De mémoire d’éleveurs du Grand Ouest, la situation est inédite. Ce pourrait être 12 millions de litres de lait non collectés et jetés à cause de la neige et du verglas sur neuf départements, selon la FRSEA Ouest. Le décompte exact devrait être fait dans les prochains jours. Les conditions climatiques et les restrictions de circulation des poids-lourds ont complètement paralysé certaines tournées dans les Pays de la Loire et en Bretagne les 6 et 7 janvier 2026. Agrial, Terra Lacta, Lactalis ou encore Savencia seraient concernés.
« Le lait a commencé à être jeté mardi dans les campagnes et cela pourrait continuer jusqu’à samedi », rapporte le président de la section laitière de la FDSEA de la Vendée, Patrice Remaud. Une situation qui paraît incongrue vu de l’est de la France, habituée à faire face à ce type d’intempéries, et équipée de camions plus petits. « Faute de ramassage, des milliers de litres de lait ont dû être jetés par les éleveurs pour des raisons sanitaires et de qualité », déplore la FDSEA de l’Ille-et-Vilaine dans un communiqué du 7 janvier.
Si les routes sont aujourd’hui complètement dégagées, le retard pris par les tournées oblige encore certains à jeter. C’est le cas pour Mickaël Forget, installé à Montaigu-Vendée en AOP avec 165 vaches à la traite.
17 000 € de pertes
« En tout, je vais jeter 17 000 litres, soit trois jours de traite », estime l’éleveur, dont le tank est plein depuis mercredi matin. Le seul « mot d’ordre » de sa laiterie, Terra Lacta, jeter le lait traite par traite pour garder les tanks pleins, et noter les quantités. « Nous ne savons pas encore si nous serons rémunérés », explique-t-il. Après avoir passé des coups de fil, ils sont plusieurs avec ses voisins à constater qu’aucune assurance ne prend en charge ce type de dommage. Résultat, « nous sommes dans le flou ». Mikaël estime les pertes à environ 17 000 € pour le mois de janvier, entre ce lait jeté et la baisse du prix du lait de base de Terra Lacta à 420 € les 1 000 litres pour le premier mois de 2026. Au mieux, la prochaine collecte aura lieu dans la nuit de vendredi à samedi pour le Gaec la Brosse.
Indemnisation en suspens
Ailleurs en Mayenne, c’est le même constat, des éleveurs Lactalis ont dû jeter leur lait. « Malgré la mobilisation complète de nos équipes et parce que la sécurité de nos conducteurs est une priorité absolue, nous avons été contraints de suspendre temporairement la collecte dans certains secteurs devenus inaccessibles » a répondu Lactalis à la sollicitation de La France Agricole.
Le groupe laitier explique qu’un « état des lieux précis sera établi en début de semaine prochaine sur la base des quantités répertoriées par les éleveurs ». Quant au paiement du lait, l’industriel promet d’« échanger rapidement avec les organisations de producteurs afin d’examiner le paiement du lait non collecté ».
Du côté d’Agrial, autre gros faiseur du Grand Ouest, l’incertitude règne aussi. Cédric Nicolleau, basé en Vendée, tout comme d’autres éleveurs rapporte que la coopérative « demande de noter les litres perdus en vue d’une indemnisation », selon ses appels avec le personnel d’Agrial. Contactée par La France Agricole, la coopérative n’a pas souhaité s’avancer à ce sujet et explique que la priorité sur cet épisode neigeux était de « maintenir en sécurité les chauffeurs et de ne prendre aucun risque sanitaire ».
La FRSEA de l’Ouest se réunit ce vendredi après-midi pour évaluer les dégâts. « Le combat de l’indemnisation du lait jeté doit être mené avec l’interprofession laitière Cilouest, pour éviter les injustices entre éleveurs » estime Patrice Remaud de la FDSEA de Vendée. A priori, « rien n’indique dans les contrats que le lait non collecté doit être rémunéré » rapporte-t-il. Cette situation inédite intervient dans un contexte de surplus de collecte laitière.