La guerre au Moyen-Orient agite les marchés des céréales et du colza
Dans un contexte de conflit au Moyen‑Orient, la géopolitique a pris le dessus sur l’évolution des cours. L’explosion des prix du gaz et du pétrole fait s’envoler celui des matières premières agricoles.
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Si le Moyen-Orient n’est pas un acteur agricole majeur, il demeure tout de même un importateur important de denrées et surtout un exportateur clé de produits énergétiques. La volatilité des prix du gaz et du pétrole se répercute ainsi sur les matières premières agricoles. Les prix de ces dernières évoluent par effet de contagion et traversent des phases de turbulence plus marquées qu’à l’accoutumée.
Le blé aux portes des 210 €/t
Entre la clôture du 27 février 2026 à 200 €/t et la mi‑mars, les prix du blé ont gagné près de 10 €/t sur Euronext. Ce retour vers 210 €/t permet de prendre un peu de recul face aux 187 €/t observés à la fin de janvier, alors même que les fondamentaux ont peu évolué. Ce mouvement haussier s’explique en grande partie par l’euphorie et l’incertitude régnant sur les marchés de l’énergie. Ces derniers entraînent dans leur sillage les matières premières agricoles.
Reléguées à l’arrière‑plan, les dernières publications de FranceAgriMer et de l’USDA (ministère américain de l’Agriculture) rappellent pourtant la lourdeur persistante des bilans. L’office français rehausse la collecte de près de 200 000 tonnes, à 30,40 millions de tonnes, un niveau plus en ligne avec les estimations des opérateurs. En parallèle, les exportations vers les pays tiers sont abaissées de 100 000 tonnes, à 7,1 millions de tonnes. De fait, les stocks français augmentent de 300 000 tonnes et atteignent 3,39 millions de tonnes, leur plus haut niveau depuis 2015.
De son côté, l’USDA maintient inchangé le bilan américain. Malgré un bon rythme d’exportations depuis le début de la campagne, les ventes de blé restent fixées à 24,5 millions de tonnes. Les stocks sont reconduits à 25,34 millions de tonnes, leur niveau le plus élevé depuis 2019‑2020.
À l’international, la production australienne est révisée en baisse de 1 million de tonnes, à 36 millions de tonnes, en ligne avec les dernières estimations du bureau australien d’économie et de sciences agricoles et des ressources (Abares). En revanche, les récoltes argentine et canadienne sont confirmées à des niveaux records, respectivement 27,8 millions de tonnes et 40 millions de tonnes. Au total, la production mondiale continue de progresser et dépasse une nouvelle fois 842 millions de tonnes, bien au‑dessus de la moyenne quinquennale de 787 millions de tonnes.
Concernant la récolte de 2026, les conditions de culture restent stables en France, avec 84 % des surfaces notées bonnes à excellentes. Les opérateurs surveillent désormais l’évolution de la météo au cours des prochaines semaines, mais à ce stade, la situation demeure globalement favorable chez les principaux exportateurs de l’hémisphère Nord.
Orge : la prime s’ajuste
Longtemps considérée comme la céréale phare de la campagne, l’orge voit désormais sa prime physique s’ajuster à la baisse, notamment pour compenser la récente progression du blé sur Euronext. Après une bonne dynamique à l’exportation depuis juillet, le rythme devrait ralentir sous l’effet de la concurrence croissante en provenance de l’hémisphère Sud. Ainsi, la prime à Rouen bascule de +10 €/t à –2 €/t pour la campagne de 2025-2026. Dans son dernier rapport, FranceAgriMer maintient son objectif d’exportations vers les pays tiers à 3,7 millions de tonnes, un niveau nettement supérieur aux 2,3 millions de tonnes de l’année passée.
Les regards se tournent désormais vers la prochaine campagne, alors que plusieurs flux commerciaux ont déjà été signalés vers la Chine. Les perturbations géopolitiques mondiales seront particulièrement à surveiller, d’autant plus que l’Arabie Saoudite reste l’un des premiers importateurs d’orge. Pour 2025-2026, l’objectif de 4,3 millions de tonnes est quasiment atteint, mais les incertitudes demeurent pour la campagne suivante au vu de l’instabilité régionale.
