"Par le passé, il y a eu des épisodes où le prix du lait a progressé plus vite en Allemagne qu’en France, mais c’est sans comparaison avec le différentiel observé actuellement", note Gérard You, chef du service économie des filières à l’Institut de l’élevage. En septembre, le prix de base moyen du lait français s'affichait à 439 euros les 1000 litres, contre 569 euros en Allemagne, en composition comparable. Sur les neuf premiers mois de 2022, la différence entre le prix moyen français et allemand s’établit à 63 €/1000 l. Cet écart qui pourrait encore se creuser au quatrième trimestre. "L’explication la plus récurrente est qu’en France, les mécanismes de répercussions des prix sont assez lents, mais la différence de prix entre les deux pays a rarement été si importante."

La flambée des cours des commodités laitières explique l’embellie rencontrée par nos voisins européens. En France, le prix du lait a davantage suivi l’augmentation du prix des intrants que celle des commodités laitières. Sur les neuf premiers mois de l’année 2022, le prix du lait français a augmenté de 18 %, et l’indice Ipampa pour la production de lait vache, de 19 %. "Entre un quart et un tiers du lait français est écoulé sous forme de produits industriels, dont le prix est directement corrélé aux marchés du beurre et de la poudre de lait. Les laiteries allemandes, qui ont un mix produit assez proche du nôtre, semblent avoir su mieux répercuter ces évolutions de marché", analyse Gérard You.

Répercuter les hausses

Dans l'Hexagone, nombreux sont les transformateurs qui communiquent sur leurs difficultés à faire passer des hausses de prix aux distributeurs. "L’Allemagne dispose d’un maillon distribution pourtant aussi concentré que la France, mais les prix sont plus mobiles et souvent renégociés", poursuit l'économiste. Les chutes de prix y sont également plus rudes.

Lors de la crise du lait de 2009, le prix allemand (moyenne nationale) était tombé à 240 € / 1 000 l, quand en France il était descendu à 274 €. De même en 2016, lors de la seconde crise laitière, le prix allemand était inférieur de 40 € aux prix français. Un delta qui reste cependant faible au regard des écarts de prix actuels.