Le service de la statistique du ministère de l’Agriculture, Agreste, fait le point sur l’excédent agricole et agroalimentaire français de l’année 2020, frappé par les conséquences sanitaires du Covid-19, dans sa note de conjoncture diffusée le 12 avril 2021.

Nous faisons le point filière par filière.

Céréales : le blé tendre a eu la cote

En 2020, pour la troisième année consécutive, l’excédent commercial des céréales progresse, gagnant 0,2 milliard d’euros pour atteindre les 6,4 milliards. Il est porté par les exportations de blé tendre à destination des pays tiers, plus particulièrement sur le premier semestre de l’année.

L’excédent commercial des céréales progresse pour la troisième année consécutive. © DGDDI (Douanes)

Les ventes de blé tendre progressent en valeur de 5 % sur un an. Elles bénéficient de l’abondance de la récolte de 2019 et de l’augmentation des cours (+3 % sur un an). Ces derniers profitent du dynamisme de la demande internationale : de nombreux pays souhaitent constituer des stocks pour limiter les risques de pénurie alimentaire dans le contexte de la pandémie. La Chine absorbe notamment des quantités colossales de céréales, pour reconstruire son cheptel porcin et approvisionner ses élevages avicoles.

À lire aussi : Marché des céréales, la Chine reste un moteur des échanges de grains (11/02/2021)

La forte baisse des récoltes céréalières de 2020 et la concurrence des pays de la Mer noire et de l’Allemagne limitent toutefois les disponibilités à l’exportation au second semestre.

Les exportations de blé tendre ont été très dynamiques au premier semestre de 2020, puis se sont repliées avec les récoltes amoindries de 2020. © DGDDI (Douanes)

Au contraire, les exportations françaises d’orge reculent de 162 millions d’euros (–12 %) par rapport à 2019 du fait du repli des ventes vers l’Union européenne. 80 % de cette baisse est imputable au second semestre, avec une diminution des quantités (–6 %) comme des prix (–7 %).

En revanche, l’appétit de la Chine ne fait pas défaut : ses besoins et les tensions commerciales avec l’Australie la poussent à se tourner vers d’autres fournisseurs. Elle devient ainsi le premier débouché des orges françaises.

Les exportations de maïs augmentent de 279 millions d’euros sur un an (+23 %). Elles bénéficient notamment d’une compétitivité-prix intéressante en alimentation animale par rapport au blé, et de disponibilités grâce à la hausse des surfaces cultivées.

Oléoprotéagineux : le déficit se réduit légèrement

En 2020, le déficit des échanges de la filière oléoprotéagineuse (graines, huiles et tourteaux) s’élève à 2,2 milliards d’euros. Il recule de 0,1 milliard après une dégradation plus marquée en 2019.

Le déficit commercial des oléoprotéagineux français baisse de 0,1 milliard d’euros par rapport à 2019. © DGDDI (Douanes)

Le solde des échanges de graines oléoprotéagineuses devient déficitaire, à –136 millions d’euros, reculant de 223 millions par rapport à 2019. En cause, la diminution des exportations conjuguée à la hausse des importations. Celles-ci progressent de 7 %, soit 133 millions d’euros, dont 92 millions pour les seules graines de colza.

Le prix des graines oléoprotéagineuses augmente de 3 %. Cette tendance, principalement en seconde partie d’année, est à nouveau portée par la demande chinoise pour l’alimentation de son cheptel porcin, et plus généralement par la reprise économique en Asie. Cette dernière soutient les cours du pétrole et de l’énergie mais aussi ceux du complexe oléagineux, huiles comme graines.

Les importations de colza croissent de 0,3 million de tonnes (+23 %), atteignant le niveau record de 1,5 million de tonnes du fait de la faible disponibilité des productions françaises : la moisson de 2020 ayant été de nouveau en repli.

Le déficit commercial des huiles et graisses végétales et des tourteaux se réduit de 334 millions d’euros par rapport à 2019, atteignant –2 milliards d’euros. Le déficit des huiles et corps gras s’améliore (–251 millions d’euros sur un an) grâce à la croissance des exportations, en volume, d’huile de colza et de tournesol. Mais aussi grâce au repli des importations des autres huiles végétales (–18 %) et des volumes de margarine (–17 %).

Les prix du tourteau ayant flambé sous l’effet de la demande chinoise, les importations françaises ont baissé de 65 millions d’euros et de 8 % en volume sur un an. En parallèle, les exportations ont légèrement augmenté (+18 millions d’euros), permettant au déficit commercial de ce segment de se réduire.