Sur le plan de la compétitivité, les tensions internationales renforcent le dollar index, entraînant une dépréciation de l’euro. La parité euro/dollar, qui flirtait avec 1,18 au début de l’année, se rapproche désormais de 1,15. Sur le terrain, les conditions de culture restent satisfaisantes, avec 81 % des surfaces notées de bon à excellent, selon Céréobs. Les semis d’orge de printemps progressent également rapidement grâce au retour d’un temps plus sec : passés de 32 % au début de mars à 84 %, ils se situent dans la lignée des niveaux observés l’an dernier.
Colza : la volatilité est au rendez-vous
La volatilité des cours du colza reste particulièrement marquée. Les fortes amplitudes de variation s’expliquent principalement par l’incertitude entourant le marché pétrolier. « L’or noir » traverse une zone de turbulences et, malgré le relâchement de 400 millions de barils par l’Agence internationale de l’énergie pour tenter d’enrayer la hausse, les cours du West Texas Intermediate (WTI) se rapprochent de nouveau des 100 $ le baril.
Longtemps cantonné entre 480 et 490 €/t, le colza Euronext (échéance de mai) s’échange désormais autour de 515 €/t. Au-delà du soutien venu des énergies, les prix profitent d’un complexe oléagineux toujours porteur, en particulier aux États-Unis. L’huile de soja poursuit sa progression sous l’effet d’une demande soutenue. Parallèlement, plusieurs documents évoquant de possibles ajustements réglementaires proposés par l’Agence américaine de l’énergie ont circulé sur le marché. Bien que ces informations restent à confirmer, elles ont contribué à amplifier la hausse des huiles.
Relégués au second plan, les fondamentaux du colza montrent pourtant une accélération des importations européennes en provenance du Canada et de l’Australie, comme souvent à cette période de l’année, afin de répondre aux besoins de l’industrie européenne. À plus long terme, l’évolution du ratio colza/blé, qui se situe à des niveaux élevés par rapport à l’historique, mérite une attention particulière. Si cette tendance se poursuit, les oléagineux pourraient gagner des surfaces lors des prochaines campagnes, ce qui modifierait sensiblement l’équilibre des productions.
Les 400 €/t d’actualité sur les tourteaux de soja à Montoir
Les capacités de trituration américaines tournent à plein régime pour répondre à une demande exceptionnellement forte en huile. Coproduit malgré lui, le tourteau américain ne bénéficie pas de la même attractivité, mais il parvient tout de même à suivre la hausse impulsée par l’ensemble du complexe oléagineux. Les éventuels changements concernant les mandats d’incorporation aux États-Unis pourraient, s’ils se concrétisaient, modifier encore un peu plus les équilibres en renforçant la dynamique de trituration.
Dans ce contexte, la graine de soja franchit légèrement la barre symbolique des 12 $ le boisseau. En milieu de semaine, l’USDA a publié son rapport de mars, sans intégrer les ajustements que le marché anticipait pour le bilan américain. Les exportations de soja pour 2025-2026 restent ainsi fixées à 42,86 millions de tonnes, en dépit des déclarations de Donald Trump au début de février évoquant de possibles ventes additionnelles de 8 millions de tonnes à la Chine, qui demeurent pour l’heure hypothétiques. À l’international, seule la production argentine est révisée en baisse de 0,5 million de tonnes. Au Brésil, la récolte de 2025 est confirmée à 180 millions de tonnes, un niveau situé dans le haut de la fourchette des attentes. Les stocks mondiaux évoluent peu, passant de 125,5 millions de tonnes à 125,3 millions de tonnes.
(1) Argus Media, société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.
(2) À suivre : Évolution de la situation militaire au Moyen-Orient et notamment la reprise ou non des flux maritimes dans le détroit d’Ormuz ; Fermeté du prix du pétrole et ses répercussions sur les autres produits (engrais, éthanol…) ; Évaluation de l’état des cultures d’hiver ; Évolution de la parité euro/dollar.
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