« Les marchés mondiaux sont dominés par de nombreuses incertitudes », a indiqué Marc Zribi, chef de l’unité des grains et du sucre de FranceAgriMer à l’occasion d’une conférence de presse le 14 septembre 2022. Ces marchés sont notamment influencés par la guerre en Ukraine, la gestion de la crise sanitaire en Chine, les prix de l’énergie ainsi que l’offre et la demande mondiale.

Des importations qui coûtent cher

L’appréciation forte du dollar sur les autres monnaies joue également. C’est en particulier le cas de l’euro, qui s’est déprécié de 14% sur un an, pour arriver aujourd’hui à une parité quasi parfaite. « Cela a pour conséquence de rendre les exportations européennes plus compétitives mais le revers de la médaille est un renchérissement des importations, notamment sur les engrais », précise le spécialiste. « Sujet crucial » pour le secteur agricole, les prix des engrais azotés ont effectivement été multipliés par 3, voire 4 en deux ans, notamment en raison de l'explosion du prix du gaz naturel, utilisé pour leur fabrication.

La Chine réduit ses importations

D’après les derniers chiffres du Conseil international des céréales (CIC), les récoltes de blé tendre pour la campagne de 2022-2023 se maintiennent à « des niveaux historiquement élevés », à 745,1 millions de tonnes, même s’ils sont un peu en recul par rapport à la campagne précédente (–5,3 millions de tonnes). En blé dur, c’est le grand retour du Canada, avec une production qui rebondit à 6,1 millions de tonnes (+130%). Les États-Unis devraient aussi voir une progression de la production, alors que celle du Maroc est estimée en baisse, à moins de 1 million de tonnes (–67%).

En maïs, la production mondiale pourrait chuter de 41 millions de tonnes par rapport à la campagne précédente, à 1 179 millions de tonnes. Pour l’orge, la production resterait stable, autour de 145 millions de tonnes. Des stocks de fin de campagne en baisse pourraient rendre la situation relativement tendue sur le marché mondial, selon Marc Zribi.

Concernant la Chine, les prévisions d’importation du CIC pour cette nouvelle campagne sont en baisse, du fait d’une bonne récolte locale de blé et de maïs :

  • 8,2 millions de tonnes en blé, contre 9,7 millions de tonnes la campagne précédente ;
  • 19 millions de tonnes en maïs, contre 22,5 millions de tonnes ;
  • 9,8 millions de tonnes en orge, contre 10,5 millions de tonnes.

 « Cela pourrait être aussi dû à un effet mécanique, après les gros achats effectués en 2020-2021 et 2021-2022 », précise Marc Zribi.

Une situation toujours fragile en mer Noire

En mer Noire, les chargements de céréales en juillet et août ont progressé, par le ferroviaire d’abord, puis complétés par la mise en place du corridor maritime. Au 12 septembre, 2,7 millions de tonnes de grains ont été exportés depuis les trois ports de la région d'Odessa. Pour la nouvelle campagne, les prévisions d’exportations de blé ukrainien sont de 14,2 millions de tonnes, et de 30 millions de tonnes pour le maïs.

« Mais tout cela est tributaire de l’évolution du conflit », estime Marc Zribi. En Russie, elles sont pour le moment de 41 millions de tonnes pour le blé « mais des incertitudes demeurent quant à la capacité logistique du pays, les réticences par rapport au risque assurantiel et la qualité. Ces chiffres seront à suivre de près », souligne le spécialiste.

« Malgré l'accord sur les corridors d’exportation, la situation demeure fragile, ajoute-t-il. Il sera à suivre dans le cadre des discussions qui devraient intervenir au sommet de l’organisation de coopération de Shanghai les 15 et 16 septembre prochains. L’ONU envisagerait également la possibilité d’étendre cet accord aux exportations d’engrais russe. »