Près de 3 millions de bovins en moins, 2,85 millions de têtes pour être précis, d’ici à 2035 dans l’Union Européenne (UE). Voilà ce que prévoit la Commission européenne dans ses prospectives pour 2025-2035 pour les filières bovines (lait et viande), publiées le 16 décembre 2025.

Une diminution du cheptel

La mise en place de politiques environnementales plus strictes sur les émissions d’azote (Irlande et Pays-Bas) et de gaz à effet (Danemark) de serre dans certains pays limite la taille des troupeaux.

La réduction du cheptel bovin européen, estimée à 9,7 % d’ici à 2035, entraînera une chute d’environ 615 000 tonnes de la production de viande bovine entre 2025 et 2035, et de 9,2 % par rapport à son niveau moyen pour la période de 2023 à 2025.

Le nombre de vaches allaitantes reculerait de 860 000 têtes pour atteindre 9,24 millions de têtes d’ici à 2035. Le cheptel laitier de l’Union européenne n’est pas épargné avec une perte d’environ 2 millions de têtes d’ici à 2035. En France, la collecte de lait a déjà baissé de 4,5 % entre 2014 et 2024, illustrant ce déclin.

La commission européenne prévoit une baisse de 860 000 têtes du nombre de vaches allaitantes d’ici 2035. (© Jerome Chabanne / Hans Lucas)

Une concurrence mondiale accrue

Malgré une augmentation attendue de la demande mondiale de viande bovine de 1,1 million de tonnes d’ici à 2035, les exportations de l’Union européenne diminueraient légèrement, de 0,8 % par an entre 2025 et 2035. Un recul plus important est attendu pour les exportations d’animaux vivants : –3,2 %.

Cette baisse s’explique notamment par celle du cheptel, les préoccupations croissantes liées au bien‑être animal et aux transports sur de longues distances. Une certaine stabilité est attendue du fait de la substitution partielle des exportations d’animaux vivants par des découpes de viande à destination des pays voisins.

Les importations, quant à elles, augmenteraient notamment en provenance des pays du Mercosur (+1 % par an), du fait de la baisse de la production de l’Union européenne et d’un niveau attractif des prix.

La demande mondiale de produits laitiers augmenterait, elle aussi, de manière significative au cours de la prochaine décennie. Mais l’Union européenne verrait sa part de marché diminuer et ses exportations en volume stagner au profit des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande. Cette dernière pourrait devenir l’exportateur dominant d’ici à 2035.

Si le fromage reste le produit phare des exportations laitières de l’Union européenne (+0,7 % d’augmentation par an jusqu’en 2035), la concurrence mondiale progresse et pourrait ralentir la croissance des ventes européennes aux pays tiers. En revanche, la production ainsi que l’exportation de lactosérum de l’Union européenne devraient augmenter (+0,8 % et +0,5 % par an).

Une forte demande intracommunautaire

Malgré tout, la demande intérieure de produits issus de la filière bovine s’annonce solide. En 2025, la demande de viande bovine est restée forte mais la consommation par habitant dans l’Union européenne devrait reculer à 6,1 kg en 2035, soit –0,57 kg par rapport à 2023‑2025.

Ce déclin s’explique notamment par une offre limitée sur le marché européen et un prix élevé (environ 7 000 €/t d’ici à 2035) par rapport à d’autres types de viande. Concernant le lait, la demande intérieure de l’Union européenne en produits laitiers se maintient.

Des améliorations essentielles

Pour répondre à la demande et faire face à la diminution des cheptels, les filières chercheront à renforcer leurs capacités. Le secteur de la viande bovine s’adapterait en améliorant ses performances techniques. Grâce à une meilleure alimentation, une gestion optimisée du cheptel et des races, le poids moyen à l’abattage devrait continuer d’augmenter.

La filière laitière augmenterait sa production de 0,8 % par an grâce à une hausse de productivité, grâce à la génétique, à la robotisation et à l’alimentation des animaux. La croissance de production de lait cru ralentirait toutefois (+0,1 par an), ce qui traduit des gains de productivité plus coûteux.

À noter toutefois que ces prévisions faites par la Commission européenne ne prennent pas en compte l’accord avec les pays du Mercosur qui pourrait modifier les dynamiques d’importations et d’exportations des filières bovines communautaires.