Qualifié de « plus grand feu du XXIsiècle en France », l’incendie qui a ravagé le massif des Corbières l’été dernier marquera durablement les esprits. Et pour les Audois, comme Nicolas Mirouze, qui ont vécu le sinistre, ces terribles journées d’août resteront à jamais gravées dans leur mémoire. « Notre domaine a été miraculeusement épargné par les flammes et nous avons servi de base arrière aux pompiers », confie l’agriculteur qui cultive, avec son épouse Karine, 25 ha de vigne et élève des brebis au milieu de ces collines escarpées.

Avoine, trèfle et luzerne

Devant les paysages de désolation visibles au lendemain de l’incendie, un constat s’est vite imposé au couple et aux dizaines d’adhérents du tiers-lieu paysan Beauregard (affilié au réseau L’Atelier paysan), qu’ils ont fondé en 2013 : il faut restaurer le massif des Corbières. Prenant son courage à deux mains, le collectif a ainsi ensemencé durant l’automne plus de 150 ha avec des mélanges de graminées et de légumineuses destinées aux pâturages, ciblant principalement les anciennes friches viticoles très inflammables.

Et dans une véritable « union sacrée », paysans et chasseurs se sont serré les coudes pour travailler ensemble, comme le raconte le président de la société de chasse locale, Damien Couderc : « Depuis quarante ans, nous entretenons des cultures cynégétiques, et le feu du mois d’août a tout dévasté. Je connaissais le tiers-lieu et nous avons donc planté de concert de l’avoine, du trèfle ou de la luzerne. Aujourd’hui, nous voyons les résultats puisque les pousses atteignent déjà 7-8 cm. »

Depuis le début de l’hiver, Nicolas Mirouze et son équipe se sont focalisés sur la question du bois calciné, qui concentre toutes leurs inquiétudes : « Nous alertons contre le pillage des troncs d’arbres brûlés, car nous pensons que le bois des Corbières doit rester sur place, assène-t-il. Ensemble, nous avons fabriqué des planches avec certains arbres et nous construisons des fascines pour empêcher l’érosion des sols. »