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Opter pour l’agriculture régénératrice

En implantant le colza avec des cultures compagnes (fenugrec, trèfle violet et lotier), Thierry Voirin a pu réduire les apports d’azote au printemps de 200 u/ha à 130 u/ha.

Thierry Voirin, exploitant à Bricon (Haute-Marne), a changé radicalement de système de gestion des cultures, jusque-là très conventionnel, pour basculer vers l’agriculture régénératrice.

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« Les parcelles historiquement les plus performantes, notamment en blé, voyaient leurs rendements décliner pour rejoindre ceux des parcelles habituellement moyennes, raconte Thierry Voirin, agriculteur à Bricon (Haute-Marne). Je ne voyais plus de vers de terre.

Les sols étaient carencés en oligo-éléments et absorbaient très mal les excès d’eau. Je voulais également réduire mes charges de mécanisation. » En 2019, l’exploitant arrête alors le travail du sol sur toute la surface pour passer au semis direct en investissant avec son frère dans un semoir neuf (150 000 €).

Il vend ses anciens outils de travail du sol. « L’agriculture régénératrice étant longue à porter ses fruits, il faut changer radicalement toutes ses habitudes si on veut voir quelque chose rapidement. »

Maîtriser les couverts

Il veut ensuite optimiser les couverts avec l’objectif d’avoir toujours des racines vivantes dans le sol, sauf entre la récolte de l’orge d’hiver et le semis de colza. « Je considère les couverts comme une culture à part entière et comme un investissement, avec l’objectif d’atteindre une autonomie en fertilisation. » Il réalise lui-même des mélanges adaptés (voir l'encadré).

Au bout de trois ans, Thierry Voirin parvient à maîtriser leur implantation. « Les pailles sont d’abord éparpillées avec une herse à paille pour faciliter leur décomposition. Ensuite, je sème profondément (5 à 7 cm) dans les 24 heures suivant la récolte pour profiter de l’humidité résiduelle du sol. »

Un rouleau hacheur

Pour détruire le couvert, il opte alors pour un rouleau hacheur (acheté 25 000 €) pour obtenir des brins de 15 à 20 cm qui ne libèrent pas trop vite l’azote, contrairement au broyeur testé au départ. Accompagné techniquement par Soufflet Agriculture, Thierry Voirin suit également un programme de formation (AgroCursus proposé par Icosystème via le négoce) depuis 2021.

« C’est indispensable. Nous sommes une quinzaine d’agriculteurs clients de Soufflet et nous échangeons fréquemment entre nous. »

L’objectif de Thierry Voirin est d’avoir toujours des racines vivantes dans le sol, quelle que soit la période de l’année, sauf entre la récolte de l'orge d'hiver et le semis de colza. (©  Chantal Urvoy)

Parmi les difficultés rencontrées, l’implantation des couverts est peut-être la plus importante. « Actuellement, c’est plutôt la gestion des chardons, dont la prolifération est observée partout (y compris en conventionnel), car elle entrave la mise en place de couverts permanents. »

Rongeurs et limaces

Thierry Voirin a dû également gérer des rongeurs en 2021 et 2022 et des limaces en 2024, favorisés par les couverts. « Alors que le Ratron n’était pas efficace, l’installation de perchoirs de façon stratégique dans les champs a permis de réguler naturellement les rongeurs en attirant les rapaces. »

Autre particularité liée à l’absence de labour : un apport d’azote (10 à 18 u/ha) est nécessaire dans la ligne de semis pour favoriser la minéralisation des pailles en surface et assurer le démarrage de la culture.

Des rendements encourageants

« J’observe à nouveau différentes espèces de vers de terre. Les analyses microbiologiques réalisées en 2023 montrent la présence de champignons et de bactéries. » Les apports d’azote ont été significativement réduits, notamment en colza (de 200 à 130 u/ha au printemps) grâce à l’intégration de plantes compagnes légumineuses. « Mais ce gain ne s’observe pas dès la première année. Il faut être un peu patient. »

Après une baisse les premières années, les rendements se sont stabilisés. La moyenne quinquennale de 2020 à 2025 est encore légèrement inférieure à celle de 2015 à 2020 : 70 q/ha de blé (contre 72 q/ha), 69 q/ha en orge d’hiver (contre 71 q/ha), 50 q/ha en orge de printemps (contre 61 q/ha). Le colza fait mieux avec 32 q/ha (contre 31 q/ha).

Mais les rendements de 2025 sont encourageants (76 q/ha en blé, 77 q/ha en orge d'hiver, 36 q/ha en colza) et ceux de 2024, particulièrement humide, étaient corrects (70 q/ha en blé) contrairement à ceux, catastrophiques, des années très humides de 2001 et 2016.

Une qualité de récolte plus régulière

« Aujourd’hui, je ne vois plus de blés jaunis dans mes champs en raison de l’asphyxie des sols par l’eau. Depuis trois ans, la qualité de la récolte est également plus régulière, avec un PS supérieur à 76, alors qu’avant, je n’arrivais pas à le maîtriser. »

Les charges de mécanisation sont au même niveau qu’avant 2019 en raison de l’inflation, mais en baisse en euros constants. « En revanche, grâce à l’arrêt du travail du sol, je suis passé de 44 000 l de GNR en 2019 à 26 000 l en 2024.

C’est un gain économique important et très bon pour la décarbonation de l’exploitation ! » L’exploitation est d’ailleurs engagée dans des filières à bas carbone, avec un complément de prix à la clé.

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