Sucre : baisse des disponibilités à l’exportation

En 2019, l’excédent commercial sucrier s’est stabilisé à hauteur de 721 millions d’euros, après avoir atteint le niveau le plus bas des vingt dernières années. Les exportations ont baissé de 9 %, mais ont été compensées par la hausse du prix de 12 %, alors que les importations ont augmenté de 4 %, à 254 millions d’euros.

L’excédent commercial sucrier de l’année 2020 est resté stable par rapport à celui de 2019. © DGDDI (Douanes)

L’année 2020 a de nouveau été marquée par la contraction des disponibilités à l’exportation. En cause, la baisse des productions de 2019 (commercialisée sur les neuf premiers mois de 2020) et de 2020, commercialisée à partir du dernier trimestre de 2020.

Cette diminution de la production s’explique par le fort repli des prix du sucre qui a incité les agriculteurs à réduire les surfaces pour la deuxième année consécutive ; et à plus forte raison par l’importante baisse des rendements, à leur plus bas niveau depuis 2001. Ceux-ci ont pâti des sécheresses printanière et estivale, ainsi que de la jaunisse de la betterave.

À lire aussi : Grandes cultures, depuis 2017, les betteraves ont perdu 100 000 hectares (14/04/2021)

Fruits et légumes : le déficit progresse

En 2020, le déficit structurel de la filière des fruits et légumes (fruits, légumes et produits à base de fruits et légumes) augmente de 306 milliards d’euros, à –6,8 milliards.

Le déficit commercial français de la filière des fruits et légumes se creuse en 2020. © DGDDI (Douanes)

À lui seul, le solde des échanges des fruits frais représente plus de 40 % du déficit de la filière. Il se creuse, pour la sixième année consécutive, de 284 milliards d’euros sous l’effet de la hausse des importations de 305 milliards, soit +8 % sur un an, liée à un effet de prix : les volumes importés fléchissent légèrement (–1 %), mais les prix augmentent de 9 %.

L’augmentation des exportations de fruits frais (+2 %) est portée principalement par la hausse des volumes (+1 %) et des prix (+5 %) des fruits à pépins, et notamment de la pomme. Celle-ci bénéficie de la chute de la production européenne et des bonnes performances de la récolte nationale. Vers le grand export, la crise sanitaire freine la demande, notamment vers le Vietnam, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis.

Le déficit du segment des légumes frais progresse de 145 millions d’euros, participant lui aussi à la détérioration du solde commercial de la filière des fruits et légumes : la France importe plus (+94 millions d’euros), en exporte moins (–51 millions d’euros). La hausse du prix moyen à l’importation (+5 %) explique en grande partie ces résultats, dans un contexte de contraction des récoltes.

Du côté des pommes de terre, l’excédent commercial se dégrade malgré le recul, en valeur, des importations (–37 %). En cause, la chute des exportations de 133 millions d’euros, pour atteindre les 600 millions d’euros : en volume, les ventes baissent de 1 %, mais le prix chute de 17 %, du fait de l’abondance des récoltes et du très fort ralentissement de la restauration hors foyer durant une grande partie de l’année 2020.

À lire aussi : Pommes de terre, à l’épreuve du reconfinement (04/11/2020)

S’agissant des produits transformés à base de fruits et légumes, seuls les échanges de confitures, gelées, compotes et purées de fruits et, à un degré moindre, de pois appertisés sont excédentaires. Pour autant, le déficit des échanges de ce segment se réduit de 123 millions d’euros sous l’effet de la hausse (+2 %) des exportations et de la baisse (–3 %) des importations. Il représente 48 % du déficit commercial des fruits et légumes.

Produits laitiers : l’excédent commercial s’améliore

Après avoir atteint en 2018 son niveau le plus bas des dix dernières années, l’excédent des échanges de produits laitiers (hors glaces et sorbets) s’accroît en 2020 pour la deuxième année consécutive et atteint 2,7 milliards d’euros (+297 millions d’euros).

L’excédent commercial français des produits laitiers progresse en 2020 pour la deuxième année consécutive. © DGDDI (Douanes)

Dans le contexte particulier de la pandémie, l’excédent commercial bénéficie de la légère croissance des exportations (+8 millions d’euros), mais surtout du repli des importations (–250 millions d’euros). Les consommateurs ont été incités à privilégier les produits français facilement stockables qui permettent de cuisiner et qui se consomment de préférence à la maison.

