Déjà fragilisés par un marché morose, producteurs de bovins et de porcs voient leurs principaux débouchés disparaître à cause de l’épidémie de coronavirus. Depuis fin mars, l’abattage sur le territoire s’est réduit de 250 000 têtes par semaine de bovins et de 1,2 million de porcs. C’est environ 35 % de moins qu’en 2019 à la même époque.

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De possibles euthanasies

Si le risque de pénurie de viande est encore limité, le prix de référence des morceaux de choix en bœuf explose en sortie d’usine. La hausse amorcée à la mi-mars a atteint plus de 80 %, soit près de 4 $/kg. Bill Hyman, éleveur de bovins au sud d’Austin et directeur de l’association des éleveurs indépendants du Texas, est fataliste.

« Nous sommes prisonniers d’un système car nous ne vendons pas un produit fini, regrette Bill Hyman. Chez nous, les prix baissent depuis le début de l’année et ces fermetures d’usines d’abattage nous obligent, en plus, à garder nos animaux plus longtemps. Mais pas question de les euthanasier. »

Si Bill Hyman évoque cette possibilité, c’est qu’elle est déjà envisagée dans certains élevages porcins. Sans abattoir à livrer, les salles des porcs charcutiers sont pleines et les flux de porcelets qui continuent deviennent un problème, comme l’explique Dal Grooms, de l’association des producteurs de porcs d’Iowa, premier État producteur du pays.

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Éviter l’euthanasie

« Si les porcs ne sont pas mis en marché dans les trois à quatre semaines après la date de livraison prévue, les producteurs devront envisager l’euthanasie et c’est déchirant pour eux de faire ce choix », assure Dal Grooms. Pour éviter cette décision, les éleveurs cherchent des alternatives.

« Les rations sont modifiées pour arrêter l’engraissement et quelques élevages parviennent à faire abattre des porcs dans des charcuteries locales ou font des dons aux banques alimentaires. » Mais déjà les pertes s’accumulent. Pour le seul État de l’Iowa, le syndicat compte 2,1 milliards de dollars perdus par les éleveurs depuis le début de la crise. Au niveau national, on estime le manque à gagner à 70 $ par porc.

Des aides mais pas pour tous

Les aides fédérales ont été bien accueillies par les syndicats de producteurs, mais les nombreux critères d’attribution empêchent certains élevages d’y accéder. Rachel Gantz, du Conseil national des producteurs de porcs, relaie l’inquiétude du terrain. « Nous apprécions les mesures que l’USDA et le gouvernement fédéral ont prises pour assurer un approvisionnement alimentaire continu et ininterrompu. Cependant, il reste encore beaucoup à faire.»

« Le paquet d’aides annoncé en avril est encore loin de compenser les pertes, poursuit-il. Beaucoup d’exploitations familiales vont faire faillite, à défaut d’une aide financière immédiate et sans limitations de paiement. » L’utilisation du « Defense Production Act » par Donald Trump pour redémarrer les abattoirs est elle aussi appréciée par la filière, mais les protocoles sanitaires pour les salariés sont encore difficiles à mettre en place. Il ne faut donc pas s’attendre à retrouver un rythme d’abattage normal avant plusieurs semaines.

Benoît Devault