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Laits infantiles : les députés décortiquent l’action de l’État et des industriels

La mission flash sur les laits infantiles commence ses auditions ce mardi 24 mars 2026 à l'Assemblée nationale.

L’État français et les fabricants de laits infantiles ont-ils assez agi pour protéger la santé des bébés lors de la vague de rappels de produits potentiellement contaminés par de la céréulide du début de l’année ? Une mission, réunissant plusieurs députés, commence ses travaux sur le sujet ce mardi 24 mars 2026.

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Ses conclusions sont attendues d’ici à juin. La mission « flash » sur les laits infantiles commence ses travaux à l’Assemblée nationale ce mardi 24 mars 2026. Son objectif est d’évaluer « la responsabilité des multinationales » et « la stratégie de l’État », avait détaillé au début de mars à l’AFP la députée Mathilde Hignet (LFI-NFP), qui en sera corapporteure avec Michel Lauzzana (Renaissance).

À cause d’un ingrédient chinois

L’affaire des laits infantiles a démarré en décembre avec le rappel de boîtes de lait infantile par Nestlé, puis a pris de l’ampleur au début de 2026 quand le géant de l’agroalimentaire a engagé des rappels bien plus importants dans une soixantaine de pays. En cause, la présence potentielle de céréulide, une toxine qui peut provoquer des vomissements dangereux chez un nourrisson.

Rapidement, une cascade de rappels similaires a eu lieu dans le monde par de grands noms comme Danone ou Lactalis, mais aussi par des plus petits acteurs. Point commun, un ingrédient, une huile riche en acide arachidonique, fourni par le même sous-traitant chinois. Les conséquences sanitaires restent, à ce jour, incertaines.

Un lien difficile à établir

En Belgique seulement, un lien a été établi entre la consommation de lait contaminé et l’hospitalisation de plusieurs bébés, tous tirés d’affaire après des symptômes légers. En France, les autorités sanitaires se penchent sur deux décès de bébés ayant consommé un lait rappelé, mais aucun lien de cause à effet n’a été établi à l’heure actuelle. Dans un troisième cas mortel, la responsabilité du lait a été exclue au début de mars.

En revanche, le céréulide a bien été détecté dans les selles d’un bébé hospitalisé en France. Selon les autorités sanitaires, cela ne suffit pas à prouver un lien, un point de vue différent de leurs homologues belges pour qui la présence de la toxine apporte un indice suffisant.

Dans ce contexte, la mission parlementaire, créée à l’initiative de la commission des affaires sociales, va étudier le bien-fondé de plusieurs accusations formulées envers l’État et les industriels par des familles et des associations.

Trois griefs

Les griefs sont, essentiellement au nombre de trois. Premièrement, les fabricants auraient trop tardé à engager les rappels et l’État se serait excessivement reposé sur leur bonne volonté. Les autorités ont toutefois rappelé qu’il s’agissait de la procédure habituelle dans ce cas de figure.

En deuxième lieu, la France est mise en cause pour des capacités d’analyses insuffisantes. Les échantillons prélevés sur les bébés français ont, en effet, dû être envoyés en Belgique, en mesure de détecter le céréulide aux seuils jugés suspects.

Enfin, les critiques portent sur les recommandations faites aux soignants, notamment dans les hôpitaux, pour envisager une intoxication au céréulide. Selon plusieurs familles et associations, elles ont été trop tardives et obéissant à des critères trop larges.

Des procédures judiciaires

Pour l’heure, le Conseil d’État, saisi en référé par un collectif de familles — Intox’Alim — a donné raison à l’État, estimant que sa politique n’avait pas porté atteinte à la vie et la santé des bébés.

Mais d’autres fronts judiciaires sont ouverts, avec de multiples plaintes par des associations et ONG, ainsi que les enquêtes ouvertes par le parquet dans les décès de nourrissons.

À ce volet judiciaire, s’ajoute désormais la mission flash. Ses deux copilotes vont mener des auditions, intégralement à huis clos. C’est « le principe » pour ce type de travail, où seul le rapport final est « public », rappelle une collaboratrice de la députée Mathilde Hignet.

Les auditions commencent ce mardi par les associations et des représentants des familles. Suivront mercredi les représentants de l’État — directions générales de la santé (DGS) et de l’alimentation (DGAL) ainsi que l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) chargée de mener les analyses.

Jeudi, ce sera au tour de plusieurs agences de l’Union européenne. Le tour des industriels, parmi lesquels seul Nestlé a pour l’heure communiqué publiquement une liste exhaustive des produits concernés, viendra le mardi 31 avec, déjà confirmés, Nestlé, Danone, Lactalis et Vitagermine.

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