Les prix de base ne permettent pas une rémunération « juste » des éleveurs
Les représentants des filières d’élevage (bovin, volaille, porc) ont dénoncé au Sénat des prix de base trop faible, ne couvrant pas leurs coûts de production.
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« On est passé de 8 millions de vaches à un peu moins de 7 millions en France à cause de revenus trop faible et d’un manque d’investissement et de modernisation », déplore Emmanuel Bernard, vice-président de la Fédération nationale bovine (FNB). Le 13 janvier 2026, il participait à une table-ronde animée par le Sénat. Cette discussion, qui fait suite à l’adoption des lois Egalim, avait plusieurs objectifs, comme s’assurer que les acteurs en amont, dont les producteurs, bénéficient d’une rémunération « la plus juste possible ».
« La négociation française est réputée comme très dur »
Le prix de base de la viande a « dégringolé » à 1,42 € du kilo alors que les coûts de production avoisinent les 1,65 €. « On perd de l’argent », constate Eric Thébault, le directeur de la Fédération nationale porcine. « On ne peut pas faire sans rentabilité à tous les maillons de la chaîne », ajoute Emmanuel Bernard. Cette situation est d’autant plus compliquée pour un jeune agriculteur ou un investisseur, souligne le représentant de la FNB.
Pour la filière volaille, qui perd en autosuffisance, « l’indice Itavi est un élément bloquant pour la production », témoigne Isabelle Leballeur, secrétaire générale de la confédération française des aviculteurs. La filière est contractualisée à 99 % mais cet indice, qui conditionne le prix de base, ne prend pas en compte l’intégralité des coûts de production (alimentation, bâtiment, main-d’œuvre, énergie).
De plus, les producteurs de volaille doivent faire face à des pénalités logistiques si, à la suite d’un problème sanitaire comme une épidémie, ils ne peuvent pas approvisionner la grande distribution. Ces aspects sanitaires ne sont pas pris en compte dans le contrat.
« La négociation française est réputée comme très dur, beaucoup plus dur qu’ailleurs », confirme Eric Thébault. Aujourd’hui, malgré la mise en place des lois Egalim, il y a très peu de contrats tripartites dans ces trois filières. Les éleveurs échangent très peu avec la grande distribution.
Mettre en place un « plan stratégique d’élevages »
La solution est unanime chez les participants de la table-ronde : il faut produire plus. Or, cela demande des bâtiments adaptés. « Il faut construire des poulaillers. Et pour construire des poulaillers, il faut donner l’envie. Et pour donner l’envie, il faut du revenu », souligne Isabelle Leballeur. Pour sa filière, une meilleure rémunération passerait par intégrer d’autres éléments dans l’indicateur Itavi. « Il nous faut 100 €/m2 par an pour que les éleveurs gagnent leur vie et construisent des bâtiments », explique-t-elle.
Emmanuel Bernard va plus loin en parlant de la nécessité de mettre en place un « plan stratégique d’élevages » en France, afin de ne plus perdre d’animaux, quelle que soit la filière. Selon lui, « il faudrait qu’on ait un tunnel de prix dans lequel la borne basse, c’est le coût de production calculé ».
« On souhaite que les futures normes ne soient pas trop disproportionnées et fassent l’objet d’un soutien public pour tous les investissements non productifs », ajoute Eric Thébault. Emmanuel Bernard conclut cette table-ronde avec une question : « Est-ce qu’on veut de l’élevage ? Réveillons-nous. Ce n’est pas la peine d’aller parler de souveraineté si on n’est pas capable d’installer des jeunes et des bâtiments ».
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