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« Les tensions d’approvisionnement en œufs vont s’atténuer assez rapidement »

Chaque Français a consommé 237 œufs en 2025 en moyenne, un record qui met en tension l’approvisionnement.

Les Français ont battu un record de consommation d’œufs en 2025 avec 237 unités par habitant. Un intérêt pour le produit qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, alors que de nombreux rayons restent vides.

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Dans les rayons de certains supermarchés, les boîtes d’œufs se battent parfois en duel. Jeudi 12 février 2026, à l’occasion d’une conférence de presse, Yves-Marie Beaudet, président de l’interprofession des œufs (CNPO), qui a toujours été prudent avec le terme « pénurie », a assuré que « les tensions d’approvisionnement vont s’atténuer assez rapidement ».

Si les Français peinent à trouver des œufs en grandes surfaces, ils en restent pourtant de grands consommateurs. D’après une étude de l’institut Circana, commandée par le CNPO, les Français ont consommé 237 œufs chacun en 2025, soit dix de plus qu’un an plus tôt. D’ici à 2035, la consommation pourrait même passer à 269 œufs par an et par personne. En raison de son prix accessible, dans la grande distribution, l’œuf est l’aliment le plus vendu. L’an dernier, près de 700 millions de boîtes d’œufs sont passées en caisse.

Pour l’heure, pas de quoi compenser la hausse de la consommation, qui nécessite la fourniture de 300 millions d’œufs supplémentaires rien que dans les magasins, où les consommateurs privilégient les œufs français. De leur côté, pour remédier à des tensions d’approvisionnement, l’industrie alimentaire et la restauration ont davantage recours à l’importation.

Maintenir le taux d’auto-approvisionnement autour de 100 %

Pour l’interprofession de l’œuf, augmenter la production pour coller à la consommation est indispensable pour éviter d’accroître les importations de pays moins regardant sur le bien-être animal. L’objection du CNPO est claire : maintenir le taux d’auto-approvisionnement autour de 100 %. En 2025, la France a produit 957 000 tonnes d’œufs. Le taux d’auto-approvisionnement est descendu à 95,8 %, contre 99,4 % en 2024.

En ce qui concerne les œufs importés, la plupart viennent de l’Espagne mais des œufs ukrainiens (42 tonnes) se retrouvent aussi dans les supermarchés français pour remplir les rayons vides. L’arrivée d’œufs ukrainiens dans le marché français aurait tendance à inquiéter le CNPO. L’élevage en cage, avec des densités bien supérieures aux normes européennes, et l’utilisation d’antibiotiques interdits dans l’Union européenne y sont courants, alerte Yves-Marie Beaudet, président de l’interprofession. Ainsi, le représentant du CNPO considère que le modèle français, qui a notamment mis fin au broyage des poussins, fait partie des « bons élèves » sur la taille des élevages.

« C’est trop compliqué d’installer des bâtiments d’élevage »

Pour tenir ses objectifs de production, l’interprofession des œufs entend bien construire des poulaillers pour répondre à la demande des consommateurs. Le CNPO annonce que d’ici dix ans 575 nouveaux bâtiments d’élevages sortiront de terre. L’année dernière, l’organisme avait annoncé un objectif avoisinant les 300 nouveaux poulaillers d’ici 2030. En 2025, 18 bâtiments ont été construits, soit un potentiel de 200 millions d’œufs supplémentaires par an. En 2026, 40 nouveaux poulaillers seront installés, soit 1,25 million de poules et 375 millions d’œufs, une poule pondant un peu moins d’un œuf par jour en moyenne.

Invitée de BFM TV, lundi 12 janvier 2026, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, avait affirmé qu’en France « on ne produit pas assez d’œufs par ce que c’est trop compliqué d’installer des bâtiments d’élevage ». En ce moment, en France, quelque 220 projets de construction sont en cours d’instruction. La filière dénonce également une certaine « lourdeur administrative ». De ce fait, Yves-Marie Beaudet demande à la ministre « un allègement administratif ».

Par ailleurs, la production d’œufs, peu contraignante par rapport à l’élevage bovin, pourrait donc attirer de nombreux céréaliers qui chercheraient à se diversifier. « Ils cherchent à stabiliser leurs revenus en raison des cours mondiaux des céréales qui ont tendance à baisser », commente Yves-Marie Beaudet. La production, historiquement importante en Bretagne, surtout dans le Morbihan ou les Côtes-d’Armor, a tendance ces dernières années à se développer dans d’autres régions comme l’Occitanie. Cette région se distingue notamment dans le secteur du bio.

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