« Un double couvert pour alimenter les sols et le méthaniseur »
Pour assurer l’approvisionnement de son unité de méthanisation sans pénaliser la fertilisation de son sol, Jean-Michel Diard implante depuis 2018 deux couverts successifs sur toutes ses intercultures longues. Le premier est ainsi restitué au sol, le second, ensilé, sert au cheptel ou au méthaniseur.
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Il y a une douzaine d’années, Jean- Michel Diard, chargé des productions végétales sur la ferme familiale qu’il gère avec son frère et sa sœur à Andard (Maine-et-Loire), entame une transition vers l’agriculture de conservation des sols (ACS). Mais, en 2019, la restitution au sol des couverts d’interculture est concurrencée par l’arrivée d’une unité de méthanisation. Un an plus tôt, Jean- Michel Diard s’est lancé dans l’implantation successive de deux couverts sur toutes les intercultures longues. Celles-ci précèdent exclusivement du maïs ensilage, seule culture de printemps de l’exploitation.
Sur les quelque 60 hectares de paille moissonnés l’été, 20 ha sont exportés pour le cheptel et les 40 ha restants sont broyés immédiatement après la récolte. « Dans la foulée, pour profiter de la fraîcheur du sol, un premier couvert d’été est semé avec un semoir à dents fines “maison”, explique Jean-Michel Diard. Avant sa construction, il y a trois ans, le semis était effectué avec un semoir à disques. »
2 à 3 tonnes de matière sèche par hectare en moyenne
Le couvert est constitué de tournesol (10 kg/ha), sorgho (5 kg/ha), radis fourrager (1 kg/ha) et parfois de sarrasin. « Au début il végète toujours un peu mais finit par lever à la première pluie. Tous les ans, j’arrive plus ou moins à un rendement correct, aux alentours de 2 ou 3 tMS/ha (tonne de matière sèche par hectare), avec une année jusqu’à 8 tMS/ha », reprend l’agriculteur.
Fin septembre, le couvert est restitué au sol, détruit par un déchaumage ou par un rouleau Faca placé à l’avant du tracteur pendant le semis du second couvert. Ce dernier, un méteil, est récolté juste avant le semis du maïs ensilage au strip-till. « Les 60 hectares de couverts sont ensilés. 30 hectares servent à l’alimentation du bétail et les 30 hectares restants à celle du méthaniseur », présente-t-il. Ce qui complète la ration de l’unité, aussi composée des déjections animales de l’exploitation.
« Il faut compter 60 à 70 €/ha pour ces doubles couverts. »
Ce couvert d’hiver est composé de seigle (60 kg/ha), de vesce (20 kg/ha) et, sur les 30 ha à destination du cheptel seulement, de trèfles incarnat et squarrosum en mélange (3 kg/ha). « Au total, ces deux couverts successifs nous coûtent environ 60 à 70 €/ha, chiffre Jean-Michel Diard. Nous produisons nous-même le seigle. Cette année, j’ai aussi réussi la vesce, et je récupère la semence de tournesol chez un voisin. Je n’achète donc que le radis, le trèfle et le sorgho, de la variété Piper. Ses petites semences permettent de densifier le couvert. »
Jean- Michel Diard et son frère ont fait évoluer leurs couverts jusqu’à trouver les associations qui leur conviennent le mieux. « Nous avons notamment laissé de côté la féverole, qui attrapait trop de maladies, illustre-t-il. Elle ne passait pas l’hiver alors que nous cherchons à semer le méteil tôt. »
0,7 point de matière organique supplémentaire
Le semis d’un couvert supplémentaire est chronophage, mais les exploitants ont gagné beaucoup de temps par ailleurs depuis leur passage en agriculture de conservation des sols. « C’est aussi grâce au semis direct que l’on peut se permettre de faire deux semis », souligne Jean-Michel Diard.
Sur l’exploitation, le taux de matière organique a progressé de 0,7 point entre 2019 et 2025, pour atteindre environ 3,2 %. Cette progression ne peut toutefois pas être attribuée au double couvert, du moins pas uniquement, mais plus largement à la transition en agriculture de conservation et à l’entrée en service du méthaniseur.
Depuis 2019, les épandages de digestat ont remplacé les épandages de fumier et de lisier, avec un passage fin août sur le couvert d’été, un en février sur le méteil, puis un dernier juste après le semis des maïs. « Ce digestat nous permet d’avoir un beau volume de couverts », estime-t-il. Sa totalité est ainsi valorisée sur l’exploitation. « Cela nous a aussi permis une économie d’un demi-camion d’azote par an, soit environ 12 à 15 tonnes », calcule Jean-Michel Diard.
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