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PCV2 et Mycoplasme : des marges de progression persistent

PCV2 et Mycoplasma hyopneumoniae ne provoquent plus les crises spectaculaires d’hier. Pourtant, derrière des formes souvent subcliniques, ces agents continuent d’éroder les performances technico-économiques des élevages porcins. Une variation de quelques grammes de GMQ, d’un dixième de point d’indice ou des lésions pulmonaires même peu nombreuses dégradent la rentabilité. Dans un contexte de marges réduites, la vraie question n’est plus seulement sanitaire. Alors, combien coûtent ces infections aujourd’hui, et que rapporte leur prévention ?

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Au tournant des années 1990, l’arrivée du circovirus porcin de type 2, PCV2, a profondément marqué les éleveurs européens. Responsable de la maladie d’amaigrissement du porcelet (MAP), les porcs pouvaient perdre jusqu’à 400 g par jour ! Trente ans plus tard, la vaccination massive a relégué ces dégâts au rang de mauvais souvenirs. Mais le virus, lui, n’a pas disparu. Il continue même d’évoluer. C’est le sous-type 2d qui prédomine actuellement en Europe.

De son côté, Mycoplasma hyopneumoniae agit sournoisement, tel un mineur de fond. Identifié il y a 60 ans, le Mycoplasme reste présent dans la plupart des élevages et joue un rôle central dans la pathologie respiratoire.

PCV2 : un virus ancien qui continue de s’adapter

Le PCV2 est désormais considéré comme endémique dans le monde entier. Présent dans la quasi-totalité des bassins de production, il circule souvent sans provoquer les formes cliniques sévères observées au début des années 2000, la vaccination ayant radicalement changé le paysage sanitaire.

Cependant, ce petit virus à ADN non enveloppé a démontré sa capacité d’adaptation. Il évolue régulièrement, se présentant sous différentes versions, un peu comme des « mises à jour ». Ces évolutions sont appelées des génotypes. A l’arrivée de la maladie en France, la version dominante était le PCV2a. Aujourd’hui, c’est le PCV2d qui domine en France et en Europe. Cette émergence et domination du génotype 2d rappellent que le PCV2 n’est pas figé. Au niveau de l’exploitation, la majeure partie des pertes économiques dues au PCV2 est maintenant attribuable aux infections subcliniques des porcs.

Les évolutions du PCV2 depuis sa découverte. 

Les principaux effets observés :

Sans oublier que le PCV2 garde un potentiel d’altération directe de la santé :

Résultat : une dégradation insidieuse du GMQ ou une hétérogénéité accrue, du fait d’une moindre valorisation alimentaire et d’une sensibilité plus marquée aux aléas sanitaires, ainsi qu’une augmentation de l’usage des médicaments du fait des conséquences sur la santé des animaux.

Mycoplasme : la pathologie respiratoire qui grignote la performance

Contrairement au virus grippal lui aussi responsable de troubles respiratoires, le mycoplasme n’est pas explosif. Il s’installe lentement et pour longtemps. Une fois transmis — les truies pouvant constituer une source de contamination — il colonise les voies respiratoires et se fixe sur les cellules ciliées des bronches. Le poumon devient moins efficace, plus vulnérable aux infections.

Le porc a une capacité respiratoire limitée : ses poumons sont proportionnellement plus petits que ceux d’autres espèces de même poids. Aussi, toute réduction de capacité pulmonaire altère l’oxygénation des tissus, avec pour conséquences :

Là encore, il ne s’agit pas forcément d’un effondrement, mais d’une érosion régulière des performances. À l’abattoir, l’impact est visible et mesurable avec des lésions pulmonaires plus ou moins marquées. Une méthodologie a d’ailleurs été mise au point pour évaluer l’ampleur de ces lésions pulmonaires.

La pathologie respiratoire impacte encore nos élevages

Faiblement atteints 47%
Moyennement atteints 36%
Sévèrement atteints 17%

Source : Ceva Lung Program 2021-23

Les lésions, observables à l’abattoir, peuvent être scorées pour quantifier l’importance de la maladie. Dans le cadre du Ceva Lung Program, un programme de surveillance mené à l’échelle mondiale, les contrôles, effectués en France, entre 2021 et 2023, ont révélé 17 % d’élevages fortement atteints.

Des effets visibles… parfois différés

Le mycoplasme mine insidieusement la capacité respiratoire des porcs lorsqu’il n’est pas contrôlé. Le PCV2, même discret, peut amplifier d’autres pathologies. L’impact n’est pas toujours spectaculaire, mais il est souvent mesurable.

Finalement, la vraie question n’est peut-être pas : “La maladie est-elle encore un problème ?” Mais plutôt : “Combien coûte la baisse de vigilance… et combien rapporte sa prévention ?”

Avec des couvertures vaccinales élevées — environ 95 % pour le mycoplasme et 80 % pour le PCV2 — certains élevages peuvent être tentés d’alléger leurs protocoles. À court terme, cela peut sembler fonctionner. Six mois “calmes”, sans flambée clinique, sans toux marquée, sans retards spectaculaires. D’où l’impression d’avoir “eu raison”.

L’expérience de terrain montre que les effets d’un arrêt de vaccination peuvent être différés jusqu’au moment où la pression devient trop forte ou bien qu’un facteur déclenchant (mélange d’animaux, stress thermique, co-infection) révèle la fragilité accumulée :

Le retour sur investissement : au-delà du coût du vaccin

Évaluer le retour sur investissement dans un élevage atteint par la forme subclinique de PCV2 est complexe, car il peut être invisible même pour un œil averti ! Il faut pouvoir mesurer toutes les performances des porcs. L’essai vaccinal réalisé à l’élevage de Romillé de l’IFIP constitue un exemple révélateur (Corrégé et al., 2015). Dans cette étude, le PCV2 a circulé sur les porcs entre 17 et 20 semaines de vie sans impact clinique. Le GMQ engraissement des deux groupes non vaccinés et vaccinés a même été excellent : 916 et 918 g ! Pourtant, les porcs vaccinés ont eu une amélioration de 0,1 point d’indice engraissement, soit un gain économique de 1,70 € par porc !

S’agissant du mycoplasme, une étude Anses Ifip (Aubry et al., 2010) a montré que les élevages faiblement atteints par la pathologie respiratoire avaient une marge supérieure de 2,89 € / 100 kg de porc produit comparé aux élevages fortement atteints (pour un coût d’aliment sevrage-vente de 253 € par tonne alors que nous sommes à plus de 300 maintenant). Conséquence liée à une baisse de croissance mais surtout à une dégradation de l’indice.

La vaccination représente un coût direct. Mais son évaluation doit se faire en regard des bénéfices mesurables en matière de prévention des infections au PCV2 et mycoplasme :

Quelques grammes de GMQ gagnés ou préservés, quelques jours d’engraissement évités, une amélioration de l’indice, une baisse des saisies partielles : ces éléments constituent le véritable calcul du retour sur investissement (ROI). Dans un contexte de marges réduites, l’enjeu est stratégique : sécuriser le potentiel génétique et alimentaire de l’atelier.

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