« La présence de la Chine sur les marchés internationaux est assez spectaculaire, constate Philippe Heusele, président de France export céréales, le 10 février 2021 lors de la conférence qui a suivi le conseil spécialisé des céréales de FranceAgriMer. Sur cette première partie de campagne, 40 % du blé français exporté vers les pays tiers était à destination de la Chine, et 95 % des orges. »

Record des importations de blé sur 25 ans

La demande en nutrition animale de l’Empire du Milieu, pour son cheptel porcin et son secteur avicole, tire la consommation mondiale de grains. Le dernier rapport USDA (ministère américain de l’Agriculture), publié le 9 février 2021, met ainsi le pays « au premier plan », résume Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre de FranceAgriMer.

« La Chine va utiliser un niveau record de 30  millions de tonnes de blé pour l’alimentation animale, soit une progression de 10  millions de tonnes par rapport à l’an passé, poursuit-il. Ses importations de blé se situent à un plus haut sur 25 ans, à 10  millions de tonnes. »

Reconstitution des stocks

« On assiste ces derniers mois à une politique de reconstitution massive des stocks, au plus bas depuis cinq à six campagnes, par les fabricants d’aliments. Celle-ci est notamment servie par le différentiel de prix, de l’ordre de 100 $/t, entre le maïs importé des États-Unis (coût assurance frêt) et les prix intérieurs », explique Marc Zribi.

« Sur cette campagne, les États-Unis sont très présents sur les marchés internationaux, notamment vers la Chine », poursuit-il. L’élection de Joe Biden ne devrait pas impacter la relation commerciale entre les deux pays, et les accords de phase 1 devraient se poursuivre. « Les engagements d’achat de maïs américains par la Chine s’élèvent par exemple à près de 18  millions de tonnes », détaille-t-il.

Les achats de maïs en provenance d’Ukraine représentent par ailleurs 41 % du total exportable ukrainien, à 4,2 millions de tonnes.

La demande chinoise dirige aussi le marché des orges

La demande chinoise amène à l’épuisement des disponibilités canadienne et ukrainienne de la campagne en cours. « Une partie de la prochaine récolte des deux pays est déjà réservée par la Chine, précise Marc Zribi. Les importations en provenance d’Ukraine sont quasiment multipliées par 3, à près de 2,6  millions de tonnes fin décembre, soit 67 % du total ukrainien. »

La demande en orges françaises ne se dément pas. « Selon certaines sources, des volumes de 2  millions de tonnes d’exportations d’orges françaises à destination de la Chine pourraient être réalisés sur la prochaine campagne sur 2021/2022 », rapporte le spécialiste.

Perte d’autosuffisance

« Rappelons qu’un humain sur cinq vit en Chine, ajoute Philippe Heusele. L’alimentation est politique, avec une forte implication du gouvernement chinois et la volonté d’autosuffisance ». Selon lui, cette autonomie alimentaire va pourtant se dégrader. « Elle est, tout grain confondu, de l’ordre de 90 %, et est estimée à 80 % dans les années à venir. Cela signifie donc que 10 % de la consommation chinoise entrera dans les échanges mondiaux, ce qui sera forcément très impactant », analyse-t-il.

Justine Papin