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Vente directe à la ferme : se ménager pour tenir dans la durée

Chaque semaine, Jean-Marc, Alain et Claude Manoa (de gauche à droite) transforment et vendent à la ferme environ vingt porcs et un bœuf, avec l’aide de six salariés dont Sonia, la femme de Jean-Marc (à gauche).

Les trois frères Manoa vendent la totalité de leur production de porcs et de bœufs dans le magasin de l’exploitation. Une démarche valorisante mais exigeante, qui laisse peu de place au répit.

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Depuis leurs installations successives sur la ferme familiale, Jean-Marc, Alain et Claude Manoa mènent leur petite révolution. De l’exploitation laitière d’origine, il ne subsiste rien, si ce n’est un goût marqué pour la vente directe, hérité de leurs parents. Enfants, ils les accompagnaient lors des tournées de porte-à-porte pour livrer lait et fromage blanc. Aujourd’hui, ce sont les clients qui viennent à leur rencontre pour acheter leurs produits transformés à base de porc et de bœuf, directement dans le magasin de la ferme, à Pélussin dans la Loire, au cœur du Pilat.

Ouvert du mardi au samedi matin, le magasin ferme deux semaines l’été et une semaine à Noël, pour permettre aux agriculteurs de souffler un peu. (©  Clémentine Vignon)

20 porcs et 1 bœuf par semaine

Aîné de la fratrie, Jean-Marc est le premier à s’être installé, en 1999. Il développe alors l’élevage de porcs avec transformation. « L’insouciance de la vingtaine nous pousse à oser des choses », sourit l’agriculteur, qui s’est lancé sans aucune formation en boucherie. Il débute avec la production de saucisson sec nature, devenu, vingt-cinq ans plus tard, le produit phare de la ferme. Depuis, la gamme s’est étoffée et Jean-Marc n’est plus seul. Trois salariés formés à la boucherie l’accompagnent à la transformation.

Chaque semaine, ce sont vingt porcs et un bœuf qui sont transformés dans le laboratoire attenant au magasin. Claude, le benjamin, pilote l’élevage porcin, tandis qu’Alain, le cadet, gère l’élevage d’aubracs développé en 2012.

Les porcelets sont achetés à deux mois et demi (25-30 kg) puis sont engraissés sur paille dans un bâtiment de 500 places. (©  Clémentine Vignon)

Hormis quelques porcs et vaches de réforme commercialisés chaque année « dans le système conventionnel », l’intégralité de la production est transformée et vendue en direct au magasin. Tous les morceaux, des plus nobles aux moins prisés, sont valorisés afin de limiter le gaspillage.

La gamme proposée est large : charcuterie, pâtés, boudins, brochettes, saucisses, abats, caissettes de bœuf ou bocaux de plats cuisinés. « Mais il faut aussi savoir s’arrêter, prévient Sonia, la femme de Jean-Marc, salariée de l’exploitation. Il y a un juste équilibre à trouver dans la création de produits car on a tendance à minimiser le temps que cela va nous prendre. » En vente directe, la gestion du temps constitue en effet un défi quotidien. « C’est un investissement personnel très important », confirme Jean-Marc. Pour tenir dans la durée, il faut savoir se ménager.

Des horaires allégés

Aussi, les Manoa ont revu à la baisse les horaires d’ouverture du magasin, qui ferme désormais à 18 h, contre 19 h auparavant. « Parce qu’après la fermeture, il y a encore tout le rangement et le lavage à faire », précise Jean-Marc. Par ailleurs, la boutique ferme maintenant ses portes quinze jours l’été et une semaine à Noël. Ces changements n’ont pas fait fuir les clients, loin de là. Les agriculteurs bénéficient par ailleurs d’un contexte local favorable à la vente directe, un mode de commercialisation « historique dans le secteur ». Les nouveaux produits qui arrivent sur le marché, tels la noisette ou le pain, font indirectement les affaires de la famille Manoa. Car Jean-Marc en est persuadé, « pour réussir en vente directe, il faut avoir une offre territoriale diversifiée ».

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