Les semis de printemps vont prendre du retard
En raison des cumuls de pluies qui ont saturé en eau les sols, les conditions d’implantation des cultures de printemps ne sont pour le moment pas favorables.
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Alors que les cultures d’hiver sont encore engorgées, voire noyées dans l’eau, les agriculteurs sont dans l’expectative d’un retour climato-favorable pour intervenir dans leurs parcelles, notamment pour désherber et fertiliser. Mais les inquiétudes se font aussi ressentir pour les implantations de printemps. En Charentes, un opérateur estimait en début de semaine que les semis de pois et d’orges ne pourront plus se faire, « à moins qu’on puisse vite rentrer dans les champs ». Même son de cloche en Vendée où « le peu qu’on fait n’a certainement pas été semé », estimait un opérateur de ce secteur. Selon lui, les agriculteurs de la région basculeront certainement sur du tournesol.
Dans le Lot-et-Garonne aussi, les rares orges de printemps risquent de passer à la trappe : « chez nous, il n’y a pas un gros potentiel sur cette culture, donc semée tardivement, elle n’a plus d’intérêt », juge un technicien. Dans le Sud-Est, il risque d’y avoir aussi « de la casse » en pois chiche, compte tenu des surfaces non semées et de celles qui n’ont pas pu être encore désherbées.
Pas catastrophique pour l’orge
En orge de printemps, « on est parti pour être sur un scénario de semis plutôt tardif », confirme Jean-Charles Deswarte d’Arvalis. Mais selon lui, semer début mars au lieu de mi-février n’est pas en soi une « catastrophe ». « Le plus important est qu’au moment où les agriculteurs interviennent, les conditions climatiques permettent de faire une bonne préparation et qu’il n’y ait pas de dégradation de la structure du sol », estime-t-il.
Ce qui l’amène aussi à ne pas être alarmiste à ce stade, c’est qu’à l’échelle nationale, les plus gros bassins de production d’orges de printemps ne sont pas ceux qui ont été les plus touchés par les excès d’eau. « Quand vous êtes en Champagne ou en Picardie, les sols, en général, ressuient relativement vite, expose l’ingénieur. Il y aura certainement du retard mais aujourd’hui cela ne me paraît pas être particulièrement problématique. Pour le Centre Ouest par contre, il faudra y regarder de plus près, car ce sont des secteurs exposés aux stress hydriques et thermiques de début d’été. Pour les parcelles les plus humides, qui sont souvent les fonds de vallée actuellement inondés et qui risquent de mettre longtemps à s’assainir, les cultures d’été comme le maïs et le sorgho semblent beaucoup plus pertinentes ».
Enfin, le scénario climatique du mois de mars sera à surveiller : « s’il continue de pleuvoir avec des implantations contrariées et des semis qui finissent par ne se faire qu’à la mi-mars, cela peut devenir problématique selon les contextes ».
En pois, des risques pour les secteurs précoces
En pois de printemps, pour la plupart des bassins de production de la moitié nord de la France, « on a encore un peu de marge car on peut étaler les semis jusqu’à mi-mars », indique de son côté Bastien Remurier, référent protéagineux chez Terres Inovia. De plus, si l’eau empêche pour le moment les semoirs de rentrer dans les parcelles, elle a au moins l’avantage de démarrer la campagne avec des réserves pleines : « l’accès à l’eau en début de cycle est essentiel à la symbiose entre la culture et les bactéries du sol pour former les nodosités », explique le spécialiste. Toutefois, la vigilance reste de mise, cela pour les mêmes raisons que l’orge : des temps de ressuyage potentiellement longs auxquels s’ajoute l’inconnue de la météo du mois de mars.
Les secteurs les plus précoces, comme le Poitou-Charentes, inquiètent davantage. En effet, les créneaux habituels de semis s’étalent de fin janvier à fin février. « Dans ces secteurs, si on sème plus tard, on risque de s’exposer aux stress climatiques de fin de cycle (hydriques et thermiques), explique Bastien Remurier. La question est donc : quel potentiel risque-t-on de perdre au fur et à mesure qu’on attend de semer ? ».
Le choix du pois ou celui d’un basculement vers une culture d’été dépendra donc du potentiel de la parcelle, dont sa réserve hydrique, mais aussi de l’accès à l’irrigation, qui peut atténuer partiellement le risque climatique. « Les agriculteurs ont encore un peu de marge de décision, sachant que s’il est décidé de basculer, la semence de pois se conserve bien, estime Bastien Remurier. L’investissement semence peut être réutilisé l’année suivante ».
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