Mardi 24 mars 2026, les sénateurs de la commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution ont continué leurs auditions en interrogeant le géant laitier Lactalis. Dans le climat tendu des négociations commerciales, le 24 février dernier, Everest, la centrale d’achat d’Intermarché, d’Auchan et Casino a fortement critiqué l’industriel en lui reprochant d’employer des « méthodes agressives ».
Pour contextualiser, le 19 janvier 2026, dans une lettre adressée à la ministre de l’Agriculture, Lactalis a accusé la centrale d’achat de déréférencer certains de ses produits laitiers afin d’obtenir des baisses tarifaires. L’entreprise évoque un « risque immédiat sur la filière française ».
Lactalis est accusé « d’instrumentaliser le lait »
En riposte, dans un courrier à Emmanuel Besnier, P.-D.G. du groupe Lactalis, Everest se défend. La centrale d’achat accuse Lactalis « d’instrumentaliser le prix du lait » afin d’éviter une discussion approfondie sur les autres composantes des tarifs, alors que plusieurs postes (transport, énergie, emballage) sont à la baisse.
Interrogé au Sénat au sujet de ce conflit, Gianluigi Ferrari, le patron d’Everest, déclarait le 24 février que Lactalis était un « fournisseur extrêmement dur ». Auditionné à son tour, le mardi 24 mars 2026 après-midi, Lactalis, par l’intermédiaire de son directeur général Jean-Marc Bernier, a répondu aux accusations d’Everest. À la demande de Lactalis, une partie de l’entretien s’est déroulée à huis clos.
« Les centrales d’achat ont adapté des comportements contraires à la loi française »
« Les centrales d’achat européennes nous imposent maintenant de négocier hors de France le lait produit transformé et commercialisé sur le territoire français, indique Jean-Marc Bernier. Dans certains cas, elles ont adopté des comportements qui sont manifestement contraires à leurs propres engagements et à la loi française, en exigeant des baisses de tarifs souvent déconnectées des réalités économiques de cette filière. »
« Ce qui est collecté en France doit être négocié en France »
Les tensions entre Everest et Lactalis ont été alimentées par le refus des baisses de prix demandées par Everest. Et, dans certains supermarchés, la centrale d’achat a déréférencé des produits laitiers du groupe. Lors de l’audition au Sénat, ces déréférencements ont été qualifiés « d’illégaux » par Jean-Marc Bernier. Selon lui, cette décision ferait « peser un risque immédiat sur l’équilibre économique de la filière ».
Les conséquences des déréférencements sont directes pour les producteurs. « Si le prix du lait est déterminé en amont selon des indicateurs français, mais que la négociation commerciale intervient dans un cadre juridique différent, la chaîne de valeurs se rompt et c’est bien toute la filière qui s’en trouve fragilisée », affirme le directeur général de Lactalis.
Devant les sénateurs, Jean-Marc Bernier expose une revendication claire : « Ce qui est collecté en France doit être négocié en France ». Selon le directeur général de Lactalis, en raison de « marges structurellement faibles », il faut veiller à ne « pas affaiblir durablement le maillon industriel ».
« L’érosion des marges réduit notre capacité d’investissement, limite l’innovation puis contraint les moyens consacrés à nos engagements environnementaux et sociaux, qui sont de plus en plus demandés, y compris par les consommateurs et par les distributeurs », se justifie le dirigeant du géant laitier.