Le prix des grains résiste aux risques météo et à la chute du dollar
Froid intense aux États-Unis, chute du dollar et abondance des récoltes se conjuguent pour neutraliser tout mouvement d’ampleur sur les marchés agricoles, où les prix du blé, du maïs et du soja évoluent peu ces derniers jours.
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« On fait un peu du sur place », résume Damien Vercambre, courtier chez Inter-Courtage, avec des éléments de soutien aux cours « comme la météo », mais aussi des « fondamentaux lourds », c’est-à-dire de grosses récoltes et d’importants stocks mondiaux qui empêchent toute envolée des prix.
Le dollar chute
Au premier rang des attentions des analystes figure la chute inhabituelle de la devise américaine, avec un recul de 2 % en une semaine : l’euro a dépassé le seuil de 1,20 dollar pour la première fois depuis 2021, ce qui en théorie devrait doper les exportations américaines.
C’est clairement « un handicap supplémentaire » pour le blé français, qui bataille pour « retrouver des débouchés à l’exportation », relève Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France. Et d’ajouter que cela « va conduire à une baisse des prix pour garder en compétitivité ».
Cette chute du billet vert offre au contraire un soutien aux cours agricoles à la Bourse de Chicago, où les prix des matières premières agricoles en légère hausse sur une semaine.
Des exportations américaines de maïs au sommet
« Nous sommes toujours trop chers pour le soja par rapport au Brésil, estime Rich Nelson, de la maison de courtage Allendale. Mais nous avons un avantage de prix minime pour le maïs. »
Les États-Unis se distinguent par des ventes records de grain jaune : 4 millions de tonnes destinées à l’exportation la semaine dernière.
« C’est exceptionnel : aujourd’hui, le cumul des ventes export de la campagne de 2025-2026 réalisées aux États-Unis en maïs, c’est 56 millions de tonnes, soit à peu près 20 millions de tonnes de plus que le dernier record pour cette période de la campagne », selon Sébastien Poncelet.
Concernant le blé, plusieurs concurrents restent moins chers que les États-Unis. Mais l’écart des prix entre les grains américains et les autres va « se réduire à mesure que le dollar va perdre de sa valeur », pour Dewey Strickler, d’Ag Watch Market Advisors.
L’avantage concurrentiel lié à la faiblesse du dollar pourrait toutefois se retourner contre les « farmers », qui dépendent des importations pour certains engrais, qui eux vont voir leurs prix encore augmenter, a ajouté l’analyste.
Une vague de froid polaire aux États-Unis
La vague de froid polaire qui frappe les États-Unis soutient également un peu les cours. La principale région de production du blé, le Kansas, est couverte de neige, ce qui protège les semis des températures extrêmes. En revanche, la neige manque par endroits au Colorado et au Nebraska, des zones plus périphériques pour la culture de cette céréale.
« Seule une petite surface serait finalement impactée » par le grand froid, relève Damien Vercambre. Il faudra attendre le printemps pour savoir si cela aura un impact sur les rendements, estime-t-il.
La météo s’en mêle aussi en Amérique du Sud
La météo pourrait aussi avoir un impact sur les productions latino-américaines : le manque d’eau associé à des températures élevées en Argentine commence à inquiéter pour les récoltes de maïs et de soja.
Au Brésil, c’est la pluie qui ralentit la récolte de soja. « C’est sans conséquence pour le moment, mais si cela dure, cela pourrait avoir des répercussions sur les semis de maïs de la safrinha », la seconde et plus importante récolte de grain jaune brésilien, a noté Sébastien Poncelet.
La Chine revient aux achats de colza
Enfin, les cours du colza sont clairement orientés à la hausse sur le marché européen comme nord-américain, conséquence d’un retour de la Chine aux achats de canola au Canada.
L’inconnue réside maintenant dans une éventuelle réaction américaine, alors que Donald Trump avait menacé son voisin de représailles en cas d’accord commercial avec la Chine.
Les analystes américains affichaient à cet égard une certaine lassitude. « Une grande partie du marché est devenue en quelque sorte immunisée contre certaines des déclarations les plus exagérées de Trump », a déclaré Rich Nelson, estimant que les États-Unis continueront quoi qu’il en soit à avoir des échanges agricoles avec leurs voisins directs, Mexique et Canada.
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