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Une réglementation européenne met sous pression la filière des plantes séchées

Une plante située à proximité d’un séneçon peut être contaminée par les alcaloïdes pyrrolizidiniques que cette adventice produit et qui migrent par le biais de ses racines.

Le seuil réglementaire européen fixé pour les alcaloïdes pyrrolizidiniques, des toxines produites par le séneçon, dans les plantes séchées est jugé disproportionné par le Syndicat national des plantes aromatiques, médicinales et industrielles (SNPAMI). Il craint un recul des productions françaises et une hausse des importations.

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C’est un sujet qui a redonné de la vitalité à un syndicat en dormance. Le Syndicat national des plantes aromatiques, médicinales et industrielles (SNPAMI), membre de la FNSEA, souhaite activement faire évoluer la réglementation européenne sur les alcaloïdes pyrrolizidiniques (AP) dans les plantes séchées et compléments alimentaires. Patrice Ferrant, président du syndicat, juge en effet celle-ci « inapplicable », notamment pour les plantes à infusion. Il dénonce une « aberration de norme européenne ».

Toxine produite par le séneçon

Les alcaloïdes pyrrolizidiniques sont des toxines produites par certaines plantes, et en particulier le séneçon. Si cette adventice, difficile à maîtriser, est consommée par les bovins ou les équins malgré son amertume, elle peut causer des intoxications. Les éleveurs sont appelés à la vigilance.

Le séneçon peut aussi contaminer les herbes séchées : la présence de 10 plants d’adventices de 10 cm de hauteur par hectare suffit à entraîner un dépassement du seuil réglementaire européen, explique Patrice Ferrant. Il est fixé à 400 microgrammes d’alcaloïdes pyrrolizidiniques par kilogramme de matière sèche (µg/kg MS) depuis le 2 juillet 2022. Avec cette réglementation, « il faudrait consommer 1 500 litres de tisane par jour pour dépasser les seuils toxicologiques », chiffre Patrice Ferrant.

Des lots non commercialisables

Le SNPAMI a entamé plusieurs démarches auprès des institutions françaises et européennes pour faire augmenter, voire supprimer le seuil réglementaire ; sans résultat pour le moment, regrette-t-il. Il estime qu’actuellement, plus de 30 % de la production française (50 % chez certains producteurs) n’est pas commercialisable au sein de l’Union européenne : ils sont stockés ou vendus dans des pays tiers. « À 2 000 µg/kg MS, tous les lots seraient conformes », juge-t-il.

Si la réglementation n’évolue pas, le SNPAMI « constatera que la baisse des surfaces françaises de production de plantes aromatiques, médicinales persistera », déclare Patrice Ferrant. Il craint également une hausse des importations provenant de pays où la main-d’œuvre, nécessaire pour un désherbage méticuleux, est moins chère. La lutte contre le séneçon est d’autant plus difficile que « la seule molécule herbicide efficace, le linuron, a été retirée en 2016 », pointe Patrice Ferrant.

En dehors de l’Union européenne, il n’existe, à sa connaissance, aucun pays qui réglemente la présence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques dans les plantes séchées.

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