PCV2 et mycoplasme : pourquoi adapter la stratégie vaccinale dans le temps ?
Si la vaccination a permis de maîtriser les formes cliniques majeures du circovirus porcin de type 2 (PCV2) et de Mycoplasma hyopneumoniae, les deux maladies persistent. La prédominance actuelle du génotype PCV2d et l’évolution des connaissances sur la diversité des souches de mycoplasmes posent une question centrale : comment adapter les stratégies vaccinales pour rester en phase avec la réalité épidémiologique et préserver durablement les performances des élevages ?
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Le circovirus porcin de type 2 (PCV2) n’est plus celui des années 2000. Si la vaccination a profondément réduit l’expression clinique de la maladie, le virus, lui, continue d’évoluer. Aujourd’hui, c’est le PCV2d qui est le plus souvent, voire exclusivement, présent, en particulier chez les animaux cliniquement atteints.
Le PCV2 est un petit virus à ADN qui possède une capacité de mutation notable. Les pressions immunitaires, la densité d’élevage et la circulation virale contribuent à la sélection de variants. Et l’histoire du PCV2 est celle d’une évolution continue : 2a, 2b, 2d… Si, dans la plupart des pays, le 2d est devenu le génotype dominant, les autres sous-types n’ont pas disparu, mais ils sont désormais minoritaires.
Avec les changements de génotypes, les propriétés et le comportement du PCV2 ont également évolué (Wei et al. 2019, Ouyang et al., 2023). Le virus se fixe de manière plus efficace sur les cellules cibles chez le porc. Grâce à cette liaison plus efficace, le PCV2d parvient à infecter un plus grand nombre de cellules porcines que les précédents variants 2a et 2b, entrainant une multiplication virale plus intense et une charge virale plus élevée.
Pour l’éleveur, cette évolution est invisible. Jusqu’à un passé récent, il n’existait pas d’outil de diagnostic simple, permettant d’identifier la souche circulant dans son élevage. Les analyses de génotypage nécessitent des techniques de biologie moléculaire spécifiques qui ne sont qu’au début de leur démocratisation. En d’autres termes, l’éleveur sait que le PCV2 circule, mais il ne sait pas quel sous-type est impliqué.
Maintenir un niveau de protection optimal
Les vaccins ont été développés à partir des souches circulantes à l’époque de leur conception. Ils ont démontré leur efficacité et ont profondément amélioré le paysage sanitaire en élevage. Cependant, la prédominance actuelle du variant PCV2d souligne l’importance d’intégrer l’évolution épidémiologique dans le choix des protocoles de prévention. L'enjeu est de maintenir une protection optimale en tenant compte de la diversité des souches majoritairement rencontrées sur le terrain.
Cette approche ne remet pas en cause l’efficacité historique des solutions existantes, qui offrent un niveau de protection croisée significatif. Elle s’inscrit simplement dans une démarche d’adaptation continue des outils de prophylaxie face à la dynamique virale.
Mycoplasme : une pathologie ancienne, toujours surprenante
Si l’évolution des sous-types du PCV2 est largement documentée, Mycoplasma hyopneumoniae ne doit pas être considéré comme un agent figé. Décrit pour la première fois en 1965, il demeure un acteur central de la pathologie respiratoire porcine. On sait maintenant que l’on ne devrait pas parler du mycoplasme mais des souches de Mycoplasma hyopneumoniae. Plusieurs souches circulent en effet sur le terrain et peuvent être présentes au même moment dans un élevage. Mais, à la différence du PCV2, il n’y a aucun outil de diagnostic disponible en routine pour les distinguer.
Elles peuvent varier dans leur structure génétique, leur fonctionnement et leur capacité à provoquer des lésions. La sévérité des lésions pulmonaires dépend, entre autres facteurs, de la virulence des souches de M.hyo. Les contextes d’élevage (densité, systèmes de conduite, pression infectieuse globale) influencent aussi l’expression clinique et l’impact économique de la maladie.
Il a été démontré que plusieurs souches de mycoplasme peuvent être détectées dans un même élevage, voire sur un même animal. Ces co-infections peuvent provoquer des lésions pulmonaires plus sévères.
Le défi des vaccins combinés
Dans de nombreux élevages, la prévention du PCV2 est couplée à celle de Mycoplasma hyopneumoniae. Dans un contexte où le temps et la pénibilité du travail, le bien-être animal et l’efficacité des interventions sont des facteurs clés, la combinaison vaccinale constitue un atout.
L’enjeu est donc triple : simplifier les protocoles en élevage tout en maintenant un haut niveau de performance technique et en tenant compte des évolutions des maladies. Les travaux publiés par Palmai et al. (2025) ont heureusement montré qu’il était possible d’obtenir, grâce à la vaccination, une réponse immunitaire robuste, à la fois sur PCV2 et Mycoplasme.
Intégrer l’évolution des souches dans l’innovation vaccinale
L’innovation vaccinale ne consiste pas uniquement à ajouter une souche ou à simplifier un protocole. Elle repose aussi sur une veille épidémiologique constante et une capacité à intégrer l’évolution des souches dans le développement des vaccins pour adapter l’outil de prévention à la réalité du terrain. Il s’agit de préserver les performances technico-économiques des éleveurs porcins face à des infections souvent subcliniques, mais persistantes.
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