La bio sans labour, « c’est sportif, mais ça fonctionne »
Céréalier dans les Hautes-Pyrénées, Jean-Luc Bongiovanni a adopté les TCS puis l’agriculture biologique. Au prix d’un temps de travail augmenté et d’une implication technique accrue, mais avec des résultats notables.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
« C’est un beau bureau, non ? », s’exclame Jean-Luc Bongiovanni. De sa vallée de l’Adour avec vue sur les Pyrénées, le céréalier a osé tenter progressivement des pratiques inhabituelles dans ces terres de maïs conventionnel labourées. Pour lui, la première étape a été de passer aux techniques culturales simplifiées (TCS) pour améliorer la qualité du sol. D’où le choix, il y a vingt-six ans déjà, d’arrêter le labour. Non sans l’idée de passer au bio, à terme, si cela devenait possible. « Quand j’étais uniquement en TCS, je n’avais pas plus de problèmes d’adventices que mes collègues qui labouraient », assure-t-il. L’affaire s’est corsée en 2017 avec la conversion en bio.
Des outils précis et bien réglés
Jean-Luc ne travaille la terre — avec une dent Michel (décompacteur) —, « qu’à 6 ou 8 cm de profondeur. Là, je prépare le lit de semences et je désherbe. » Il réalise des faux-semis et détruit les levées avec la herse étrille ou la rotative. Pour le soja ou le maïs, il sème à 3 ou 4 cm de profondeur, dans des conditions chaudes et un sol humide, « donc bien préparé ». Quelle que soit l’espèce, « il est déterminant, pour qu’elle réussisse, que la culture soit en avance sur le stade des adventices », résume-t-il.
L’enjeu est de passer des outils suffisamment bien réglés pour qu’ils détruisent les herbes non souhaitées sans faire souffrir la culture, plus développée. Par exemple, lorsque son tournesol a une hauteur de 4 cm environ, il réalise un passage de herse étrille « très lentement, en adaptant la pression ». Et prévoit environ 10 % de pertes de culture, d’où une augmentation équivalente de la densité de semis.
L’avance du stade de la culture sur celui des adventices nécessite une levée homogène, prévient-il. La difficulté se présente lors des printemps très pluvieux : « On peut réaliser moins de passages d’outils et, surtout, les plantes ne meurent pas s’il pleut à nouveau derrière notre passage. » En cas de gros échec, le Haut- Pyrénéen n’exclut pas de labourer de nouveau, ce qui lui est arrivé une fois.
Sa gestion fine des adventices passe aussi par l’embauche de salariés pour arracher le datura et, plus largement, par l’arrachage de toute plante exogène qu’il repère. La précision et le réglage des outils, notamment la bineuse, guidée par caméra, et la herse étrille, dont il peut régler la pression depuis la cabine de son tracteur, sont également centraux.
Les couverts, une culture à soigner
La rotation a aussi changé, pour donner plus de place au soja, plus rémunérateur en bio. Les couverts ont été intégrés dès 2003. « Avant maïs et tournesol, j’implante de la féverole, pour l’azote. Et avant soja, j’opte pour le blé, le triticale, l’avoine, le seigle… L’objectif est d’avoir un sol couvert, structuré, avec de la vie, et de ne pas le lessiver. » Il a doublé au fil des ans leur densité de semis pour assurer leur réussite. Quant à l'engrais, il utilise les excréments de ses canards et poulets, et du fumier de bovins acheté à des voisins.
Bilan : « Le temps de travail augmente, jusqu’à neuf heures au maximum de plus par hectare. Mais le paiement des cultures est globalement bon. » Il a fallu investir dans du matériel de désherbage : « L’amortissement, 9 000 euros par an, correspond à ce que j’ai économisé en désherbant. » Et l’agriculteur de voir de nombreux points forts : augmentation de la biodiversité, de la matière organique dans le sol, chute de l’érosion, économie d’eau, « baisse de la vulnérabilité par rapport au prix des matières premières ». Et « il y a moins de variations de rendements, sans qu’on atteigne des records ». En moyenne, il sort 33 q/ha de soja, 65 q/ha de maïs (pour lequel il compte essayer de semer plus tôt), 21 q/ha de tournesol, 28 q/ha de blé-féverole… « J’espère avoir une exploitation plus résiliente », conclut-il.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :