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Guerre au Moyen-Orient : le marché du colza est à la merci des fonds

La volatilité extrême des cours du colza attire les fonds d’investissement. S’ils venaient à vendre leurs positions, peu de triturateurs seraient prêts à acheter des graines à ce niveau de prix élevé.

Le conflit au Moyen-Orient incite les fonds d’investissement à acheter massivement des lots de graines de colza sur le Matif. « Une présence trop importante par rapport à la taille du marché », juge Cyprien Lorain, responsable de la mise sur le marché chez Ceremis. Malgré des fondamentaux plutôt haussiers, les cours pourraient reculer si ces fonds décidaient de liquider leurs positions.

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Avec le conflit en Iran, la volatilité des cours des matières premières est extrême. Dans le sillage du pétrole, le prix du colza a grimpé à 502 €/t le 5 mars 2026 (échéance de mai 2026) puis à 520 €/t le 9 mars 2026 avant de redescendre à 511 €/t le 13 mars 2026, avec de fortes évolutions journalières.

Une « position disproportionnée par rapport à la taille du marché »

Et qui dit volatilité, dit aussi forte présence des fonds d’investissement. « En colza, la position des fonds est prédominante mais elle est disproportionnée par rapport à la taille du marché », souligne Cyprien Lorain, responsable de la mise sur le marché chez Ceremis (1).

Ainsi, au 6 mars, les fonds détenaient plus de 69 000 lots de graines de colza sur le Matif, soit 43 % des positions ouvertes sur ce contrat. « C’est considérable. Le marché du colza est à la merci des fonds : le jour où ils passeront vendeurs, l’impact sera immense », prévient-il.

Déséquilibre

La majorité des positions des fonds arrive à échéance à la fin d'avril 2026 (contrat de mai). Les fonds vont alors soit revendre leurs positions acheteuses, soit les « rouler » en vendant le contrat de mai 2026 pour acheter du contrat à l'échéance d'août 2026. « Cela pourrait créer un déséquilibre, avec beaucoup de vendeurs face à très peu d’acheteurs à ces niveaux de prix élevés », poursuit Cyprien Lorain.

Un scénario similaire s’est produit l’an dernier, où en l’espace de deux semaines, les fonds ont soldé leurs positions, entraînant une chute de 60 €/t du marché. « Le volume de lots détenus par les fonds était alors exactement le même qu’aujourd’hui », rappelle-t-il.

Cyprien Lorain est responsable de la mise sur le marché chez Ceremis, union de six coopératives et négoces agricoles du nord de la France. (©  Isabelle Escoffier)

Faibles marges des triturateurs

Selon lui, peu d’acteurs vont être en mesure d’absorber un tel volume de lots sur le Matif car « les marges de trituration et d’estérification pour la production de biodiesel sont aujourd’hui assez contractées », limitant la capacité d’intervention des industriels. La volatilité actuelle, historiquement inhabituelle, complexifie fortement leur travail.

Dans ce contexte, les triturateurs ne devraient pas se positionner à l’achat : la graine de colza apparaît trop chère au regard des cours des huiles et des tourteaux. « Il faudra probablement revenir à des niveaux de prix plus bas pour susciter l’intérêt des opérateurs », considère Cyprien Lorain.

Cyprien Lorain évoque aussi un possible léger déficit de graines de colza non OGM sur la fin de la campagne dans l’Union européenne. Cela contraindrait certaines usines à se mettre en maintenance et interrompre la trituration à la fin de juin. Aux niveaux de prix actuels, les industriels pourraient juger la matière première trop coûteuse par rapport à la valorisation des huiles, et préférer suspendre leur activité faute de marges suffisantes.

(1) Union de six coopératives et négoces agricoles du nord de la France (Unéal, Ternovéo, Ucara, Sana Terra, Agora et Valfrance) pour la commercialisation des grains.

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