Depuis le début du conflit dans le Golfe persique et le blocage du détroit d'Ormuz il y a près de quatre semaines, les prix agricoles à la Bourse de Chicago comme à Paris se sont raffermis dans la foulée des cours du pétrole, sans grimper autant. Le repli des cours du pétrole a alimenté lundi, le 23 mars 2026, toujours dans une moindre mesure, celui des prix du blé de part et d’autre de l’Atlantique, dans la foulée de déclarations de Donald Trump annonçant des discussions avec l’Iran démenties par ce dernier.
L’attitude de Trump au Moyen-Orient scruté par les financiers
« On a l’impression que tout ce qui est annoncé par Trump est suivi à la lettre » par les marchés, relève Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage. Ainsi « on a l’impression que les financiers estiment que Trump par ses derniers mouvements veut se désengager (du conflit). C’est pour cela qu’on a un peu cette détente sur les céréales » depuis quelques jours.
In fine, « l’incertitude perdure », souligne Maxence Devillers, analyste chez Argus Media. La crise affecte aussi la parité entre l’euro et le dollar, qui évolue « à l’inverse du pétrole, en lien avec les risques d’inflation », relève-t-il. La flambée des cours du pétrole a fait baisser l’euro ces dernières semaines, redonnant de la compétitivité aux céréales européennes, avant une légère correction depuis le début de cette semaine.
Un impact « moyen long terme » sur les choix de semis
Autre impact du blocage d’Ormuz : les tensions sur les prix des engrais sont scrutées par les analystes. En près de quatre semaines, le prix de l’urée égyptienne a gagné quelque 50 %, par exemple. En France, le gouvernement relève une hausse des prix de 15 %. Si le conflit s’éternise, les analystes entrevoient un impact de « moyen long terme » sur les choix de semis des agriculteurs mondiaux, avec parfois un abandon du blé ou du maïs, au bénéfice d’oléagineux comme le soja ou le canola dont la culture consomme moins ou pas des engrais azotés.
Ces conséquences pourraient se matérialiser dès ce printemps alors qu’approchent les semis de blé de l’hémisphère sud (mai), ou de maïs en Europe et surtout aux États-Unis. Les agriculteurs de l’hémisphère sud ne s’étaient couverts en achats d’engrais que pour « moins de la moitié », selon Maxence Devillers, qui insiste aussi sur l’incertitude autour des livraisons. « Ce n’est pas qu’une question de prix. Est-ce que les volumes seront là en temps et en heure ? » Le choix des semis, « c’est ce qui va animer le marché dans les semaines prochaines », dit-il.
Les « gros titres » d’abord
Côté américain, on temporise la crainte autour des engrais. « À l’automne, oui, il pourrait y avoir quelques problèmes, mais les agriculteurs américains pourraient se tourner vers le Maroc ou le Venezuela pour acheter leurs engrais, » estime Dewey Strickler, d’Ag Watch Markets Advisors.
En attendant, quelques rares facteurs fondamentaux bien concrets ont pu jouer ces jours derniers. Ainsi, la directive attendue aux États-Unis d’ici la fin de la semaine sur les quotas de biocarburants imposés aux raffineurs a contribué à soutenir le prix du soja américain, note Arlan Suderman, de StoneX. Et pourrait soutenir aussi le maïs.
« Les jours où il y a de gros titres sur la guerre, c’est généralement le facteur dominant (sur les marchés). Les jours où il n’y a pas de gros titre marquant, alors les céréales et les oléagineux s’alignent un peu plus sur les fondamentaux », résume Arlan Suderman.