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Les prix des céréales et du colza chahutés par les tensions géopolitiques

Dans le tumulte international, le marché des grains n'est pas épargné.

Les prix des matières premières agricoles sont influencés par la géopolitique, mais également par un rapport du ministère américain de l’Agriculture (USDA) qui a surpris l’ensemble des opérateurs. Sur la scène internationale, les diverses déclarations de Donald Trump entretiennent les incertitudes et incitent les opérateurs à la prudence.

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Chahutés par une conjoncture internationale toujours plus incertaine, les prix des céréales et du colza sont agités cette semaine. Déterminante pour la compétitivité des origines européennes, la parité euro/dollar demeure volatile, évoluant dans un canal compris entre 1,16 et 1,18.

Le blé français entre deux eaux

Le tumulte qui agite la scène internationale n’épargne pas les marchés des grains, même si le blé européen parvient à se maintenir dans une zone proche de 190 €/t. Les cours sont pris en étau entre des fondamentaux peu porteurs et un risque géopolitique toujours élevé. Difficile, donc, pour les opérateurs, de savoir sur quel pied danser, bien qu’au niveau mondial, les disponibilités restent confortables. L’USDA l’a d’ailleurs confirmé dans sa dernière publication : sans surprise, la production des grands exportateurs continue de progresser, désormais estimée à 434 millions de tonnes. Cela représente une hausse de 5,5 millions de tonnes sur le mois, dont 3,5 millions de tonnes en Argentine et 2 millions de tonnes en Russie.

À l’heure où la compétition est déjà rude sur la scène internationale, tous les exportateurs peuvent prétendre se positionner sur la seconde partie de campagne, au regard des volumes encore disponibles. Le ministère américain ne s’y trompe pas, affichant des stocks de report à 78,7 millions de tonnes chez les huit grands exportateurs, et 278,25 millions de tonnes dans le monde.

En France, si la dynamique à l'exportation était convenable depuis le début de la campagne, FranceAgriMer a ajusté son estimation d’exportations vers les pays tiers de 7,6 millions de tonnes à 7,5 millions de tonnes. Néanmoins, la vigueur des exportations intracommunautaires contribue à atténuer cet impact. La demande européenne demeure soutenue, avec des volumes qui devraient dépasser 7,5 millions de tonnes sur la campagne de 2025-2026. Il faut remonter à la campagne de 2021-2022 pour retrouver des niveaux supérieurs.

Sur le terrain, les conditions de culture restent correctes dans l’hémisphère Nord, ce qui ne suscite pas d’inquiétudes particulières pour le moment. Une seule attention est portée vers la Russie, où le mercure descend sous les normales saisonnières, mais la situation est protégée par une bonne couverture neigeuse dans la majorité des régions.

Une récolte américaine record

Le maïs reste l’acteur majeur de ces derniers jours, notamment en raison de la publication surprise de l’USDA. L’office américain, fidèle à ses révisions, a bouleversé les équilibres du marché en relevant une nouvelle fois son estimation de production. Les États-Unis sont désormais projetés à 432 millions de tonnes, soit un record historique. Au-delà du rendement exceptionnel de 186,5 boisseaux par acre, ce sont les surfaces récoltées qui ont progressé de 1,3 million d’acres. Cet alourdissement du bilan doit toutefois être mis en regard d’une demande elle aussi record, et notamment des exportations attendues à 81,28 millions de tonnes.

Dans le même temps, la concurrence se renforce avec une production argentine estimée à 53 millions de tonnes pour 2025-2026 et brésilienne à 131 millions de tonnes. Si la demande chinoise est prévue en hausse par rapport à la campagne précédente, cela ne suffit pas à compenser des stocks mondiaux qui atteignent désormais 291 millions de tonnes. Ces niveaux restent néanmoins inférieurs aux années passées, car au-delà de la demande colossale, certaines régions n’ont pas été logées à la même enseigne. C’est notamment le cas de l’Ukraine, qui vise un objectif d’exportation de 23 millions de tonnes, ce qui laisserait des stocks finaux très faibles, à seulement 0,85 million de tonnes.

Face à cela, le besoin d’importations en Europe est reconduit à 20 millions de tonnes, et rares sont les origines capables de répondre à cette demande. Cela explique pour l’heure la bonne tenue des origines hexagonales, dans un contexte marqué par une dichotomie entre un bilan mondial globalement confortable et une zone européenne où la tension est plus palpable.

Le colza sous influence géopolitique

Le colza est le marché le plus influencé par la géopolitique ces dernières semaines. Il faut dire que la graine évolue dans un complexe oléagineux particulièrement chahuté. Après plusieurs mois dominés par le soja, c’est désormais au tour du tournesol et du colza de prendre le relais. Le premier voit son huile flamber alors que l’Ukraine, premier exportateur, subit des fragilisations d’infrastructures. Qu’il s’agisse des capacités de stockage ou des usines de trituration, les récentes attaques ravivent la prime de risque.

Compte tenu du rôle majeur du pays dans le complexe oléagineux, les cours réagissent aussitôt et connaissent un regain de fermeté. Néanmoins, le bilan du colza reste globalement confortable. L’USDA l’a confirmé en annonçant une production australienne à 7,2 millions de tonnes, contre 6,4 millions de tonnes l’an passé. Dans ce contexte, le pays est en mesure d’exporter 5,5 millions de tonnes de graines, de quoi satisfaire la demande mondiale.

Le principal point d’interrogation concerne le Canada, où le Premier ministre est actuellement en Chine pour tenter de réchauffer les relations diplomatiques. Les mesures tarifaires sur les véhicules électriques et le colza ont réduit les échanges entre les deux pays. Une reprise des flux canadiens de graines, tourteaux et huiles vers la Chine offrirait une bouffée d’oxygène aux opérateurs locaux, soutenant par ailleurs les cours du canola à Winnipeg. Bien que l’écart de prix entre le colza européen et le canola ne justifie pas un alignement mécanique, la psychologie de marché pourrait en décider autrement.

Une compétition féroce

Les différentes origines tentent toutes de se positionner sur le marché du soja et ce, alors que les disponibilités restent confortables. Le bilan américain est à ce jour connu du côté de l’offre mais la demande est toujours sujette à ajustement. Les déboires du début de campagne avec les Chinois pèsent encore dans les rapports puisque les exportations américaines sont ainsi revues en baisse à 42,86 millions de tonnes contre 44,5 millions de tonnes précédemment, ce qui alourdit les stocks domestiques à 9,52 millions de tonnes.

Dans le même temps, le ministère américain de l’Agriculture revoit aussi son estimation de production brésilienne en hausse de + 3 millions de tonnes, portant la récolte brésilienne à 178 millions de tonnes, un record historique. Cette dynamique brésilienne se reflète dans les débouchés : la trituration locale progresse légèrement (+1 million de tonnes), tandis que les exportations bondissent à 114 millions de tonnes (+1,5 million de tonnes).

Autre point clé, l’administration Trump qui avance ses déclarations concernant les incorporations de biodiesel. Celle-ci envisage une fourchette de 5,2 à 5,6 milliards de gallons pour les volumes de diesel biosourcé, contre 5,6 milliards de gallons proposés précédemment. Si cela peut paraître sous le consensus initial, les opérateurs y voient de la clarté, ce qui est salué par les cours. Le complexe reste tout de même sous pression, notamment les tourteaux qui confirment leur passage sous les 300 $/st à Chicago.

(1) Argus Media, société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.

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