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Le cheptel allaitant rétrécit aux États-Unis

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Viande bovine - Le cheptel allaitant rétrécit aux États-Unis
Une unité d’engraissement de 100 000 bovins en Californie, aux États-Unis (photo d’illustration). © Claudius Thiriet

Malgré les fermetures successives d’abattoirs au plus haut de la crise sanitaire, les États-Unis ont conservé leur position de premier producteur mondial de viande bovine en 2020. Mais la filière étasunienne n’est pas épargnée par la décapitalisation de son cheptel allaitant. Pour compenser les abattages en baisse, elle se tourne vers l’importation en vif et de viande.

« En 2020, les coups d’arrêt de la production dans les abattoirs américains à cause de la pandémie de Covid-19 ont eu un effet direct sur les disponibilités en viande bovine », explique Alix Gérardin, économiste à l’Institut de l’élevage (Idele) lors d’un webinaire sur les marchés mondiaux organisé le 15 juin 2021. Sur cette période, 33,2 millions de bovins ont été abattus, soit 3 % de moins qu’en 2019.

> À lire aussi : Viande, le coronavirus déstabilise la production bovine américaine (29/06/2020)

Cette contraction de l’offre a été partiellement compensée par un alourdissement des carcasses lié à l’accumulation des animaux dans les parcs d’engraissement. « Mais, dans les années à venir, la décapitalisation du cheptel allaitant entamée depuis 2019 va se ressentir sur le commerce et risque de créer une surchauffe », estime Maxime d’Almeida, conseiller aux affaires économiques à la fédération des producteurs de bovins du Québec.

Des coûts de production difficilement couverts

Au 1er janvier 2021, les États-Unis dénombraient 31,2 millions de vaches allaitantes, soit une baisse de 0,6 % par rapport à 2020. « Cette tendance de fond semble s’inscrire dans la durée », avance Maxime d’Almeida, ajoutant que « des inconnues majeures entrent en jeu tels que les aléas climatiques ou le prix des céréales. »

Conséquence de la crise du Covid-19, les prix payés aux producteurs avaient chuté dès le mois d’avril 2020. « Si les cours des bouvillons sont remontés à des niveaux convenables depuis mars 2021, la flambée du coût de l’alimentation annule toute rentabilité », constate Maxime d’Almeida. En résultent des prix à la découpe très élevés. « Jusqu’à quand ce décalage entre le prix du vif et celui de la carcasse reconstituée sera supportable pour les éleveurs ? » s’interroge-t-il.

Les États-Unis, qui se placent comme quatrième exportateur mondial de viande bovine en 2020, axe leur stratégie sur un commerce de valeur avec la production de bœufs nourris au grain. « Si le cours des céréales ne retombe pas dans le temps, les professionnels chercheront des alternatives sans nuire à la qualité, mais l’idée ne sera pas de se tourner vers l’herbe », note-t-il.

La filière étasunienne exporte majoritairement des découpes nobles, mieux valorisées sur le marché international et importe des pièces à moindre coût pour le haché. Source : GEB-Idele, d’après TradeMap

Recours à l’importation

Autre point relevé par le conseiller aux affaires économiques du Québec, « les abattoirs ne sont pas encore parvenus à retrouver la cadence d’abattage précrise. » Alors que la consommation intérieure de viande ne fait que croître depuis 2016, les États-Unis doivent pallier le déficit de l’offre par le recours à l’importation.

En 2020, les importations étasuniennes de viande bovine ont bondi de 9 % par rapport à 2019, notamment en provenance de la Nouvelle-Zélande (+29 %), du Mexique (+12 %) et du Mercosur (+62 %). « La réouverture du marché à la viande bovine brésilienne in natura a participé à cette hausse », souligne Alix Gérardin.

Les importations en vif sont également dynamiques et en hausse pour la quatrième année consécutive (+3 % par rapport à 2019). « En 2020, davantage d’animaux issus du Mexique ont été importés (+9 %), au détriment des bovins canadiens (–7 %). »

Lucie Pouchard
Maintien des fondamentaux de la politique commerciale

L’élection de Joe Biden a insufflé une dimension environnementale plus affirmée, avec des engagements des partenaires commerciaux sur le changement climatique. Pour autant, « aucune décision concrète de grande ampleur n’a été encore prise à ce jour », rappelle Christian Ligeard, conseiller pour les affaires agricoles à l’ambassade de France aux États-Unis, lors du webinaire.

La stratégie européenne « Farm to fork » critiquée

Concernant les pratiques agricoles américaines, « la science reste le seul juge de paix, indique-t-il. Dans ce pays, il n’est pas concevable qu’on ferme ses frontières [NDLR à certaines marchandises] pour des raisons non scientifiquement prouvées. » Ainsi, le gouvernement américain voit d’abord la stratégie de l’Union européenne « Farm to fork » comme un « instrument de protectionnisme ».

Un point à surveiller alors que 18 500 tonnes du contingent « panel hormones » ont été réservées aux États-Unis en 2020, soit 41 %.

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