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Des vaches dehors, des paysans heureux

« Nous sommes sur un système herbager et bocager qui permet aux animaux de s’abriter grâce aux talus et aux arbres, en toute saison », expliquent Marie-Anne Prima et Félice Branger, installés à Rostrenen dans les Côtes-d’Armor.

Marie-Anne Prima et Félice Branger ont construit un système simple et efficace en Bretagne, centré sur le pâturage et pensé pour alléger le travail.

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À Rostrenen, au Gaec de Kercorentin, dans les Côtes-d’Armor, les vaches pâturent toute l’année, même en hiver. Avec une pluviométrie de 1 100 mm par an, les conditions sont favorables à la pousse de l’herbe. L’exploitation, déjà tournée vers l’herbe avant l’arrivée de Félice Branger et de Marie-Anne Prima, a encore renforcé cette orientation, dans la lignée des principes du Cedapa (Centre d’études pour un développement agricole plus autonome).

Monotraite toute l’année

Non issu du milieu agricole, Félice s’est installé en janvier 2022 après un contrat de parrainage. À l’époque, la ferme bio comptait 40 vaches laitières pour une production de 240 000 litres et un couple (2 UTH). « La première décision a été de passer en monotraite toute l’année », explique Félice.

La salle de traite est un monoquai équipé 1x7 avec décrochage automatique. (©  Isabelle Lejas)

Ce choix a permis d’alléger la charge de travail et d’augmenter la surface de pâturage de 15 à 29 ha. Les vaches parcourent jusqu’à 2,4 km pour accéder aux parcelles. L’an passé, elles ont passé plus de 340 jours dehors. Mais avec une pluviométrie exceptionnelle de 350 mm au mois de janvier 2026, elles sont restées à l’étable vingt jours.

La part de pâturage a progressivement augmenté dans la ration. Désormais, celle-ci est constituée principalement par le pâturage (73 %), complétée par de l’enrubannage en hiver et de l’herbe récoltée à l’automne. L’objectif est de produire du lait avec de l’herbe.

Felice a donc commencé à grouper les vêlages en deux périodes, au printemps et à l’automne. « Cette organisation limite le nombre de vaches en production durant les périodes plus délicates, l’été, quand l’herbe peut manquer, comme en 2022, et l’hiver, quand il faut puiser dans les stocks. »

La gestion du troupeau est facilitée : « Je raisonne par lot et non plus par animal, ce qui change tout. Avec un parcellaire morcelé, cela évite de nombreux allers-retours avec la bétaillère », souligne l’éleveur. L’hiver, la moitié des vaches sont en production et donc en bâtiment, ce qui limite le curage de la stabulation sur aire paillée. Le système de vaches nourrices, instauré pour l’élevage des veaux, s’inscrit dans la même logique.

Le Gaec dispose d’une stabulation avec aire paillée. (©  Isabelle Lejas)

Pour mener à bien tous ces projets, Félice a embauché en 2023 une salariée, Marie-Anne Prima, pour l’aider un jour par semaine dans le cadre d’un groupement d’employeurs avec deux autres exploitations, via la Cuma. Ensemble, ils ont mené d’importants travaux : pose de clôtures, installation de bacs à eau et de pompe, soit près de 60 ha aménagés.

« À deux, c’est plus simple et moins fatigant », confirme Marie-­Anne. Plutôt que d’investir dans un bâtiment, le Gaec a mis « 15 000 euros dans les champs » complétés par l’achat d’un quad et d’un parc mobile. Les chemins d’accès aux parcelles restent le gros chantier de 2026.

Contrat de parrainage

Sur la même longueur d’onde, Félice a proposé à Marie-Anne de s’associer sur l’exploitation. Elle s’est installée en mai 2025 après un an en contrat de parrainage. Objectif commun : préserver l’équilibre de vie et le confort de travail de chacun, sans bouleverser l’organisation. Rien n’a bougé, seules cinq vaches sont venues agrandir le troupeau.

« Il y avait du travail pour deux, du revenu pour deux, une vie sociale et familiale pour chacun », indiquent les deux exploitants. L’arrivée d’une associée a permis aussi au Gaec de rester au régime fiscal du micro-BA (bénéfice agricole, seuil de 120 000 euros de chiffre d’affaires par associé).

« Le passage au réel n’est pas du tout adapté à notre système sans charges. » Le Gaec produit désormais moins de lait (145 000 l) mais à de meilleurs taux, plus rémunérateurs. Les changements opérés ont permis de réduire encore les charges. Résultat : un revenu stable et une qualité de vie préservée. « Nous vivons bien avec 2 100 euros par mois chacun pour 25 heures de travail par semaine », concluent les éleveurs satisfaits.

(1) Centre d’études pour un développement agricole plus autonome. 

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