À lire aussi : Alimentation, le ministre de l’Agriculture veut rétablir l’étiquetage de l’origine du lait (31/03/2021)

Le beurre et les pâtes à tartiner laitières contribuent le plus à la consolidation de l’excédent commercial avec une hausse de 179 millions d’euros. Le beurre reste un produit pour lequel la France est structurellement déficitaire, mais son solde commercial s’améliore en valeur du fait du recul du prix (–16 % sur un an) et des volumes importés (–9 %) : pour répondre à la demande soutenue des ménages français durant la crise sanitaire, les industriels augmentent leurs fabrications de beurre et réduisent leurs importations de matière grasse laitière anhydre (MGLA), habituellement utilisée dans les préparations alimentaires destinées à la restauration hors domicile.

La hausse de l’excédent des échanges de poudres de lait (+112 millions d’euros) participe également à l’amélioration du solde des produits laitiers : les importations se sont contractées, les prix ont augmenté de 15 %, et les ventes ont progressé vers les principaux clients.

Premier contributeur à l’excédent commercial des produits laitiers, le solde commercial des fromages recule de 154 millions d’euros et atteint 1,3 milliard d’euros : il contribue ainsi à hauteur de 46 % au solde des échanges tricolores, contre 61 % en 2017. Les fabrications de fromages français baissent pour la première fois depuis plusieurs années. Les importations s’accroissent (+91 millions d’euros et +5 % en volume) tandis que les exportations diminuent (–63 millions d’euros et –3 % en volume). L’essentiel des échanges de fromages se fait avec l’Union européenne. Avec les pays tiers, la France perd des parts de marché vers ses principaux débouchés.

Produits carnés : l’excédent commercial est en hausse

En 2020, l’excédent commercial des produits de l’élevage et de l’abattage s’établit à 0,6 milliard d’euros, en progression de 94 millions d’euros pour la deuxième année consécutive.

Le solde commercial des produits de l’élevage et de l’abattage progresse en 2020 et reste excédentaire. © DGDDI (Douanes)

Le solde commercial des animaux vivants (1,7 milliard d’euros) diminue de 69 millions d’euros, pénalisé par le recul des exportations de bovins (–68 millions d’euros à 1,4 milliard) notamment vers l’Italie, principal débouché des bovins français : tout en limitant le nombre d’animaux dans leurs ateliers faisant suite à la crise sanitaire, les engraisseurs italiens ont cherché à s’approvisionner en broutards français à moindre prix pour continuer à rentabiliser leurs ateliers.

Le déficit des échanges de viandes, préparations et sous-produits issus de l’abattage (abats, peaux…) se réduit, quant à lui, de 163 millions d’euros, atteignant 1,1 milliard d’euros. La cause principale étant la réduction du déficit commercial en viande bovine (–186 millions d’euros), dont la consommation a diminué en France, fortement affectée par la fermeture partielle ou totale de la restauration hors domicile. Les importations de viande bovine se sont ainsi fortement réduites (–248 millions d’euros), surtout en volume (–19 % par rapport à 2019). Les exportations de viande bovine ont elles aussi diminué.

L’excédent commercial en viande de porc s’accroît, porté par la baisse des importations (–26 millions d’euros) et la hausse des exportations (+17 millions d’euros) : La France exporte plus chère sa viande (+2 %) mais les volumes reculent (–1 %). Outre la pandémie de Covid, les exportations européennes ont pâti des restrictions imposées par les pays importateurs pour limiter l’épizootie de peste porcine africaine.

Atteinte en septembre 2020, et se trouvant dans l’impossibilité d’accéder au marché asiatique, l’Allemagne a inondé le marché européen. La baisse des exportations françaises s’explique ainsi presque exclusivement par les moindres occasions d’exporter vers l’Union européenne. En revanche, les ventes de viande vers la Chine ont progressé de 70 % en 2020, et celles vers les Philippines ont été multipliées par 17, soutenant ainsi les prix.

S’agissant de la viande de volaille, les exportations françaises diminuent de 102 millions d’euros en 2020, du fait du fort ralentissement des échanges intracommunautaires lié à l’atonie des secteurs de la transformation industrielle et de la restauration hors domicile. Le recul des ventes s’explique à 90 % par la baisse des volumes exportés (–12 %). Les importations se contractent encore plus fortement que les exportations (–17 millions d’euros) sous l’effet de la baisse des volumes achetés (–7 %) et des prix (–4 %).

Raphaëlle Borget

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé en petite hausse à l’approche d’un week-end arrosé

Les prix du blé progressaient légèrement, vendredi 23 juillet 2021 dans l’après-midi, sur fond de météo fluctuante qui complique les moissons et abaisse la qualité de la production.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse sur Euronext dans le sillage de l’huile de palme

Les cours du colza étaient en hausse vendredi 23 juillet 2021 sur Euronext, entraînés par la forte progression de l’huile de palme plus tôt dans la journée.