« Un Salon de l’agriculture sans animaux n’aurait pas de sens »
Fait inédit pour le Salon international de l’agriculture (Sia), en 2026, exceptionnellement, les bovins ne fouleront pas les allées du parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. C’est l’occasion de remonter dans le temps pour retracer l’importance des animaux dans l’histoire de l’évènement.
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En cette année 2026, les bovins seront absents du plus important salon de France, le Salon international de l’agriculture (Sia). Le contexte sanitaire lié à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a poussé les organisateurs de l’évènement à annuler la présence des bovins.
En plus de soixante ans d’existence, c’est « inédit ». Il s’agit de la première fois que ces animaux ne s’aligneront pas sur les rings du Concours général agricole (CGA).
L’enjeu de l’attractivité : Le bovin, l’animal « star » et moteur du visitorat
Dès les prémices du Sia, au milieu du 19e siècle, les animaux sont au centre du jeu. Après les concours d’animaux de boucherie viennent les concours d’animaux reproducteurs, et déjà les bovins ont une place à part. Ils deviennent rapidement le pilier central d’une foire internationale gigantesque, leur présence dictant la venue du grand public, en particulier des familles.
Si le Salon accueille d’autres animaux comme les ovins, porcins ou encore les équins, « dans toutes les enquêtes d’opinion que nous menons depuis plus de vingt ans, les visiteurs plébiscitent les bovins en premier. C’est pour cela qu’ils sont mis en avant », souligne Olivier Alleman, commissaire général du Concours général agricole (CGA).
Le Salon est une interface cruciale pour faire découvrir l’agriculture aux citadins et aux scolaires. Et pour Olivier Alleman, c’est la raison pour laquelle une normalisation d’un salon sans vaches « n’aurait pas de sens ». « Elles jouent un rôle pédagogique indispensable pour le public qui ne connaît pas le monde agricole. »
L’enjeu économique et génétique : De la viande à la haute technologie
Depuis ses débuts, le Salon a servi de « vitrine pour vendre l’excellence génétique des races française à l’international », relève Pierre Del Porto, membre de l’Académie d’agriculture. De riches acheteurs étrangers, venus de Russie ou même d’Argentine, s’arrachent le meilleur des limousines, charolaises et normandes dès la deuxième moitié du 19e siècle.
Voulu international à sa création officielle en 1964, l’évènement ne draine aujourd’hui presque plus aucune race étrangère, « parce que cela coûte trop cher en transport et en logistique, ce qui remet un peu en question l’essence même du salon, estime l’ancien collaborateur du Sia. La vente physique d’animaux recule au profit de l’achat sur catalogue. Les méthodes modernes de reproduction animale et la génomique ont pris le pas sur le reste. » Pour autant, Pierre Del Porto note toujours « cette émulation entre les éleveurs pour participer au concours ».
Les organisateurs ont décidé depuis quelques années de profiter du Salon pour jouer un rôle pédagogique dans les programmes de conservation des races les plus rares sur le territoire français. « L’idée est de remettre en lumière des races à petits effectifs pour relancer des filières locales », insiste l’agronome de formation.
L’enjeu sanitaire et logistique : Une prouesse sous haute surveillance
L’un des enjeux dont on ne parle que trop peu est bien le volet sanitaire et logistique, les deux aspects ayant bien changé au cours des années. « Jusqu’en 1975, les animaux débarquent depuis les campagnes dans des trains jusqu’à l’entrée de Paris », raconte Pierre Del Porto, puis les bétaillères ont pris le relais, transportant les bêtes directement des fermes au Salon.
L’acheminement des animaux nécessite un travail draconien pour les organisateurs. Ils doivent s’assurer que « toutes les bêtes en finale du CGA sont bien à jour de leurs vaccinations, et les protocoles sanitaires de toutes les maladies sont évidemment respectés », indique Olivier Alleman. Depuis cinq éditions, aucune volaille n’est par exemple représentée en raison des risques épidémiques liés à l’influenza aviaire.
La logistique complète comprenant le transport et le logement des bêtes et de leurs éleveurs coûte 4 millions d’euros par an au Ceneca (1). « Depuis un peu plus de vingt ans, nous donnons en effet l’opportunité aux éleveurs qui accompagnent leurs animaux de se faire à manger, se laver et dormir sur place, gratuitement, affirme Olivier Alleman. Chaque organisme de sélection de race dispose d’un nombre de couchages fixe en fonction de sa délégation. »
Si la présence d’animaux, et en particulier de bovins, est indissociable du Salon de l’agriculture, avec les épizooties qui se multiplient, les organisateurs du Sia commencent à se questionner sur à quoi pourraient ressembler des évènements comme le leur à l’avenir.
« Une maladie comme la DNC provoque beaucoup d’inquiétude et de peur au sujet de l’avenir », souligne Jérôme Despey, le président du Salon. Ainsi, à l’issue de l’édition de 2026, il s’engage à réunir autour d’une table les organisateurs d’autres salons agricoles tels que le Sommet de l’élevage ou le Space (salon international de l’élevage) afin de mieux anticiper les épizooties.
(1) Centre national des expositions et concours agricoles.
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