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Faute de traçabilité, la filière céréalière algérienne perd son cap

Cultures céréalières dans le nord du Sahara algérien.

De 30 à 50 % des récoltes algériennes sont vendues sur le marché noir.

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Après avoir fait preuve d’outrecuidance, en fixant l’objectif d’autosuffisance en céréales (blé dur, maïs et l’orge notamment) dès 2025-2026, les pouvoirs publics algériens viennent de revoir à la baisse leurs ambitions. Un changement de cap qui intervient dans un contexte où le secteur agricole fait face à un manque criant en termes de traçabilité. De 30 à 50 % des récoltes sont écoulées au marché noir, selon les estimations de l’ONS (Office algérien des statistiques) ou d’institutions internationales comme la FAO et la Banque mondiale.

Pour les céréales, l’objectif de 3,5 t/ha de rendement moyen d’abord attendu pour 2025 a été renvoyé à 2030 par le ministre de l’Agriculture, en confirmant en novembre dernier que son niveau actuel est de 1,8 t/ha.

Une évaluation exhaustive des capacités de production et des besoins du marché demeure toutefois un défi insurmontable, étant donné qu’une grande partie des producteurs refusent d’adhérer au mécanisme régissant la filière. Ce dernier s’appuie sur l’approvisionnement des céréaliers en intrants moyennant la cession de leurs récoltes à l’OAIC (Office algérien interprofessionnel des céréales) à des tarifs administrés. Jugeant ces tarifs peu rémunérateurs, les producteurs réfractaires préfèrent donc écouler leur produit au marché noir.

1,8 t/ha de rendement moyen

Pour le maïs, face au retard qu’accusent les projets d’agriculture intensive lancés dans le Sahara avec l’appui de l’État, c’est l’importation qui vient de reprendre de manière massive. À la fin de décembre, l’Onab (Office public des aliments de bétail) a annoncé dans un communiqué « l’importation de 1,15 Mt de maïs durant la période allant du 28 décembre à février 2026, après avoir constaté un déficit dans l’approvisionnement du marché en ce produit ».

Au début du même mois, c’est l’OAIC qui a procédé à l’acquisition de près de 900 000 t de blé sur le marché international pour renforcer ses stocks. Cette situation confirme la fragilité de la filière céréalière locale, dont la production moyenne dépasse rarement les 4 millions de tonnes par an, toutes céréales confondues, pour des besoins estimés à plus de 14 millions de tonnes.

Pour l’agroéconomiste Ali Daoudi, cette crise est structurelle, estimant que le pays « souffre depuis longtemps d’un manque de continuité : les politiques changent trop souvent, ce qui limite l’accumulation des acquis techniques, organisationnels et économiques. L’une des vraies faiblesses de notre système est la difficulté à inscrire les politiques dans un cadre cohérent avec d’autres secteurs : l’eau, l’environnement, la santé, le commerce, l’industrie. »

Dans la même optique, l’absence de données fiables du secteur est pour ce chercheur « un problème ancien, dont les conséquences sont lourdes », alors que le ministre de tutelle reconnaissait au lancement de la campagne de 2025-2026 à la fin de septembre « un manque de transparence » dans les données relatives à l’agriculture.

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