Une flambée de 30 % en dix ans
Avec l’envolée des cours des matières premières induite par la pandémie de Covid et les conflits géopolitiques, le prix des matériels a atteint des niveaux inédits, au point de dégrader fortement la trésorerie des agriculteurs.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
Il est loin le temps où, bon an mal an, le prix du matériel agricole augmentait de 1 à 2 % chaque 1er janvier. Entre 2020 et 2025, la hausse atteint en moyenne 30 % selon les matériels. La pire année a été 2022, lorsque la flambée, combinée à un très grand retard dans les livraisons, imposait aux concessionnaires d’adapter le prix du devis lors de la remise de la machine.
Des prix toujours en hausse
Selon Axema, le syndicat des constructeurs, la hausse s’est calmée en 2024 : le prix de vente à la production (prix de vente nets aux concessionnaires) n’a augmenté que de 1,3 %. « Pour les deux années à venir, nous anticipons une poursuite de la tendance actuelle avec une hausse très modérée des prix à la production comme à l’achat, notamment en raison de l’accalmie du prix des matières premières », estime David Targy, directeur des affaires économiques d’Axema.
Il n’empêche que le mal est fait. Selon l’Insee, qui établit chaque mois l’Ipampa (indice des prix d’achat des moyens de production agricole), le prix moyen du matériel agricole a augmenté de 31,1 % entre janvier 2015 et décembre 2025. Cette hausse était légèrement inférieure à 10 % entre 2010 et 2015, une période pourtant marquée par des augmentations de prix jugées anormalement élevées en raison de la mise en place de nombreuses normes antipollution.
Une augmentation spectaculaire des matières premières
Pour Axema, la première raison de la flambée post-2020 est à chercher du côté des matières premières. David Targy pointe la succession des crises avec le Covid en 2020, puis la guerre en Ukraine et la politique du zéro Covid en Chine, qui ont créé un choc. Les prix de l’acier et de l’Inox, composants principaux des matériels, ont bondi de façon spectaculaire à la fin de 2021, puis à nouveau en 2022, explique l’économiste.
En quelques semaines, le prix de l’acier est passé de 900 €/t à 1 800 €/t en avril 2022. Au cours de la même période, l’Inox passait de 2 415 €/t à 3 750 €/t. Les prix sont montés en flèche au moment où la demande pour les matériels agricoles était la plus forte. Parallèlement, le prix de l’énergie et en particulier du gaz a explosé, tout comme celui du fret. Ce dernier a notamment pénalisé l’approvisionnement en composants électroniques, créant une pénurie et une forte concurrence, propice à faire augmenter les prix.
Axema estime que les matières premières représentent 40 % du prix d’une machine, et l’énergie autour de 10 %. Les engins comprenant la plus grande part d’acier, comme les remorques, ont été les plus concernés par la hausse avec une envolée de 44 % en dix ans. Depuis, les cours mondiaux des matières premières ont retrouvé un niveau à peu près normal, mais le prix des matériels n’a pas suivi la même tendance. Sans surprise puisqu’ils n’ont jamais baissé dans l’histoire du machinisme. Selon Axema, les charges salariales ont fortement augmenté dans l’industrie et elles représentent entre 15 et 20 % du coût de revient d’un matériel. Les constructeurs rappellent en outre qu’ils n’ont pas répercuté entièrement l’impact de l’ensemble des augmentations et que certaines entreprises ne s’en sont pas relevées.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :