Les causes du déclin des insectes sont multifactorielles
Si les activités agricoles peuvent expliquer en partie la disparition des insectes, l’artificialisation des sols et le dérèglement climatique en sont également responsables.
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« Nous ne disposons pas encore de données quantitatives et fiables suffisantes pour évaluer à l’échelle mondiale la gravité du déclin des insectes et ses variations spatiales ou taxonomiques », rappelait, dans un avis de janvier 2021, l’Académie des sciences. Si l’abaissement des populations d’insectes fait consensus, les chiffres peuvent énormément varier d’une étude à l’autre. Un travail allemand réalisé en 2017 fait état d’une réduction de la biomasse d’insectes volants de 75 % en vingt-sept ans. Alors qu’une méta-analyse parue en 2020 estimait, pour sa part, que ce phénomène serait moindre.
Difficile estimation
L’Opecst (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) rapportait, dans une note scientifique de fin 2021, qu’en se basant sur les critères de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), 41 % des espèces d’insectes au niveau mondial seraient concernées par un déclin et 31 % par une extinction. En outre, chaque année, 1 % des espèces s’éteindraient.
Il s’agit donc d’un phénomène complexe à analyser, toutes les espèces n’étant pas en régression et certaines ayant parfois tendance à augmenter. L’Opecst complétait : le déclin « concerne surtout les groupes d’insectes spécialistes, tandis que les espèces généralistes résistent mieux ». En effet, les « spécialistes » dépendent d’un habitat restreint et de ressources spécifiques, là où les « généralistes » peuvent s’adapter à une plus grande variété de milieux et de sources de nourriture. C’est particulièrement le cas des espèces exotiques envahissantes.
Parmi tous les insectes dont les tendances démographiques sont documentées par l’UICN, on note une forte variation selon les ordres, avec globalement davantage d’espèces en déclin qu’en hausse. L’UICN indiquait, en 2022, que 37 % de toutes les espèces de syrphes en Europe étaient menacées d’extinction. Mi- octobre 2025, elle a dévoilé que près de 100 espèces supplémentaires d’abeilles sauvages d’Europe ont été classées comme menacées d’extinction.
Les causes de ce phénomène demeurent multifactorielles. Toutefois, la perte d’habitats semble constituer une des principales explications. Les infrastructures agroécologiques que sont les haies, les bosquets, les mares, les bandes enherbées, les prairies, etc. ont souvent disparu du fait de la mécanisation de l’agriculture et des remembrements des terres agricoles. Or, ces aménagements fournissent un habitat et de la nourriture pour le développement de la biodiversité, donc des insectes.
À cela s’ajoute l’emploi de traitements phytosanitaires qui, pour certains, serait la principale raison du déclin des insectes. On peut noter que les insecticides, dont le rôle est de tuer les ravageurs des cultures, représentent la famille la moins employée en France, loin derrière les herbicides et les fongicides. Toutefois, ces produits peuvent aussi avoir une incidence sur la faune non ciblée.
Un essai sur céréales de la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais met en évidence une répercussion des insecticides et des fongicides, mais pas des herbicides ni des régulateurs. « Une tendance à confirmer dans le cadre d’une autre expérimentation car les conditions météorologiques peuvent influencer les résultats observés », précise Pauline Lebecque, conseillère en biodiversité à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais.
Agriculture raisonnée
Johanna Villenave-Chasset, entomologiste et dirigeante du laboratoire Flor’Insectes, ajoute : « On ne peut pas nier que les insecticides ont un impact sur du court terme, avec une durée de rémanence limitée dans le temps. La dégradation des habitats n’est pas du tout sur la même échelle. Selon moi, cela a beaucoup plus d’impact sur la biodiversité qu’un insecticide car il faut des décennies pour qu’une haie replantée redevienne fonctionnelle. »
Au passage, rappelons que les agriculteurs raisonnent de plus en plus leur emploi des pesticides, compte tenu notamment de leur coût mais aussi des conséquences éventuelles sur leur santé, et plus généralement sur les milieux. Les tonnages ont d’ailleurs réduit au fil des années, et ce d’autant plus que nombre de molécules ont été retirées sans que de nouvelles soient autorisées. Une réglementation plus stricte qu’auparavant tend également à diminuer leur emploi, ou tout du moins à les employer dans de meilleures conditions (comme les arrêtés « abeilles » ou « relatif à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques »).
Espèces invasives favorisées
L’activité humaine au sens large a aussi un impact sur les populations d’insectes. Selon le haut-commissariat à la stratégie et au plan, plus de 20 000 ha sont concernés chaque année par l’artificialisation des sols en France métropolitaine. Or, ce phénomène « porte atteinte aux fonctions écologiques des sols et à la biodiversité » en fragmentant les habitats et en détruisant des milieux naturels ou semi-naturels, ou des terres agricoles, « où il y aura toujours plus d’insectes que sur un parking. »
Enfin, le dérèglement climatique demeure un autre facteur de déclin. Avec une hausse des phénomènes extrêmes, ces animaux à sang froid ont parfois du mal à s’adapter. La baisse du nombre de jours « froids » par an par exemple ne permet plus aux cycles de certains insectes d’avoir lieu. Au contraire, certains ravageurs, considérés autrefois comme secondaires (punaise des céréales, aleurode du chou…), deviennent plus « agressifs » ou produisent plus de générations (pyrale, doryphore…) avec l’élévation des températures.
Des espèces exotiques invasives étendent en outre leur aire de répartition. « Des pucerons parviennent à se maintenir l’hiver sous forme adulte, à migrer sur de longues distances et arrivent dans les parcelles avant les auxiliaires. Cela crée une désynchronisation entre le cycle du ravageur et celui des auxiliaires », précise Pauline Lebecque.
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