« Nous avons aménagé une aire malaxée pour nos 70 vaches »
Clara et Mathieu Collet transforment l’aire paillée de leurs laitières en aire malaxée et gagnent au moins une heure de travail par jour.
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Installer une aire compostée à la place de l’aire paillée était audacieux pour Clara et Mathieu Collet car ce nouveau concept compte pour l’instant peu d’adeptes. Le jeune couple, à la tête de 70 prim’holsteins à Bohain-en-Vermandois, dans l’Aisne, n’a pourtant pas hésité, car la gestion de l’aire paillée était beaucoup trop chronophage. « Nous devions curer tous les dix jours à cause de l’échauffement de la litière, souligne Clara. Cela nous coûtait une fortune en paille alors que les problèmes sanitaires et notamment les mammites explosaient. »
L’installation de logettes, souvent le remède mis en place en de telles circonstances, ne convenait pas aux associés, car ils estiment que ce type de couchage est trop contraignant pour les animaux. Ils souhaitent un confort maximal pour leurs vaches fortes productrices avec 12 000 litres par an en moyenne.
Gagner de la place
« J’ai trouvé des informations sur les aires malaxées surtout à l’étranger sur des sites canadiens, explique Mathieu Collet. J’ai vite compris que pour donner une chance à ce projet, nous devions offrir davantage de surface aux vaches. Ainsi, nous avons commencé par envisager l’intégration de la fumière couverte qui était dans le prolongement de l’aire paillée initiale. » Elle n’était plus indispensable puisque la fréquence de curage devenait largement supérieure à deux mois.
Pour gagner encore de la place, les exploitants ont opté pour un tapis d’alimentation d’un mètre de largeur. Il a coûté 34 000 € et il est approvisionné tous les jours à l’extrémité grâce à la mélangeuse. Un racleur à corde de 5 mètres de largeur est installé derrière le cornadis. Son passage est programmé six fois par 24 heures. Une nouvelle fosse géomembrane de 1 000 m³ récupère le lisier. Son coût s’est élevé à 21 000 €.
Ainsi, les vaches qui disposaient initialement de 8 m² de couchage chacune, bénéficient aujourd’hui d’une surface de 11 m².
Pour améliorer la propreté générale de la litière malaxée, les associés ont installé récemment quatre ventilateurs à pales horizontales pour un prix de 30 000 €. Ils fonctionnent tout au long de l’année jour et nuit pour évacuer un maximum d’humidité. Des filets brise-vent amovibles sur les côtés (60 m) favorisent également le renouvellement de l’air et le rejet de la moiteur. Les quatre petits ventilateurs verticaux, achetés d’occasion, suspendus au-dessus du couloir raclé, participent également (à leur mesure) à une bonne ambiance. Ils proviennent d’un poulailler et ont coûté 700 €.
Des anas de lin comme base
Clara et Mathieu ont opté pour les anas de lin comme produit de base pour l’aire malaxée. « Nous les achetons à la linière de Laon, mais les prix fluctuent en fonction de la production de 70 à 120 €/t », précisent-ils. Si la paille ne convient pas à ce type de litière, il est possible d’utiliser de la sciure de bois ou du miscanthus broyé, mais les prix sur le marché sont également très variables. Certains éleveurs achètent aussi des déchets verts, mais le taux d’humidité peut lui aussi être variable en plus du tarif.
Sur le plan pratique, une couche importante d’une trentaine de centimètres d’anas de lin est déposée au départ sur l’aire de couchage en période sèche. Au bout de quelques jours, l’aire de vie est malaxée à l’aide un outil à dents type chisel attelé derrière le tracteur deux fois par jour. Le but est d’aérer la litière. « Les dents ne doivent pas pénétrer au-delà de 15 cm », précise Mathieu Collet.
Tous les trois ou quatre jours, en fonction du salissement, des anas de lin sont ajoutés à l’aide du godet du tracteur. Didier Gaschet, de la chambre d’agriculture, a estimé que pendant les mois les plus humides (sept mois autour de l’hiver), la consommation en anas de lin atteignait 20 à 24 t par mois ou 0,73 kg par vache laitière et par jour, alors que pendant la période plus sèche autour des mois d’été (cinq mois), la consommation était trois fois moins importante, autour de 0,24 kg d’anas de lin par vache laitière et par jour. Au total sur l’année, les achats en anas de lin ont représenté 193 t. Comparativement, dans l’installation initiale, le besoin en paille atteignait 244 tonnes par an.
C’est surtout au niveau du temps de travail quotidien que les exploitants gagnent le plus. Le passage de l’outil à dents et le rechargement en anas de lin ne prennent pas plus de 35 minutes chaque jour, alors que le paillage initial demandait 45 minutes à 1 heure chaque jour. Le curage n’a lieu qu’une à deux fois par an alors qu’il fallait y consacrer une demi-journée tous les 10 à 12 jours avant, soit 20 minutes en moyenne par jour. Globalement, c’est au moins 1 heure par jour que les associés ont « grappillé », sans compter le gain de temps du chantier de paille (moins presser, moins transporter, moins stocker).
Maîtrise de l’humidité
La maîtrise du salissement de l’aire malaxée n’est toutefois pas si simple. Avant d’y parvenir, Mathieu a dû faire des essais de profondeur et il contrôle régulièrement la température de l’aire malaxée pour vérifier qu’il n’y a pas d’échauffement. Aujourd’hui, l’équilibre est atteint, les vaches sont toujours propres, le nombre de mammites et le taux de cellules se situent à un niveau correct. « Pour un bon compostage de la litière, le rapport C/N doit être d’environ 25, ajoute Didier Gaschet. Le taux de matière sèche ne doit pas descendre en dessous de 50 %. »
Contrairement à certains exploitants gérant une aire malaxée, Clara et Mathieu Collet n’obligent pas leurs vaches à rejoindre, à heure fixe, le couloir raclé. Le but de la pratique est de limiter le nombre de bouses sur le couchage et de limiter l’humidité. « Nous ne souhaitons pas contraindre nos animaux, expliquent-ils. Nous voulons qu’ils puissent vieillir le plus possible », expliquent-ils.
L’arrivée prochaine de deux robots risque de modifier un temps l’équilibre, mais Clara et Mathieu entendent eux aussi gagner en confort de travail.
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