat.
🚨 Accord #Mercosur : une trahison inacceptable ! 🚨
— Jeunes Agriculteurs (@JeunesAgri) February 27, 2026
L’annonce de l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur par @vonderleyen est un scandale. Une décision grave, prise dans le mépris le plus total de la voix des agriculteurs, des parlementaires européens et des citoyens.… https://t.co/Q2q6Ztefki
En illustration de cette « colère », ce vendredi 27 février 2026, quelques minutes après l’annonce de la Commission européenne, une vingtaine d’agriculteurs des Jeunes agriculteurs et de la FNSEA ont par ailleurs fait irruption pendant dix minutes sur le stand de l’Union européenne au Salon international de l’agriculture. Ils ont retourné des chaises, fait exploser des ballons et accroché leurs drapeaux avant de prendre la parole.
« C’est une trahison supplémentaire »
Cette annonce en plein salon de l’agriculture, « c’est une trahison supplémentaire », a réagi le secrétaire général de la Coordination rurale, François Walraet. « Tous les moyens sont bons pour le faire appliquer et la saisine de la Cour de Justice n’est même pas un frein. On sent bien que la France n’a plus aucun poids, c’est l’Allemagne qui décide. C’est un déni de démocratie incroyable. »
Avec cette décision, selon la Confédération paysanne, « la Commission européenne piétine l’agriculture et la démocratie européennes ». Le syndicat craint que la souveraineté alimentaire soit « mise à mal » par « des politiques libérales qui détruisent le revenu et l’emploi paysans ». Pour rappel, il y a quelques semaines, le Parlement européen avait saisi la justice de l’Union européenne afin de vérifier que l’accord avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay était conforme aux traités. Cette procédure était censée prendre plusieurs mois. La Commission européenne avait toutefois la possibilité d’appliquer l’accord de façon temporaire, après la ratification par de premiers pays du Mercosur, ce que l’Argentine et l’Uruguay ont fait jeudi 26 février 2026.
La Commission européenne s'est déjà jouée de la Cour de Justice de l'Union européenne suite à la décision d'illegalité de l'accord UE-Maroc par #CJUE. L'application provisoire de l'accord UE-Mercosur est dans la droite ligne des scandales démocratiques des accords libre-échange pic.twitter.com/NO2JlvSN1z
— Conf' Paysanne (@ConfPaysanne) February 27, 2026
D’après Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne, « on assiste de plus en plus à une prise de pouvoir de la Commission européenne, on sent le parlement très isolé et on met à mal tous les outils démocratiques de l’Europe. Trump nous mène droit dans le mur, et on sent bien que l’Europe prend le même chemin ».
Dans un communiqué, le collectif Stop Mercosur s’est aussi exprimé. L’organisation considère la décision de la commission européenne comme « un nouveau scandale démocratique ». Pour Maxime Combes, économiste et co-animateur du collectif national Stop Mercosur, « cet accord, le plus nocif jamais négocié par l’Union européenne, mais aussi le plus contesté, n’a pas de majorité acquise au sein du Parlement européen ».
Pour la Coopération agricole, la question du respect du processus démocratique se pose également. Selon Dominique Chargé, président de La Coopération Agricole, « le Mercosur, c’est la "Sheinisation" (en référence à l'enseigne chinoise Shein, NDLR) de notre alimentation. La France doit tout mettre en œuvre pour bloquer cet accord. En matière de lutte contre la concurrence déloyale, la France doit passer des engagements aux actes ».
FNB et Interbev sont vent debout contre l’accord UE-Mercosur
Du côté des acteurs de la filière bovine, l’opposition à l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur est aussi forte. La Fédération nationale bovine (FNB) et Interbev sont contre le traité de libre-échange, suite à un scandale d’importation de viande brésilienne traitée à l’Œstradiol 17β en Europe, entre 2024 et 2025.
L’hormone de croissance œstradiol 17β est au cœur d’un scandale mêlant consommation de viande de bœuf et accords commerciaux. Le Brésil est réputé pour utiliser cette hormone de croissance dans ses élevages bovins afin de booster leur productivité, mais celle-ci est interdite en Europe depuis 2008, car cancérigène. En plein cœur des révoltes contre l’accord entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur, c’est la Commission européenne qui porte un coup de massue supplémentaire. Elle a reconnu le 25 février 2026, d’après le média spécialisé Contexte, que de la viande de bœuf traitée à l’œstradiol 17β a été mise en vente en Europe entre 2024 et 2025, en provenance du Brésil.
Incompréhension de la filière bovine
La seule solution pour la Fédération nationale bovine, c’est l’interdiction totale d’importation de viande brésilienne, puisque « le Brésil ne respecte même pas les quelques dispositions actuellement en vigueur », déplore le syndicat dans un communiqué de presse le 26 février 2026. Patrick Bénézit, son président, ajoute que dans un tel contexte, « il serait aberrant que l’accord UE-Mercosur soit mis en œuvre ».
APPLICATION PROVISOIRE DE L’ACCORD UE–MERCOSUR : UN PASSAGE EN FORCE INACCEPTABLE ET UN DENI DE DEMOCRATIE
— Interbev (@Interbev_fr) February 27, 2026
La Commission européenne vient d’annoncer son intention d’appliquer l’accord UE–Mercosur de manière provisoire, alors même que la CJUE n’a pas encore tranché sur la… pic.twitter.com/lnnnPNAU5Z
Pour autant, le 27 février, la Commission semble fait un passage en force. Selon l’interprofession des entreprises du bétail et de la viande (Interbev), elle « vient d’annoncer son intention d’appliquer l’accord UE-Mercosur de manière provisoire », ce qui est « inacceptable ». L’interprofession appelle à une réaction gouvernementale française. « Une fois de plus, l’Union européenne fait preuve d’incohérence en acceptant l’importation de produits qui ne respectent pas les standards européens : un risque pour les consommateurs et une distorsion de concurrence inacceptable pour les filières agricoles », insiste Interbev dans un communiqué de presse, ce vendredi 27 février 2026
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