Enfin un accord. Trente et un termes, tels que « steak », « bacon » ou « foie » seront interdits dans l’Union européenne pour nommer les produits d’origine végétale, mais les « saucisses », « nuggets » ou « hamburgers veggies » resteront, eux, autorisés, ont décidé Parlement, Commission et Conseil européens le jeudi 5 mars 2026. Mais rien n’est encore acté. Cet accord, intégré dans une proposition de loi plus large visant à renforcer la position contractuelle des agriculteurs, n’est que provisoire. Il doit être soumis à un vote officiel.
Six ans de négociations
La bataille entre pros et antis appellations carnées pour des produits d’origine végétale a débuté il y a six ans, en 2020. À cette époque, les eurodéputés avaient rejeté un texte de loi proposant l’interdiction des dénominations « steaks », « saucisses » ou « burgers » végétaux.
Mais en octobre 2025, ils ont changé de bord. Les nouveaux équilibres politiques à Strasbourg, où la droite et l’extrême droite sont sorties renforcées des élections de juin 2024, ont donné priorité au monde agricole. Résultat, le Parlement européen avait mis le feu aux poudres en se prononçant pour l’interdiction de ces appellations carnées.
À l’origine de la mesure, l’eurodéputée Céline Imart (PPE, droite) qui disait vouloir éviter « une confusion » et mieux « valoriser le travail des éleveurs ». Sauf que deux mois plus tard, en décembre 2025, après de longues négociations, le Parlement et les Vingt-Sept n’étaient finalement pas parvenus à sceller un compromis.
Une victoire sans précédent pour certains
Ce nouvel accord représente « un succès incontestable pour nos éleveurs », s'est réjoui l’eurodéputée Céline Imart. « De plus, a-t-elle ajouté, l’accord stipule l’interdiction d’utiliser l’appellation viande pour tout produit de laboratoire ou tout produit cellulaire ».
Même engouement pour l’interprofession Interbev saluant « une victoire sans précédent pour la filière élevage et viande qui voit ce terme usurpé par les produits à base de protéines végétales depuis trop longtemps déjà ». Son président Jean-François Guihard a insisté : « Cette décision marque la reconnaissance d’un produit brut et 100 % naturel face à des substituts ultratransformés qui reprennent les codes et dénominations de la viande à des fins essentiellement marketing ».
Plus encore, Interbev a indiqué qu'il resterait « attentif à la poursuite des travaux européens » pour « renforcer la protection d’autres dénominations traditionnellement associées aux produits carnés, telles que la dénomination “escalope” ».
Notre interview : « On est passé de la viande à des substituts ultratransformés » (19/02/2026)
En demi-teinte pour d’autres
Du côté des pros appellations carnées pour des substituts végétaux ou issus de cultures cellulaires, la marque française HappyVore spécialisée dans les alternatives végétales a évoqué une « victoire en demi-teinte ». Cet accord provisoire est un « signal fort : celui d’une Europe qui refuse de s’enliser dans des débats sémantiques stériles pour enfin se tourner vers l’avenir, tout en essayant d’apaiser les relations avec les lobbies en concédant l’interdiction du terme “steak” ».
Mais l’entreprise loirétaine a rappelé qu’ « aucune évaluation d’impact à l’échelle de l’Union européenne, ni aucune consultation publique » n’ayant été menées, le texte pourrait « créer une cascade de questions juridiques et commerciales qu’il faudra rapidement clarifier ».
Renaud Saïsset, directeur général d’Accro, spécialiste français des alternatives végétales à la viande, s’est également exprimé. « Nous regrettons un accord qui détourne l’énergie politique de ce qui compte vraiment : accompagner l’innovation alimentaire européenne. » Mais il a averti que le secteur végétal ayant « toujours su transformer les contraintes en opportunités », son entreprise continuerait à le faire.