Le marché des engrais traverse une phase de forte instabilité après l’escalade du conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz, axe stratégique pour le transit du pétrole, du gaz et d’une part majeure du commerce mondial d’engrais. Cette perturbation intervient à un moment particulièrement sensible, alors que les applications dans les champs s’intensifient dans de nombreuses régions agricoles.
Les prix de l’énergie s’enflamment
Le premier impact se situe sur le marché de l’énergie. La zone concernée représente une part essentielle de la production mondiale de gaz et de pétrole, ressources indispensables à la fabrication des engrais azotés. L’extension du conflit, notamment avec les menaces pesant sur certains producteurs comme le Qatar, a accentué la hausse des prix. En Europe, le gaz est ainsi passé de 32 à 46 €/MWh, renchérissant immédiatement les coûts de production des engrais.
Dans le même temps, la production régionale est fragilisée. L’Iran et plusieurs pays voisins comptent parmi les acteurs majeurs du secteur. Des fermetures d’usines sont déjà signalées et les exportations sont perturbées par les difficultés de transport maritime. L’Égypte pourrait également subir des répercussions en raison de sa dépendance au gaz israélien pour alimenter son industrie d’engrais.
Des transports plus coûteux
La logistique devient également plus coûteuse. Les détours maritimes, l’augmentation des primes d’assurance et la hausse du carburant alourdissent les coûts d’acheminement. Dans ce contexte, plusieurs grands importateurs comme l’Inde ou la Chine pourraient rencontrer des tensions d’approvisionnement au moment de leurs semis.
Même la Russie, premier exportateur mondial d’engrais, ne dispose pas de capacités suffisantes pour compenser rapidement un manque d’offre. Le marché pourrait donc rester perturbé pendant plusieurs semaines, avec une volatilité accrue des prix. À cela s’ajoute un effet de change défavorable avec un euro affaibli face au dollar, ce qui renchérit les importations européennes.