« J’ai développé une trame verte favorable à la biodiversité »
Laurent Vermersch a installé des haies et des bandes fleuries au cœur de ses parcelles de grandes cultures conventionnelles, notamment pour favoriser les auxiliaires qui ont besoin d’abris et de ressources en pollens et nectars.
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Agriculteur à Nojeon-en-Vexin, dans l’Eure, Laurent Vermersch le dit d’emblée : « Il me manquera sans doute une vie pour faire passer la conviction que j’ai depuis plus de vingt ans : celle que l’on peut laisser une place pour la biodiversité sur une exploitation de grandes cultures conventionnelle. » Pourtant, des aménagements qui ont généré des interactions positives, il en a installé au fil de sa carrière !
Flore endémique et diversifiée
Également chasseur, Laurent a commencé dans les années quatre-vingt-dix par des aménagements cynégétiques et s’est vite aperçu que la biodiversité fonctionnelle s’y développait. Sur 186 hectares, 5 hectares sont désormais consacrés à une « trame verte », sur près de 8 kilomètres de linéaire. Côté haies, agroforesterie et bosquets, une trentaine d’essences sont plantées. « En général, quand j’installe une haie, je la double d’une bande enherbée fleurie », précise-t-il.
Présentes dans les prairies, bords de champs et bandes enherbées, les fleurs peuvent être issues de mélanges commerciaux constitués de préférence d’espèces endémiques, mais aussi parfois ramassées en milieu naturel (campanules, mauves, cardères, aneth…). Il sème souvent des vivaces, le but étant que la flore se maintienne au fil des saisons pour protéger la faune et stimuler la biodiversité en place. Il lui arrive de retrouver des espèces remarquables, souvent disparues dans les plaines agricoles, comme des miroirs de Vénus ou encore des pensées sauvages. Il précise : « Ce ne sont pas toujours les fleurs les plus spectaculaires qui sont les plus efficaces pour les insectes. »
Des intercultures sont semées sur l’ensemble de l’exploitation. Adaptées aux conditions de l’année, aux cultures qui suivent, elles comportent souvent quatre à cinq espèces aux différents systèmes racinaires, complétées des florifères, pour les auxiliaires. En techniques culturales simplifiées depuis quinze ans, les cultures (colza, blé, maïs, betteraves…) sont souvent associées à des plantes compagnes avec parfois des couverts permanents.
À côté de cela, il conduit ses parcelles « normalement », sans oublier l’agronomie et les fondamentaux de l’agriculture : allongement des rotations, décalage des dates des semis, variétés résistantes, emploi d’OAD, cultures à bas niveau d’intrants (légumineuses, miscanthus, silphie). Les apports d’azote sont raisonnés et, si nécessaire, l’agriculteur ne s’interdit pas les traitements phytosanitaires.
Attesté par des entomologistes
« Il faut avoir une approche systémique, insiste-t-il. Comme je ne laboure plus depuis des années, j’utilise parfois du glyphosate à faibles doses. Sans cela, je ne pourrais pas venir à bout de ray-grass et vulpins et risquerais de déstructurer mes sols. » Quand il le peut, il emploie des produits de biocontrôle. Même si cela a pu lui jouer des tours, il fait l’impasse sur les insecticides foliaires depuis des années, conformément à sa logique d’apiculteur.
Concernant les insectes, des formations et partenariats avec des instituts (Inrae, ITB…) et des entomologistes (Flor’Insectes) lui ont permis de mieux suivre et comprendre les dynamiques de population des auxiliaires et comment les favoriser sur sa ferme. Des observations réalisées sur son exploitation par des spécialistes et des étudiants d’UniLaSalle ont attesté d’une belle densité et d’une intéressante diversité d’auxiliaires, dont des pollinisateurs : abeilles sauvages, papillons, hyménoptères parasitoïdes, staphylins…
« Ces données ne sont que le reflet de mon contexte et relèvent plus de la philosophie, juge-t-il. Lorsque l’on me parle de solutions, j’ai plus tendance à parler de pistes du possible. Ainsi, même si je n’en retire pas de valeur directe, je suis convaincu d’un bénéfice global : réduction de l’érosion des sols, diminution des traitements, nouveau mode de travail et joie de travailler en contact avec la terre, tout en maintenant de bons rendements. »
Cela a d’ailleurs permis à son exploitation d’obtenir le label européen Territoires de faune sauvage (Wildlife Estates), qui distingue les territoires pour leur biodiversité remarquable et leurs pratiques de gestion exemplaires.
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